Mémoires d’otages

Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Mémoires d’otages, Calmann-Lévy, Paris, 2005

Nuit blanche, décembre 2005

Toutes les personnes férues d’actualité politique internationale attendaient cet ouvrage, et elles ne seront pas déçues. L’enlèvement en Irak des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, détenus en divers endroits dans le pays entre la fin août et la fin décembre 2004 (ils seront relâchés juste avant Noël), a fait l’objet d’une vaste mobilisation en France, à laquelle se joignit la communauté musulmane qui venait appuyer le sentiment d’indignation générale.

Christian Chesnot et Georges Malbrunot, tous deux journalistes pigistes passionnés du monde arabe, font part de toute la gamme des émotions qu’ils ont connues durant ces quatre mois aux mains de leurs gardiens. Le qualificatif de « tortionnaires » n’est pas employé, car contrairement à d’autres otages, bien moins « chanceux », les auteurs n’ont pas été maltraités physiquement, ce qu’ils ne manquent pas de souligner.

C’est bien sûr psychologiquement que les deux compagnons ont été déstabilisés. En général
relativement optimistes quant à leur sort, malgré les attitudes imprévisibles de leurs gardiens, ils passent malgré tout par bien des hauts et des bas, dont une période de quelques semaines au cours de laquelle ils croient leur fin prochaine. Comme cela semble être souvent le cas en pareilles circonstances, ils trouvent refuge en Dieu et dans la prière.

Mais la peur d’une mauvaise tournure des événements n’est jamais loin, ce qui les rend hypersensibles à toute parole anodine, à tout silence des ravisseurs. « Les ‘bonnes heures’ nous apportent une forme illusoire de sérénité, et les ‘mauvaises’ nous font trembler. Nous attendons. Nous ne faisons qu’attendre, et menons une lutte quotidienne contre la mauvaise nouvelle. » Sortis de leur épreuve, les auteurs prennent conscience du secours de la France et mènent alors une contre-enquête pour mieux comprendre ce qui s’est passé, notamment du côté des négociations entreprises entre les autorités françaises et les ravisseurs. À leur grand étonnement comme au nôtre, les deux journalistes apprennent que l’essentiel des négociations pour leur libération s’est déroulé… par courriels. Et que retiennent-ils de leur singulière épreuve ? « Bien sûr, nous restons d’inconditionnels journalistes passionnés. Mais nous savons aussi que rien ne vaut la vie, et que l’amour de ceux que l’on aime en constitue l’une des valeurs sacrées. »

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