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Afrique : quand et comment se sortir de la crise

Site web, Banque africaine de développement, 24 août 2010

Depuis le déclenchement de la crise économique et financière, des débats animés ont cours parmi les experts sur les meilleures stratégies économiques à mettre en œuvre pour sortir de la crise.

Si certains prônent la poursuite des programmes de relance massivement financés par les États, d’autres en revanche préconisent des mesures énergiques en faveur la réduction des déficits et des dépenses publiques.

Des économistes de la Banque africaine de développement (BAD) interviennent dans le débat. Dans un document intitulé « Africa Rebounding: When and How to Exit from Crisis Intervention Policies », ces chercheurs favorisent une sortie «ordonnée et graduelle» des programmes de relance.

«Les gouvernements doivent maintenir un équilibre délicat entre les programmes de stabilisation à court terme et l’atteinte de la croissance économique à long terme. Maintenant que les programmes de relance ont été mis en place, les questions clés concernent leur durée, le moment d’y mettre fin, et comment coordonner les stratégies de sortie de crise dans les pays.»

Les auteurs suggèrent aux gouvernements d’éviter des changements brusques de stratégies, pour maintenir une stabilité propice au décollage économique.

Les programmes de relance mis en route depuis la crise et qui se sont montrés relativement efficaces en Afrique pour en contrecarrer les effets, auront d’autant plus d’impacts, soulignent les auteurs, qu’ils viseront aussi à combler les déficits en infrastructure et à établir des systèmes de sécurité sociale encore trop faiblement implantés sur le continent africain.

A moyen terme, préviennent les chercheurs, les dirigeants devront s’atteler au développement du secteur financier, ceci pour en accroître l’efficacité, notamment par une concurrence accrue.

Le développement d’un secteur privé fort doit aussi rester une priorité. Le rôle des gouvernements est de créer un environnement socio-économique et règlementaire stable, de favoriser concurrence loyale et bonne gouvernance. Il s’agit également de promouvoir une plus forte intégration régionale génératrice d’opportunités d’affaires pour les entreprises.

Secteur privé et infrastructure en Afrique : l’Etat a encore un rôle à jouer

Site web, Banque africaine de développement, 29 juillet 2010

Les réalisations des projets privés d’infrastructure sont en hausse en Afrique, d’après une étude publiée récemment. Selon une étude rendue publique en première lecture lors de la Conférence économique africaine de 2008 et publiée en juillet 2010, l’Afrique subsaharienne a vu émerger 357 projets privés d’infrastructure entre 1990 et 2007, représentant des investissements plus de 68 milliards de dollars.

Selon l’étude intitulée « Private Sector Participation in Infrastructure in Africa » et dirigée par Jérôme Afeikhena, le secteur des télécommunications a attiré la plus grande part de ces investissements, suivi du secteur des transports.

L’étude s’inscrit dans le cadre d’une série de publications rendues officielles en juillet 2010 par la Commission économique pour l’Afrique (UNECA) et la Banque africaine de développement (BAD), suite à une revue des pairs. Quelque 18 études ont ainsi été rendues publiques, focalisant sur les divers enjeux du développement de l’Afrique. Ces études visent à tirer les leçons des expériences de développement des pays du continent pour améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Les 357 projets identifiés par M. Afeikhena ont été réalisés suite à la vague de privatisations qui a marqué les années 90 dans les pays en développement. Confrontés au manque d’entretien et à une gestion déficiente des infrastructures publiques, ces pays se sont tournés vers le secteur privé pour développer les projets d’infrastructure ou pour en assurer la gestion, une attitude encouragée par les banques multilatérales de développement.

Mais les tenants de la privatisation ont été trop optimistes, signale le chercheur Jérôme Afeikhena : « Il y a eu une erreur de politique, car fondée sur un dogme selon lequel les infrastructures seraient financées par le secteur privé. En fait, pour une multitude de raisons, notamment liées au climat des affaires et à la profitabilité des projets, l’investissement privé s’est avéré limité en termes de volumes, de secteurs et de pays. »

Si les progrès anticipés ont été plutôt décevants par rapport aux résultats attendus, les cas réussis de privatisation ont bel et bien amené les bénéfices prévus en termes de réduction des coûts, de qualité du service, de territoires desservis, précise l’auteur.

Malgré cela, le retard de l’Afrique en matière d’infrastructure reste énorme, et notamment dans le secteur crucial de l’énergie.

Les résultats mitigés de cette vague de privatisation ne signifient pas qu’il faille revenir à l’ancienne formule du tout-Etat, bien au contraire, insiste l’auteur. Un des enseignements à tirer est que les besoins sont simplement trop immenses pour être satisfaits par le seul secteur privé. Celui-ci ne pourra combler qu’une fraction des 38 milliards USD d’investissement annuel nécessaire au cours des 10 prochaines années pour rattraper le retard de l’Afrique dans ce domaine.

Une autre leçon à dégager de cette expérience de privatisation est la nécessité d’accentuer les réformes, légale et réglementaire, pour assainir davantage le climat des affaires, et renforcer la participation du secteur public dans ces projets. Contrairement à ce qui avait été envisagé, l’Etat reste un joueur central dans ces opérations pour identifier et faciliter la participation du secteur privé dans les activités où il a le plus de chances de réussir.

Par ailleurs, à moyen terme, le secteur public ne doit pas se contenter de fournir un appui « passif » en matière de financement ou de garantie, mais aussi favoriser le transfert d’expertise, de technologies, le renforcement des capacités nationales. « Le développement de projets à succès exige des facteurs en quantité rare dans les pays développés. Ce sont le temps, l’argent et des habiletés techniques pointues », souligne l’étude. De plus, la participation du secteur privé ne cadre pas toujours avec tous les types de projets d’infrastructure et avec tous les pays en développement.

Outre l’État, le secteur privé national en Afrique est dorénavant mieux positionné pour initier des financements. Contrairement à un investisseur étranger, l’investisseur africain est mieux protégé contre les risques de change, contre les risques politiques, et il dispose maintenant de meilleures sources locales de financement, plusieurs pays s’étant lancé avec succès dans des financements internationaux d’envergure.

Enfin, une approche régionale aux projets d’infrastructure s’impose plus que jamais, insiste l’auteur. Les projets régionaux offrent l’avantage de fortes économies d’échelle, et peuvent profiter de l’appui actif d’organisations régionales, notamment le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

Africa speaks with one voice on the issue of climate change

Site web, Banque africaine de développement, 7 décembre 2009

Interview with Anthony Okon Nyong, Head of Unit, Gender, Climate Change and Sustainable Development, African Development Bank

Question : How important is the issue of climate change for Africa?

Answer: African nations, in both absolute and per capita terms, are not significant sources of emissions on a global scale, but bear a disproportionately larger negative impact of climate change.

Climate change poses an additional burden to the continent, which is currently grappling with the challenge of meeting basic developmental needs. In fact, the continent is at risk of a reversal of the modest gains made thus far towards achieving the MDGs, if the projected negative impacts of climate change are not addressed in the near term.

Considering that climate change poses a formidable threat to the continent’s economic development, Africa needs to seek ways of building resilience into its climate sensitive economic sectors to ensure sustained economic growth.

This ultimately creates competition for the scarce financial resources available. However, climate change is also providing the impetus for the continent to chart a low carbon intensive development pathway that will ensure that the continent does not become a major polluter in its quest for development. This requires substantial financial, technical and human resources that are currently outside the continent’s reach.

Africa Acting Together
Question: What prompted Africa to act together and adopt a common position for the Copenhagen conference on climate change? Could it be the 2008 Algiers Declaration or the 2009 Nairobi Declaration?

Answer: The risks posed by climate change do not respect political boundaries as they are common to the entire continent. There is no single part of the continent that is spared its deleterious impacts, as basic human survival is threatened everywhere on the continent.

This threat has therefore served as a rallying point for all African leaders to seek a common solution to the problem. It underlies the continent’s bid to develop a common coherent African position and to speak with one voice in on-going negotiations. It is also important to send a clear message to Africans and to the world that African leaders take the issue of climate change very seriously, that Africa wants to be a part of the solution to the global climate change crisis.

Question: What is the African position?

Answer: Africans have voiced their concerns and recommendations on a number of issues:

Adaptation to Climate Change
Africans urge urgent international cooperation on the implementation of adaptation actions as well as according adaptation the same level of priority and emphasis as that given to mitigation globally. The continent seeks the establishment of a global adaptation action program that will implement, support and facilitate urgent and immediate adaptation actions, and build the continent’s resilience to the adverse impacts of climate change.

Mitigation
Africa is advocating for the building of a firewall between developed country commitments and developing country actions. There is an objection to the continued reliance on offsets by developed countries for meeting their commitments, insisting that these commitments should be met primarily domestically. The continent also demands that developed country emission reductions include specific targets, be subject to a compliance regime and be comparable in terms of efforts made.

Technology and Capacity Building
Africans are urging for a commitment by developed countries to deploy and transfer accessible, affordable, appropriate and adaptable technologies to developing countries for enhanced action on both adaptation and mitigation. Developed countries should commit to providing full costs and incremental costs to support the development of adaptation and mitigation technologies, as enshrined in the United Nations Framework Convention on Climate Change.

Furthermore, African negotiators are asking for the removal of barriers to technology transfer, which includes addressing intellectual property rights for the development and deployment of climate-friendly technologies. They are also asking developed countries to commit to strengthening the institutional capacity of developing countries to undertake climate action.

Financing Africans support the establishment of new financing mechanisms to deliver financial resources that are adequate, predictable, sustainable and additional to existing ODA. The financial mechanisms should ensure a transparent governance structure, ease of access to funds by developing countries, and an effective disbursement mechanism. They also request that developed countries commit to a target of 0.5% of their GDP for climate action in developing countries.

Moreover, they also urge that financial incentives be developed to implement adaptation actions on the basis of sustainable development policies; and that positive incentives be adopted for developing countries to enhance the implementation of national mitigation strategies and adaptation actions.

STEG en Tunisie : assurer une qualité sans faille

Site web, Banque africaine de développement, 14 octobre 2009

Entrevue avec le président de la STEG (Société tunisienne d’électricité et de gaz), Othman Ben Arfa.

Question: Comme se porte la STEG ?

Réponse: En fait, la STEG qui a réussi à relever les défis de l’électrification, s’est attelée depuis 2002 à parfaire les performances de son réseau de distribution d’électricité. Il v a sans dire que les réseaux de distribution d’électricité ont sans cesse besoin d’entretien et de maintenance. La STEG, soucieuse d’assurer une qualité de fourniture sans faille, anticipe dans le cadre de ses options stratégiques, par la mise en place de programmes pluriannuels lui permettant de fournir à sa clientèle un produit toujours meilleur, notamment pour les zones industrielles, touristiques et urbaines de forte densité.

Question: Avec la généralisation de l’accès à l’électricité en Tunisie, la STEG est une référence en matière d’électrification dans le Continent. Envisagez-vous de faire bénéficier de votre expertise d’autres pays africains ?

Réponse: La Tunisie est en effet, considérée comme modèle compte tenu des taux d’électrification exemplaires atteints et qui sont comme vous le savez de 99,8 % en milieu urbain et de 98,8 % en milieu rural. La réussite du modèle tunisien en la matière lui a valu le respect et la considération à l’échelle internationale aussi bien pour les résultats obtenus que pour la technique utilisée et le schéma de financement adopté.

Pour la valorisation et la fructification de ce savoir faire, nous avons œuvré pour la création en octobre 2006 de notre filiale STEG International Services, justement dans l’esprit de valoriser d’une manière structurée et professionnelle, l’expérience et le savoir faire ainsi que le capital confiance acquis par les différents corps de métiers de l’entreprise mère.

La création de cette filiale a été dès son démarrage un succès eu égard au nombre important de projets et de demandes d’assistance provenant de plusieurs sociétés homologues de pays africains et arabes et ce, dans divers domaines allant des études, à la supervision de travaux de montage de centrales, à la révision d’unités de production d’électricité en passant par l’électrification rurale.

Pour le continent africain, la question de l’électrification rurale continue à se situer parmi les premières priorités, avec une infrastructure électrique et des interconnexions encore à leurs prémisses et des ressources énergétiques limitées.

Notre filiale STEG International Services a su aisément, créer des convergences et de réelles stratégies d’investissement et de partenariat et mettre ainsi, en place une dynamique internationale de développement et de coopération notamment SUD/SUD et basée sur le principe gagnant/ gagnant. Les deux contrats signés avec la société rwandaise d’électricité (RECO) pour la réalisation de projets pilotes d’électrification rurale en est un pas non négligeable sur cette voie.

Projets agricoles au Burkina Faso, grandes avancées

Site web, Banque africaine de développement, octobre 2008

Avec des investissements pourtant relativement peu spectaculaires, quelque 30 000 ménages vivant de l’agriculture se sortent de leurs conditions modestes pour se bâtir de petits pécules, mettre de l’argent en banque, améliorer leur vie quotidienne, et aussi préparer l’avenir, en utilisant leurs ressources supplémentaires pour envoyer leurs enfants se faire instruire à l’école.

Ces petits miracles de vie, ils se réalisent grâce à la BAD au Burkina Faso, dans le sud-ouest de l’Etat, une région agricole fertile, car bien arrosée, considérée comme le grenier du pays.

« Les moyens de faire décoller l’agriculture en Afrique sont la formation, les moyens techniques et commerciaux adéquats et la confiance à donner aux paysans », souligne Dominique Dyemkouma, coordonnateur du Projet d’appui au développement local des provinces de la Comoe, Léraba et du Kénédougou (PADL/CK).

Un simple coup de pouce, mais suffisant pour permettre aux agriculteurs de transiter d’une culture pluviale à une culture annuelle. Les bienfaits : une augmentation notable des quantités de production et une auto-suffisance accrue.

Ces projets misent sur une meilleure productivité agricole pour augmenter d’au moins 40 % la production agricole locale, mais aussi favoriser l’écoulement des surplus dégagés, la professionnalisation des agriculteurs par le renforcement des capacités, en technique, en commerce, sans oublier l’alphabétisation. Ils concernent une superficie agricole de plus de 100 000 hectares, avec des productions variées comme le sorgho rouge, le mais, le manioc, les arachides, les agrumes, les mangues, les bananes.

Des projets, signale Dominique Dyemkouma, choisis et gérés par les communautés elles-mêmes, regroupées dans presque 500 comités ou organisations paysannes. Pour être bénéficiaires en effet, celles-ci ont dû y mettre du leur, en général en assumant environ 10 % du coût total de l’initiative retenue. Une façon de les impliquer, de les responsabiliser, afin que les communautés s’approprient les projets, une des clés du développement.

Et dans cette recherche de la sécurité alimentaire : une approche respectueuse de l’environnement, qui valorise la productivité plus que l’accroissement des superficies cultivées.

Le projet préconise l’utilisation des matières premières comme engrais, pour des raisons de coûts certes, mais aussi de durabilité des sols. On cherche ainsi à bien exploiter les sols déjà dédiés à l’exploitation agricole avant de défricher d’autres terres. Même les clôtures pour empêcher le passage d’animaux sont teintées d’écologisme : on utilise plutôt des épineuses, qui font ce travail au naturel.

Voici un court portrait de ces valeureuses initiatives qui permettent aux Burkinabé de faire de grandes avancées dans la lutte contre la pauvreté.

Passer à travers la crise
Printemps 2008. Dans le monde, on assiste à la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires. En Afrique, la crise sévit partout. Le Burkina Faso ne fait pas exception. Le prix du sac de riz est en hausse. Résultat : la plupart des ménages ne peuvent plus s’en procurer, sinon doivent réduire considérablement les portions quotidiennes. La grogne gronde. Il faut faire quelque chose, rapidement.

Heureusement, la BAD réagit prestement. Parmi les mesures concrètes lancées pour face à l’augmentation des prix alimentaires, on compte sur une meilleure productivité des plantations.

Un cas : Niangoloko. Une communauté de 1 000 agriculteurs. En juin 2008, elle reçoit des centaines de sacs de semences et d’engrais, pouvant couvrir une superficie de 200 h. Juste à temps pour la plantation de saison. L’opération dure une semaine. A voir la qualité et la beauté des champs ainsi cultivés, les effets semblent des plus positifs.

« La situation était fort difficile il y a quelque temps, dit Edouard, un agriculteur. On manquait de semences, d’engrais, et les récoltes n’auraient pu être au rendez-vous pour nourrir tout le monde. Grâce à cet appui inattendu, nous allons faire face à la situation et passer au travers. Un gros merci à ces appuis. »

Petit cultivateur devenu entrepreneur
Tiankoubé, 33 ans, de Nafona, débute sa vie active comme la plupart des membres de sa famille : agriculteur. Pauvre, sans moyens adéquats pour entretenir des plantations bananières vigoureuses, fertiles l’année durant. Une grosse embûche se dresse sur son chemin, comme pour tous les agriculteurs du pays : une irrigation irrégulière, abondante durant six mois (avril et novembre) et inexistante les autres mois. Or, les plantations ont besoin d’un apport régulier d’eau pour donner un rendement adéquat. Il utilise certes des arrosoirs, mais celles-ci sont peu efficaces et exténuantes à exploiter.

La solution est bien simple, mais encore faut-il avoir les ressources pour l’implanter : une moto-pompe, qui permettrait, grâce à des conduits enterrés dans le sol, d’irriguer les surfaces cultivées. Ce système « californien », le projet PADL/CK est en mesure de l’installer.

Les résultats sont à l’avenant. D’une surface cultivée de moins d’un hectare en 2002, Tiankoubé en cultive maintenant… 5, chacune ayant sa spécialité : banane, manioc, mais. Spectaculaire, le succès du jeune homme l’inspire à poursuivre sur cet élan. En 2006, il se procure, par ses propres moyens, une autre moto-pompe, qui lui permet d’augmenter sa productivité, d’embaucher des travailleurs. Six employés sont maintenant à sa charge, dont il prend en sus les frais d’hébergement et de santé.

Cette nouvelle situation (ce père de trois enfants a maintenant deux comptes bancaires, un cellulaire, un vélo, une moto) lui permet d’envisager l’avenir avec optimisme. Il s’est construit une maison, et ne compte pas en rester là. Il entend diversifier sa production. En somme, le projet a fait vibrer les fibres d’un jeune entrepreneur, qui contribue à hausser les conditions de vie environnantes et donne le goût à d’autres de se lancer aussi à l’assaut de cette agriculture rentable.

Une production croissante
L’apport bien concret des moto-pompes profite aussi à l’exploitation Tangréla. Ici, la culture de la bananeraie, du maïs et des cacaoyers se fait maintenant avec une irrigation à l’année. L’exploitation initiale de 2 hectares s’est agrandie jusqu’à… 65 hectares.

Si bien que le groupement responsable de l’exploitation s’est ouvert un compte conjoint à la caisse populaire et profite de ses deniers si bienvenus pour s’acheter de meilleurs outils, exploiter davantage, vendre ses surplus. Les habitants se réjouissent de cette vie plus digne : meilleures habitations, acquisition de moyens modernes de déplacement.

L’eau, devenue accessible
De longs kilomètres parcourus tous les jours, à force de longues heures épuisantes, du temps qui pèse sur les vies de ces habitants, qui peinent pourtant très fort pour se faire une vie minimalement décente et nourrir correctement leurs enfants.

Nul doute, disposer d’eau aux abords du village de Panga serait une avancée précieuse pour cette communauté rurale. Depuis mars 2008, cet espoir si longtemps entretenu se matérialise : un puits est mis en opération et permet, aux femmes surtout, d’aller chercher une eau potable à proximité, épargnant les longues heures et la fatigue d’autrefois.

« Notre vie est tellement plus facile, nous dit une résidente, c’est incomparable. Un merci de tout cœur au projet pour cette nouveauté, que nous chérissons chaque jour. »

Un même changement de vie à Yendéré, où quelque 50 agriculteurs profitent depuis 2008 de deux puits. Un bénéficiaire, Yacoubé, explique : « On souffrait beaucoup auparavant. On devait creuser à même le sol, parfois sans succès, souvent loin dans la brousse. Maintenant, la vie est vraiment meilleure. L’accès à l’eau nous permet d’accroître notre production, de nous spécialiser par type de culture. On gagne ainsi plus d’argent en vendant nos excédents. Bref, on s’épuise moins, tout en gagnant plus. On s’est élevé d’un cran. »

Un moulin, qui fait le travail en deux minutes
Des efforts surhumains, journaliers, épuisants, voilà ce que devaient fournir les femmes du village de Mondon pour moudre le manioc afin de faire vivre leurs familles. Quand les responsables du projet échangent avec elles pour déterminer quelle technologie leur permettrait d’améliorer leurs conditions de vie, le choix n’est pas difficile à identifier : un moulin pour transformer en petits morceaux comestibles le manioc si durement recueilli et haché selon les méthodes traditionnelles.

Maintenant, la communauté peut disposer de manioc haché en deux minutes, une tâche occupant aisément trois bonnes heures auparavant, et ce sans efforts, libérant au surplus du temps pour d’autres travaux. Mieux : une production accrue, permettant la vente aux communautés avoisinantes, et des ressources cumulées pour mieux se nourrir et garder les enfants à l’école.

De plus, le projet offre des cours d’alphabétisation. Durant deux mois, la communauté a en effet rejoint les bancs d’école pour apprendre à lire, à compter, pour mieux s’autogérer. « On a dépassé l’auto-suffisance, et on peut dégager des ventes auprès des marchés. C’est un avantage indéniable. On tient à poursuivre dans cette voie, dit K.Sombié, président du groupement de quelque 100 femmes. De plus, avec cet appui, nous pourrons aider nos membres en cas de besoins. »

Natures, c’est bien, séchées, c’est encore mieux
Qui ne raffole pas des mangues, ce fruit si juteux, si savoureux ? Or, comme ce fruit pourrit rapidement, peu peuvent en profiter, hormis les chanceux habitants situés tout près des plantations. La façon de pérenniser les vertus de la mangue et d’en faire profiter d’autres heureux : le séchage.

La coopérative s’approvisionne auprès des quelque 150 agriculteurs membres, puis transforme le produit, en le chauffant pour lui faire perdre son eau. Ensuite celui-ci est mis en sachets, selon des formes dictées par le marché : en galettes, en chips, en bâtonnets. Le tout sans additifs chimiques. Résultat : une activité économique qui dépasse celle du coton dans la région.

Burkina Faso : un hôpital tant attendu, si apprécié

Site web, Banque africaine de développement, octobre 2008

Nous sommes au début des années 2000. Dans le Sud-Ouest du Burkina Faso, peuplé de quelque trois millions d’habitants, deux districts (environ un demi million d’habitants chacun) sont en manque criant d’un accès permanent à des soins de santé. En effet, en 2000 la région sanitaire de Hauts Bassin comptait deux districts sur cinq ne disposant pas de centre médical avec antenne chirurgicale (CMA).

Mais la communauté et le gouvernement se prennent en mains. Ils montent un projet de développement sanitaire, contactent des donateurs. La BAD est du nombre. Des négociations s’engagent, et se concluent avec succès.

Un site est identifié et un projet démarre, à Bobo-Dioulasso, en 2001. Finalité : améliorer l’état de santé de la population. Ses objectifs : améliorer l’accès et la qualité des services de santé, réduire la mortalité, renforcer les capacités institutionnelles du secteur de la santé au niveau régional et national. Budget : 10 milliards de francs CFA, soit environ 25 millions d’UC.

Un projet fort bien mené, reconnaît François RAMDE, Coordonnateur du projet. De la formation, médicale et administrative, est prodiguée. Et un centre de santé , de 26 bâtiments émerge, et est mis en exploitation, depuis mars 2006.

Il couvre la chirurgie, la gynécologie, la pédiatrie, l’anesthésie, avec laboratoires et services d’hospitalisation, deux salles d’opération, sans compter les services annexes (buanderie, cuisine). En tout, 80 personnes y oeuvrent en permanence, dont trois médecins, et font tourner un hôpital qui tourne 24h sur 24, tous les jours de l’année.

« La mise en place de ce centre de santé est un très grand soulagement », dit François DRABO, Directeur régional de la santé des Hauts Bassins. Si le projet a été un succès, c’est en partie du fait que toutes les parties prenantes, y compris les bénéficiaires potentiels, ont été consultées tout au long du projet. Il y a eu en effet un partenariat permanent et diversifié. Tous ont pu exprimer leurs avis, préoccupations, et suggestions. »

Depuis, l’hôpital est des plus actifs. Qu’on en juge : 350 à 400 accouchements par mois ; 25 à 30 bénéficiaires par jour, pour des consultations diverses ; environ trois interventions chirurgicales quotidiennement, et plus de 6 000 analyses de laboratoire par an, mentionne Dr Tatianna KOUSSOBE, Directrice du CMA.

Des besoins qui en appellent à une expansion. Heureusement, le projet initial, prudent, a prévu une extension, sur le site actuel. On voudrait y ajouter des services d’imagerie médicale, d’ORL, d’ophtalmologie, entre autres. Les plans et devis sont prêts. Il ne manque que le financement.

Bref, une belle aventure, qui ne demande qu’à se poursuivre, pour le mieux être des habitants de la région.

Un magazine bukinabé pour renforcer la voix des femmes

Site web, Banque africaine de développement, octobre 2008

Malgré le fait que la promotion du rôle de la femme soit explicitement reconnue comme un pilier du développement des sociétés africaines, la voix des femmes est encore trop peu entendue sur le continent africain. Heureusement, certaines s’activent pour faire davantage écho à la présence des femmes. C’est le cas de Khadidja Touré, fondatrice et directrice de publication du magazine Femme idéale, publié au Burkina Faso.

A travers ce produit d’information mensuel, existant depuis trois ans, publié en français et tiré à 3 000 exemplaires, Khadidja Touré combine son amour du journalisme et sa conviction relativement au rôle central des femmes pour réussir le pari du développement.

Question : Comment vous est venue l’idée de fonder ce magazine ?
Kahdidja Touré (KT) : Ce magazine est né d’une initiative de Femmes de la Communication, un organisme féminin du milieu des médias au Burkina Faso. Les membres ont constaté l’absence dans notre pays de support médiatique dédié aux enjeux propres des femmes et l’intérêt d’en développer un pour soutenir leur rôle dans le développement du Burkina Faso.

Q : Et quelle est sa vocation ?
KT : Nous visons à montrer des exemples de réussite de la femme, et ceci pour contribuer à l’avancée du Burkina Faso et de l’Afrique en général. En premier lieu, nous voulons sensibiliser la femme sur la place qui lui revient, pour qu’elle prenne conscience des possibilités qui lui sont offertes de s’épanouir dans son milieu de vie. En deuxième lieu, nous visons des changements de comportement, afin que la femme agisse en faveur de son épanouissement, de la réalisation de son plein potentiel.

Nous voulons montrer que les femmes peuvent se prendre en mains et réussir dans leur carrière, sans renier leur rôle familial. Nous parlons ainsi de sujets sensibles, comme les mariages précoces, les mariages forcés, qui doivent être soulevés pour amener des changements progressifs dans notre pays.

Q : Quels sont les grands défis que vous rencontrés ?
KT : Certes, un des grands défis est lié à l’alphabétisation. Notre magazine est publié en français et les femmes doivent comprendre cette langue pour lire notre produit. Cette problématique est particulièrement vraie en zones rurales. C’est pourquoi nous développons un projet d’alphabétisation en zones rurales, afin que les messages diffusées dans notre magazine puissent atteindre les femmes dans ces régions.

Q : Et les hommes, comment réagissent-ils à l’existence de ce magazine ?
KT : Bien sûr, certains raillent notre existence, mais cela ne nous dérange pas trop, car nous savons pourquoi nous sommes là, nous sommes convaincues de la légitimité de notre cause, qui dépasse celui des femmes et s’inscrit dans le registre du bien commun. Nous avons entre autres un appui financier de l’Etat, qui reconnaît ainsi la validité de notre mission.

Q : Et quelle est-elle, la femme idéale en Afrique ?
KT : La femme idéale existe en chacune des femmes, c’est une femme qui a quelque chose à apporter, à sa famille, à ses proches, à la société. La femme idéale, c’est celle qui veut s’épanouir et partager.

Propos recueillis à Ouagadougou.

Le Conseil des ministres africains de l’eau et la BAD organisent la première édition de la Semaine africaine de l’eau

Site web, Banque africaine de développement (BAD), 28 novembre 2007

Mon premier communiqué à la BAD

Tunis, le 28 novembre 2007 – La première édition de la Semaine africaine de l’eau se tiendra à Tunis du 26 au 28 mars 2008, ont annoncé le Conseil des ministres africains de l’eau (AMCOW) et la Banque africaine de développement (BAD). Le thème choisi pour cet événement est « Accélérer la sécurité de l’eau pour le développement socio-économique de l’Afrique ».

La sécurité de l’eau est la capacité de fournir un approvisionnement en eau suffisant et durable, en quantité et en qualité, pour couvrir tous les usages et pour protéger la société et l’environnement d’éventuels désastres d’origine hydrique.

Le principal objectif de cette première Semaine africaine de l’eau est de créer un forum pour les professionnels africains du secteur, les parties prenantes et les partenaires afin d’échanger sur les opportunités et les défis relatifs au renforcement de la sécurité de l’eau afin de favoriser le développement socio-économique en Afrique. L’événement permettra aussi de formuler des stratégies, des politiques et des actions concrètes en matière de développement et de fourniture des ressources hydriques dans un contexte de changements climatiques.

Le thème de cet événement découle de la « Déclaration de Sirte », du 27 février 2004, adoptée par les chefs d’Etat et de gouvernement africains, qui avait ciblé l’eau comme une priorité méritant des investissements d’envergure en infrastructures, notamment pour la mise en place de réservoirs, d’équipements d’irrigation et pour le développement hydroélectrique.

Plus précisément, les débats de la première Semaine africaine de l’eau tourneront autour des sujets suivants :

-les leçons tirées à l’échelle internationale relativement à l’atteinte de la sécurité de l’eau ;
-les défis posés par la sécurité de l’eau et l’assainissement ;
-les investissements requis en infrastructure pour atteindre la sécurité de l’eau ;
-les efforts nécessaires pour améliorer le système d’information et d’expertise dans le domaine de l’eau ;
-les défis sociaux et environnementaux liés au développement d’infrastructures hydriques ;
-les rôles des parties prenantes et le développement de partenariats.

Le Conseil des ministres africains de l’eau est composé des ministres africains responsables de l’eau. Son mandat est d’assurer un leadership politique, d’imprimer des orientations et de promouvoir l’approvisionnement, l’utilisation et la gestion des ressources hydriques afin d’assurer le développement et l’exploitation durable des écosystèmes africains.

Lors de sa sixième session ordinaire tenue au Congo Brazaville, du 28 au 31 mai 2007, le Conseil a convenu d’institutionnaliser une Semaine africaine de l’eau, la première édition devant être organisée à Tunis sous l’égide de la BAD.

CONTACT: Yvan Cliche – Tél.: +216 71 10 23 87 – Courriel: y.cliche@afdb.org

Guerre au Proche-Orient et les médias québécois : une couverture juste ou partiale ?

www.tolerance.ca, juillet 2006
M.Sc., Science politique, Université de Montréal. MBA, Université Concordia

À l’image du conflit au Proche-Orient entre Israéliens et Arabes, les communautés juive et arabophone de Montréal jugent très différemment la couverture de presse du conflit libanais.

Le point de vue du Comité Québec-Israël
La couverture des médias francophones montréalais est jugée fortement biaisée par le Comité Québec­ Israël. Son directeur général, Luciano Del Negro (qui n’est pas de confession juive) admet manquer de mots pour qualifier l’absence de rigueur de certains reportages.

Ancien commissaire de la CISR (Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada) et époux de Mariene Jennings, députée à la Chambre des communes et une vice-présidente du Groupe interparlementaire d’amitié Canada-Israël, M. Del Negro affirme avoir rarement vu dans sa carrière un traitement aussi inéquitable de l’une des parties en cause.

« Depuis le début du conflit, on assiste à un déferlement inhabituel de préjugés et d’idées préconçues à l’endroit d’une partie prenante, soit Israël, soutient M. Del Negro. De graves obscénités ont été proférées, frisant carrément l’antisémitisme ou au mieux des représentations et des propos indignes du journalisme. Il s’agit de journalistes associant Israël et les Juifs à l’hitlérisme. Et de journaux qui publient des photos choquantes, qui ne sont pas reproduites avec une explication appropriée du contexte ou qui n’ont pas leur contrepartie : il y a aussi eu des destructions en Israël, pourtant les médias n’en parlent pas. Je n’aurais jamais cru cela possible de médias supposément neutres et professionnels», s’indigne M. Del Negro.

Parmi les plus « biaisés », M. Del Negro classe La Presse pour les médias écrits et TQS du côté des médias électroniques. Le journal Le Devoir s’en tire bien, avec une couverture dite « neutre », une situation à souligner, étant donné que ce journal a déjà été accusé, dans un passé lointain d’avoir été antisémite.

M. Del Negro cite une étude interne sur la couverture de presse réalisée par le Comité Québec-Israël. En date de fin juillet 2006, sur 169 mentions du conflit libanais, La Presse afficherait 11 mentions positives, 124 négatives et 34 mentions dites impartiales. Le Devoir totaliserait 53 mentions : 4 positives, 4
négatives et 45 impartiales.

Aucune étude n’a été faite cependant du journal The Gazette.

Même s’il ne dispose pas de statistiques, M. Del Negro considère toutefois que la presse électronique a été encore plus biaisée. Certains commentateurs auraient tenu des propos déplacés et diffamatoires.

L’actuelle crise au Liban semble en fait avoir attisé, plus que d’autres conflits antérieurs impliquant Israël, le biais traditionnel des médias francophones envers l’État hébreu, d’après M. Del Negro. Ce dernier parle même d’un« débordement», d’une dangereuse« diabolisation » d’Israël, où les opposants connus de ce pays « se sont sentis plus libres de laisser cours à leurs préjugés ».

Comment explique-t-il ce supposé traitement partial des médias francophones au Québec ? Même s’il conteste l’interprétation voulant qu’Israël soit l’agresseur, le directeur général du Comité Québec-Israël croit que cela a trait à la sympathie naturelle de plusieurs Québécois face aux victimes, aux innocents, aux faibles, à ceux qui souffrent. M. Del Negro récuse toutefois l’idée d’un penchant antisémite des Québécois.

On se doute que le son de cloche est tout à fait différent du côté de la communauté arabophone.

Le point de vue de la Fédération canado-arabe
Pour Mazen Houdeib, porte-parole de la Fédération canada-arabe, section Québec, la couverture des médias montréalais s’avère passablement équilibrée. Ne disposant pas d’études formelles, et s’exprimant ainsi davantage à titre personnel, M. Houdeib souligne que les journalistes des médias francophones auraient plus tendance à effectuer des recherches avant de diffuser l’information lorsqu’il s’agit du conflit au Proche-Orient, tandis que certains média anglophones le font moins et suivent davantage la tendance américaine de diffusion de l’information.

La presse anglophone paraît plus biaisée aux yeux de M. Houdeib, car elle serait trop encline à accepter, sans exercer de sens critique, les explications de l’État hébreu, et à omettre certains éléments moins positifs, notamment le fai t qu’Israël veuille régler le conflit qui l’oppose aux Palestiniens par la voie militaire.

Il estime que les journalistes anglophones usent trop de qualificatifs réducteurs en nommant le Hezbollah comme un véhicule « terroriste » oubliant par le fait même sa vocation communautaire et sa « résistance légitime ».

« Seuls les gouvernements américain, israélien et canadien considèrent aujourd’hui le Hezbollah
comme une organisation terroriste, alors qu’en 1996, le gouvernement américain l’avait reconnu comme une organisation de résistance au Sud Liban.

« Tous les pays européens et le reste du monde nuancent leur position, du fait que le Hezbollah est aussi un parti politique ayant des représentants au Parlement et au gouvernement libanais, ainsi que tout un réseau de services sociaux et communautaires, précise M. Houdeib. Sur ce point, je voudrais souligner, rappelle-t-il, le fait que les médias ne sont pas obligés, s’ils veulent préserver une certaine neutralité, d’utiliser la rhétorique de gouvernements impliqués directement ou indirectement dans le conflit. Les médias francophones semblent plus tenir compte de cette neutralité.

Ces évaluations diamétralement opposées ne surprennent pas le commentateur et spécialiste Jocelyn Coulon. Professeur invité au CERIUM (Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal) et analyste bien connu de la politique internationale, M. Coulon estime que le conflit du Proche-Orient est probablement celui qui alimente le plus les passions dans le monde. Chaque « camp » dispose de son cortège de porte-parole prêts à tirer profit des médias pour répéter les messages les plus nuisibles à la partie adverse.

M. Coulon reconnaît que la presse francophone aurait effectivement un certain biais pro-arabe, qu’elle serait plus prompte à sympathiser avec celui qui apparaît posséder le moins de moyens pour se défendre. Il juge toutefois la couverture de la crise libanaise par la presse écrite francophone comme étant assez équilibrée.

Des efforts considérables ont été déployés depuis quelques années par les médias francophones en politique internationale, rappelle M. Coulon. « À chaque crise, plusieurs médias envoient immédiatement des journalistes faire une couverture des faits sur le terrain, ce qu’on ne voyait pas auparavant. Cela a été le cas de la crise libanaise, qui a occupé le devant de la scène alors qu’elle aurait été reléguée à un traitement marginal il y a à peine quelques années », souligne-t-il.

Le 40e anniversaire du 735 kV

Revue CHOC, février 2006

La mise en service de lignes à 735 kV en 1965 constituait une première mondiale. Retour sur cet événement historique avec Yves Filion, président d’Hydro-Québec TransÉnergie.

-Dans quel contexte les lignes à 735 kV ont-elles été conçues ?
Cette grande réalisation a vu le jour à peu près au moment de la nationalisation de l’électricité, au tournant des années 1960. À l’époque, Hydro-Québec devait acheminer l’électricité sur de longues distances, notamment à partir du complexe Manic-Outardes. Or, la tension la plus élevée sur notre réseau était le 315 kV. À ce niveau de tension, il aurait fallu quelque 20 circuits pour transporter toute l’électricité vers les principaux centres de consommation. Hydro-Québec avait le choix entre utiliser le 500 kV ou aller à un échelon supérieur, soit le 735 kV. Le champion de ce très haut niveau de tension était l’ingénieur Jean-Jacques Archambault.

Si on se situe dans le contexte de cette époque, la décision de se tourner vers une tension supérieure nécessitait beaucoup de courage, de confiance et, surtout, d’audace. Les ingénieurs qui ont travaillé à ce projet ont réussi à convaincre la direction que c’était la meilleure solution, sur les plans technique et économique. Une des principales raisons avancées est qu’on savait très bien que de nouveaux complexes hydroélectriques viendraient s’ajouter au réseau pour répondre à la demande croissante d’électricité. Il fallait planifier non seulement pour le proche avenir mais pour le long terme.

-Quels étalent plus précisément les défis techniques ?
Je résumerais en précisant trois types de défis : le premier relié aux lignes de transport, soit la conception d’un nouveau type de structures et des accessoires correspondants ; le deuxième touchant les équipements dans les postes, soit les transformateurs, disjoncteurs et sectionneurs, qui n’avaient jamais été fabriqués auparavant à ce niveau de tension ; et le troisième, relatif à la stabilité de l’ensemble, consistant à déterminer la commande et la protection appropriées.

Le processus de conception du 735 kV suscite alors une mobilisation générale des ingénieurs, des techniciens et des fournisseurs. Il faut effectuer les analyses techniques, rédiger les cahiers des charges, réaliser les études de conception. On embauche, on travaille fort, l’atmosphère  est fébrile. Il y a beaucoup de réunions, y compris avec des manufacturiers, pour analyser tous les rapports d’études et faire le point sur les essais. De 1962 à 1965, la construction du premier tronçon de la première ligne à 735 kV, entre Manic et Lévis, bat son plein. La mise en service a lieu en septembre 1965. Le tronçon Lévis-Boucherville entre en fonction un peu plus tard, soit le 29 novembre 1965. Ce sont des moments d’euphorie et de grande fierté pour Hydro-Québec.

On intègre ensuite le complexe ManieOutardes au réseau, puis celui des Churchill Falls. Le projet de la Baie-James, lancé au début des années 1970, donne une nouvelle impulsion technologique au 735 kV. Nos équipes n’ont de cesse d’améliorer le réseau à 735 kV depuis son origine et sont les instigateurs de nombreuses premières mondiales. Notre réseau à 735 kV constitue aujourd’hui le plus grand du monde de sa catégorie et l’un des plus automatisés. De ce fait, le transport d’électricité à haute tension est devenu rapidement un symbole du savoir-faire hydro-québécois et la marque de son caractère unique et novateur.