« Ne me dis pas que tu as peur »

Giuseppe Catozzella, « Ne me dis pas que tu as peur », Trad. de l’italien par Nathalie Bauer, Seuil, Paris, 2014, 281 pages.

Nuit blanche, no. 136, octobre 2014

Ce livre porte sur le destin tragique de Saamiya Yusuf Omar, coureuse somalienne ayant participé aux Jeux olympiques (JO) de Pékin en 2008 (200 mètres femmes) et porte-drapeau de son pays lors de cette compétition.

Dans une narration à la première personne, le journaliste italien Giuseppe Catozzella a imaginé comment Saamiya aurait pu raconter son parcours si ce n’était de sa mort tragique en Méditerranée, au large des côtes italiennes en avril 2012. Une histoire que l’auteur a voulu faire connaître, pour mieux exposer les méfaits des régimes politiques fanatiques et montrer l’enfer que subissent les immigrants illégaux africains cherchant à rejoindre l’Europe.

Le livre commence par l’attrait de la petite Saamiya pour la course et la compétition, aux côtés du petit Ali, son voisin, qui deviendra plus tard son premier « entraîneur ». Saamiya remporte ses premières courses locales, se rend à Djibouti pour sa première compétition internationale et est choisie avec une autre athlète pour participer aux JO de Chine. Comme elle représente un pays très pauvre, sa simple participation à ces JO, même si elle arrive loin derrière les autres participantes, lui vaut une certaine renommée mondiale.

Sa vie bascule à la suite de l’assassinat de son père bien-aimé par un islamiste : elle fuit le régime intégriste islamique installé à Mogadiscio, et émigre en Éthiopie. Rêvant des JO de Londres (2012), elle comprend que, sans papiers, courant de nuit, sans entraîneur sérieux, elle devra inévitablement franchir l’Europe, comme son héros Mo Farha, coureur médaillé d’or d’origine somalienne représentant la Grande-Bretagne aux JO.

Après un parcours horrible où s’accumulent les difficultés (dysenterie, arnaques, solitude), Saamiya prend finalement un bateau de fortune en Libye avec d’autres immigrants illégaux pour forcer sa chance vers le Vieux Continent : elle espère surtout y poursuivre là-bas un vrai entraînement. Un rêve d’autant plus réaliste que sa sœur chérie a déjà réussi l’exploit de se refaire une vie en Finlande et d’y fonder une famille. C’est cette sœur qui lui envoie de l’argent pour le Voyage (ainsi nommé dans le livre) et qui lui dit
« de ne pas avoir peur ».

Arrivée tout près du but, au large de l’île italienne de Lampedusa, Saamiya aperçoit des cordes lancées par des membres de la garde côtière. Les vagues sont fortes. Même si elle est épuisée, Saamiya ne peut résister à la tentation d’agripper ce bout de corde agitée sur la mer qui représente la vie possible qui l’attend, la médaille olympique dont elle rêve tant. Déterminée, comme toujours, elle se lance à l’eau, mais y laisse sa vie et un destin d’athlète qui ne demandait qu’à s’élever vers de plus hauts horizons.

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