Le violon d’Adrien

Nuit blanche, automne 2023, no. 172

Gary Victor, LE VIOLON D’ADRIEN, Mémoire d’encrier, 2023, 184 p ; 22,95 $

Auteur avantageusement connu en Haïti, l’écrivain Gary Victor produit ici un roman qui semble bien se mouler à ce que d’aucun nommerait « l’âme haïtienne ».

Adrien est une jeune adolescent épris de musique, en fait de la pratique du violon, et un élève attentionné du grand violoniste national, « Monsieur Benjamin », qui lui prête un violon durant des leçons de groupe qu’Adrien suit avec assiduité et brio.

M. Benjamin part en tournée hors du pays, indiquant à Adrien la nécessité de s’acheter un violon pour la reprise des cours. Mais cet appareil de musique reste, dans ce pays démuni, un bien gros luxe, que ses braves parents, son père professeur, et opposant au régime en place, sa mère, petite couturière au grand cœur, n’ont pas les moyens de lui payer.

Adrien, bonne pâte, grand naïf, mais fort débrouillard, se met donc en tête de tout faire pour économiser les sous pour se procurer ce précieux violon, lui qui rêve de devenir, comme son maitre, un virtuose national.

Cette quête l’entrainera dans mille aventures : comme employé d’un bar à temps partiel, petit ami de la fille d’un cacique du régime de l’époque (le régime Duvalier, père et fils), otage d’un nain dans une boutique de bric-à-brac et autres épisodes racontées sur un ton à la fois réaliste et onirique.

À la lecture de ce roman que l’on parcourt avec grand plaisir, on ne peut qu’admirer la volonté sans faille du jeune homme d’accéder à son rêve, dans un pays qui se décompose, à la politique oppressante, où la force brute fait loi, ce qui fait que, pour le commun des mortels, l’instinct de survie devient une nécessité s’il veut cheminer.

Yvan Cliche

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