Hockey : former des dirigeants, pas seulement des joeurs

La Presse, 8 avril 2002

D’AUCUNS METTRONT l’accent sur la nécessité d’un meilleur entraînement des joueurs ; d’autres cibleront le niveau technique des entraîneurs ; plusieurs insisteront sur la perte de vitesse du hockey dans le coeur des Québécois ; certains, plus fatalistes, diront que c’est l’évolution normale des choses, devant l’internationalisation de ce sport. Enfin, des amateurs décrieront le préjugé défavorable, le supposé « racisme » du hockey professionnel envers les talents d’ici.

Tout cela est vrai, tout cela explique une partie du problème.

Il n’y a pas que sur le glace et près de la bande que le hockey québécois pourra limiter son déclin actuel, voire amorcer une remontée. Il y a aussi, et beaucoup, au « deuxième étage » que les Québécois devront tenter de réussir.

Pour chaque Simon Gagné, il nous faut, aussi, un Pierre Lacroix.

Pour qu’un joueur québécois perce, il doit non seulement avoir le talent, mais être sélectionné par des décideurs. Or, les Québécois sont encore très absents des lieux de décision du hockey professionnel dans son ensemble.

Les Québécois doivent maintenant viser non pas uniquement la performance sur glace, mais les lieux du pouvoir et de décision. Combien de Québécois dans le groupe de cadres de la Ligue nationale ? Je doute qu’il y en ait aucun. Combien de francophones dans le groupe des décideurs des différentes équipes de hockey professionnelles ? Encore bien peu.

Même dans les niveaux professionnels inférieurs, dans la Ligue américaine, la Ligue de la côte Est, tremplins avant la grande ligue, combien de Québécois occupent des postes de direction, au niveau des entraîneurs, des dépisteurs, des assistants ou des directeurs gérants ?

Point n’est besoin de faire enquête, leur nombre est insignifiant. Encore aujourd’hui, les dirigeants francophones se concentrent presque tous au niveau de la Ligue junior majeure du Québec. Peu acceptent de s’expatrier, pour prendre du galon ailleurs. Pourquoi pas un entraîneur québécois à Albany, dans la Ligue américaine ? Ou un directeur gérant en Louisiane, dans la Ligue de la côte Est ? Ou un recruteur pour Berlin, dans la ligue européenne ?

Toutes les bonnes écoles offrent des échanges ou des bourses pour permettre à leurs étudiants
de voir ce qui se fait ailleurs, vivre dans un environnement différent, apprendre d’autres méthodes, se faire des contacts hors du réseau naturel.

Notre hockey devrait offrir et valoriser l’entrée de Québécois dans le milieu administratif du hockey professionnel. Créer un programme spécialisé dans un cégep, une université, offrir des bourses de perfectionnement dans des écoles étrangères, signer des ententes de stages hors Québec y compris en Europe, bref permettre au talent de gens de hockey d’id de se faire connaître et de faire leur place dans le hockey professionnel, partout où il se pratique.

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