Islam : la dernière révélation divine

Le Continuum, 6 février 1984

Chiite, sunnite, volià des mots qui nous sont devenus familiers tant racheté du Moyen-Orient est présente chez nous. Mais sait-on vraiment ce qu’ils recouvrent ? L’Islam, la religion des musulmans, est une foi aussi riche que le christianisme et sans aucun doute aussi complexe. Nous essaierons dans ce texte de vous la faire découvrir le plus simplement possible.

L’ISLAM est la seconde religion du monde après le christianisme, avec 600 à 800 millions de fidèles, soit le quart de la population mondiale. On compte 125 Millions de musulmans dans les pays arabes, 130 millions dans le Sud-Est asiatique, dont 95% en Malaisie et en Indonésie. En outre, on dénombre 220 millions de musulmans dans le sous-continent indien et 60 millions d’Iraniens et d’Afghans. Il y a aussi les 70 millions de musulmans de l’Afrique noire, et les importantes minorités d’URSS, de l’Inde, de la Chine, de la Thaïlande, des Philippines.

Pour les musulmans, l’expérience islamique est la foi en un Dieu unique, dont la parole a été révélée par une série de prophètes, y compris Jésus. Le dernier, dit le « sceau » des prophètes, est Mahomet (Mohammed), transmetteur de la Parole vénérée d’Allah. Cette parole est contenue dans le Coran, composée de 114 sourates (ou chapitres), et constitue pour les musulmans la dernière et la plus complète révélation de Dieu. Le terme « islam » signifie : « se soumettre à ». Ainsi, les musulmans forment une communauté qui s’en remet à Allah, non pas de manière passive, mais de façon active et dynamique.

La naissance de l’islam
En Islam, Mahomet occupe une place prépondérante. Né à La Mecque vers 570 après Jésus-Christ, il fut choisi par la divinité pour devenir le Prophète de son peuple. Vers l’âge de 40 ans, il commence sa prédication transmise aujourd’hui par le Coran. A son époque. Mahomet apparaît comme un grand réformateur.

Il aura attiré à lui un nombre imposant de fidèles en plus de créer à Médine un État s’appuyant non plus sur les anciennes solidarités tribales, mais sur la Communauté de croyants (oumma), unie par le lien religieux. Le départ de Mahomet et de ses disciples de La Mecque à Médine, en 622, marque d’ailleurs, le début de l’ère musulmane, nommée l’Hégire (l’expatriation).

À la mort de Mahomet, survenue en 632, trois califes tentent d’assumer l’héritage légué par le Prophète. Le premier est Abou Bakr. Le second calife désigné, Omar en 634. Il est assassiné 10 ans pus tard. Othman lui succède, mais est lui aussi tué en 656, preuve que le message islamique survit difficilement aux rivalités tribales. Le quatrième calife, Ali, ne fera pas l’unanimité. Moawiya, cousin de Othman, s’oppose à Ali, qui renonce plus tard au califat, en pleine crise politique.

Cependant, les partisans d’Ali, admirateurs de sa piété, crééront une nouvelle secte, qui existe encore de nos jours, le chiisme. C’est ainsi que prennent forme les deux plus importantes sectes de l’Islam : le chiisme, concentré en Perse (l’Iran actuel) et le sunnisme, majoritaire (90 % des musulmans).

Sous les quatre premiers califes, l’Islam connaît une expansion formidable. En vingt ans, le nouvel Empire musulman s’étend dans tout l’Est de la Méditerranée, en Syrie, en Égypte et dans l’Empire perse. La seconde moitié du septième siècle voit apparaître la dynastie des Ummayades (661-750), qui se déploit jusqu’à Tanger et au sud de l’Espagne. En 732, Charles Martel met fin à la poussée musulmane… en France.

Durant le califat abbasside (750-1258), l’Empire musulman se désagrège et une série de mini-dynasties se forment : Fatimides, Turcs seljukides, Almoravides. Almohades. Aux XVe et XVIe siècle, autre la formation des Empires mughul en Inde et safavide en Iran, une puissante dynastie se met en place. l’Empire ottoman, qui rapidement conquiert presque tous les pays arabes et Constantinople (1453).

Cette dynastie constituera le plus fort Empire musulman et s’étendra sur un vaste territoire. Historiquement, l’extension géographique de l’Islam s’explique par la capacité de cette religion de se modeler aux coutumes locales tout en restant fidèle aux traditions séculaires.

La vie religieuse
Au plan religieux, l’Islam constitue une prescription divine qui donne un sens à la vie privée, mais qui prétend aussi donner corps à une communauté humaine, oumma, c’est-à-dire communauté politico-religieuse.

En ce sens, l’Islam diffère des religions qui opèrent une nette distinction entre le politique et le religieux, le spirituel et le temporel. En Islam, dès le début, la religion s’identifie au pouvoir. À Médine, Mahomet à la fois homme d’État et prophète. Ceci marquera la conscience et le vécu des fidèles musulmans. De ce fait, l’Islam prétend embrasser la totalité de la vie, de manière non pas parcellaire, mais globale. Il est, dans l’esprit des musulmans, un véritable mode de vie.

En plus du Coran, les musulmans considèrent les actions et les gestes du Prophète Mahomet comme autant d’exemples authentiques d’une fiable application du message coranique dans la vie de tous les jours. Dès lors, la Sunna (conduite) et le Hadith (parole) se veulent des compléments du Livre sacré et exercent une influence prédominante dans le vécu de la communauté musulmane.

Cinq obligations règlent la pratique religieuse : la shahada, la profession de foi
(« Il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et Mahomet est Son Prophète ») ; la prière (cinq fois par jour) ; le jeûne du Ramadan (pendant un mois, du lever au coucher du soleil) ; l’aumône ; le pèlerinage à La Mecque (si possible, une fois dans sa vie). S’ajoute aussi le jihad, la guerre sainte contre les infidèles, les ennemis de Dieu.

La Sharia, la Loi musulmane, prescrit aux hommes la Voie leur permettant de réaliser la volonté divine. Les sources de la Loi sont bien sûr le Coran et la Sunna, de même que les qiyas (analogies) et l’ijma (consensus).

Les qiyas sont des opinions juridiques qui ne sont pas exprimées par le Coran ou le Hadith, par lesquelles un raisonnement attesté en justifie un autre. Ces opinions dérivent de la recherche personnelle (ijtihad) qui, théoriquement, s’adapte au consensus (ijma) de la Communauté et des docteurs de la Loi (ulémas) sur des questions touchant le vécu des croyants.

L’Islam moderne
À partir du XIXe siècle, la décadence de la civilisation musulmane (stagnation intellectuelle, divisions politiques) et surtout, l’émergence, en Occident, d’un système économique nouveau et d’une technologie moderne favorise la percée des techniques et des idéologies occidentales, qui fait suite à l’intensification des relations commercial) entre les marchands européens et les gouvernements musulmans.

Après le « partage » des territoires musulmans entre les différentes puissances de l’Europe, tous les pays musulmans ou presque) se retrouvent, au début du XX siècle. sous le joug colonial européen.

Après la Deuxième Guerre mondiale, maints nouveaux États acquièrent l’indépendance politique : la Syrie (1941), le Liban (1941), la Transjordanie qui devient plus tard la Jordanie (1949), le Pakistan (1947), l’Indonésie (1945-49), la Libye (1952), la Tunisie, le Maroc, le Soudan (1956), l’Algérie (1962).

Certes, le colonialisme européen a profondément marqué l’ensemble des pays musulmans. Toute la réflexion des penseurs musulmans contemporains est de restituer le monde musulman morcelé en différent : États-nations dans un contexte tout à fait nouveau, où se confrontent héritage traditionnel et acquisition des idées modernes occidentales.

Cet effort d’ajustement et de synthèse est le principal défi de l’Islam moderne.

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