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Guerre au Proche-Orient et les médias québécois : une couverture juste ou partiale ?

www.tolerance.ca, juillet 2006
M.Sc., Science politique, Université de Montréal. MBA, Université Concordia

À l’image du conflit au Proche-Orient entre Israéliens et Arabes, les communautés juive et arabophone de Montréal jugent très différemment la couverture de presse du conflit libanais.

Le point de vue du Comité Québec-Israël
La couverture des médias francophones montréalais est jugée fortement biaisée par le Comité Québec­ Israël. Son directeur général, Luciano Del Negro (qui n’est pas de confession juive) admet manquer de mots pour qualifier l’absence de rigueur de certains reportages.

Ancien commissaire de la CISR (Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada) et époux de Mariene Jennings, députée à la Chambre des communes et une vice-présidente du Groupe interparlementaire d’amitié Canada-Israël, M. Del Negro affirme avoir rarement vu dans sa carrière un traitement aussi inéquitable de l’une des parties en cause.

« Depuis le début du conflit, on assiste à un déferlement inhabituel de préjugés et d’idées préconçues à l’endroit d’une partie prenante, soit Israël, soutient M. Del Negro. De graves obscénités ont été proférées, frisant carrément l’antisémitisme ou au mieux des représentations et des propos indignes du journalisme. Il s’agit de journalistes associant Israël et les Juifs à l’hitlérisme. Et de journaux qui publient des photos choquantes, qui ne sont pas reproduites avec une explication appropriée du contexte ou qui n’ont pas leur contrepartie : il y a aussi eu des destructions en Israël, pourtant les médias n’en parlent pas. Je n’aurais jamais cru cela possible de médias supposément neutres et professionnels», s’indigne M. Del Negro.

Parmi les plus « biaisés », M. Del Negro classe La Presse pour les médias écrits et TQS du côté des médias électroniques. Le journal Le Devoir s’en tire bien, avec une couverture dite « neutre », une situation à souligner, étant donné que ce journal a déjà été accusé, dans un passé lointain d’avoir été antisémite.

M. Del Negro cite une étude interne sur la couverture de presse réalisée par le Comité Québec-Israël. En date de fin juillet 2006, sur 169 mentions du conflit libanais, La Presse afficherait 11 mentions positives, 124 négatives et 34 mentions dites impartiales. Le Devoir totaliserait 53 mentions : 4 positives, 4
négatives et 45 impartiales.

Aucune étude n’a été faite cependant du journal The Gazette.

Même s’il ne dispose pas de statistiques, M. Del Negro considère toutefois que la presse électronique a été encore plus biaisée. Certains commentateurs auraient tenu des propos déplacés et diffamatoires.

L’actuelle crise au Liban semble en fait avoir attisé, plus que d’autres conflits antérieurs impliquant Israël, le biais traditionnel des médias francophones envers l’État hébreu, d’après M. Del Negro. Ce dernier parle même d’un « débordement », d’une dangereuse « diabolisation » d’Israël, où les opposants connus de ce pays « se sont sentis plus libres de laisser cours à leurs préjugés ».

Comment explique-t-il ce supposé traitement partial des médias francophones au Québec ? Même s’il conteste l’interprétation voulant qu’Israël soit l’agresseur, le directeur général du Comité Québec-Israël croit que cela a trait à la sympathie naturelle de plusieurs Québécois face aux victimes, aux innocents, aux faibles, à ceux qui souffrent. M. Del Negro récuse toutefois l’idée d’un penchant antisémite des Québécois.

On se doute que le son de cloche est tout à fait différent du côté de la communauté arabophone.

Le point de vue de la Fédération canado-arabe
Pour Mazen Houdeib, porte-parole de la Fédération canada-arabe, section Québec, la couverture des médias montréalais s’avère passablement équilibrée. Ne disposant pas d’études formelles, et s’exprimant ainsi davantage à titre personnel, M. Houdeib souligne que les journalistes des médias francophones auraient plus tendance à effectuer des recherches avant de diffuser l’information lorsqu’il s’agit du conflit au Proche-Orient, tandis que certains média anglophones le font moins et suivent davantage la tendance américaine de diffusion de l’information.

La presse anglophone paraît plus biaisée aux yeux de M. Houdeib, car elle serait trop encline à accepter, sans exercer de sens critique, les explications de l’État hébreu, et à omettre certains éléments moins positifs, notamment le fai t qu’Israël veuille régler le conflit qui l’oppose aux Palestiniens par la voie militaire.

Il estime que les journalistes anglophones usent trop de qualificatifs réducteurs en nommant le Hezbollah comme un véhicule « terroriste » oubliant par le fait même sa vocation communautaire et sa « résistance légitime ».

« Seuls les gouvernements américain, israélien et canadien considèrent aujourd’hui le Hezbollah
comme une organisation terroriste, alors qu’en 1996, le gouvernement américain l’avait reconnu comme une organisation de résistance au Sud Liban.

« Tous les pays européens et le reste du monde nuancent leur position, du fait que le Hezbollah est aussi un parti politique ayant des représentants au Parlement et au gouvernement libanais, ainsi que tout un réseau de services sociaux et communautaires, précise M. Houdeib. Sur ce point, je voudrais souligner, rappelle-t-il, le fait que les médias ne sont pas obligés, s’ils veulent préserver une certaine neutralité, d’utiliser la rhétorique de gouvernements impliqués directement ou indirectement dans le conflit. Les médias francophones semblent plus tenir compte de cette neutralité.

Ces évaluations diamétralement opposées ne surprennent pas le commentateur et spécialiste Jocelyn Coulon. Professeur invité au CERIUM (Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal) et analyste bien connu de la politique internationale, M. Coulon estime que le conflit du Proche-Orient est probablement celui qui alimente le plus les passions dans le monde. Chaque « camp » dispose de son cortège de porte-parole prêts à tirer profit des médias pour répéter les messages les plus nuisibles à la partie adverse.

M. Coulon reconnaît que la presse francophone aurait effectivement un certain biais pro-arabe, qu’elle serait plus prompte à sympathiser avec celui qui apparaît posséder le moins de moyens pour se défendre. Il juge toutefois la couverture de la crise libanaise par la presse écrite francophone comme étant assez équilibrée.

Des efforts considérables ont été déployés depuis quelques années par les médias francophones en politique internationale, rappelle M. Coulon. « À chaque crise, plusieurs médias envoient immédiatement des journalistes faire une couverture des faits sur le terrain, ce qu’on ne voyait pas auparavant. Cela a été le cas de la crise libanaise, qui a occupé le devant de la scène alors qu’elle aurait été reléguée à un traitement marginal il y a à peine quelques années », souligne-t-il.

Une journée dans la vie d’un correspondant parlementaire

Le Continuum, 27 janvier 1986

Il est près de trois heures de l’après-midi, nous sommes à la Chambre des Communes, à Ottawa. Dans une salle du deuxième étage, une centaine de personnes font le pied de grue à la sortie de l’enceinte où siègent les députés. Parmi eux, certains portent des caméras, d’autres se chargent d’énormes micros supportés par de longs manches. Des journalistes, des hommes majoritairement, se promènent, munis de leur micros, entre les escabeaux parsemés ici et là pour le compte des caméramen, et s’échangent qui des blagues, qui les dernières informations sur les sujets brûlants de l’actualité nationale.

À trois heures presque exactement, l’arrivée des « spotlights » qui accompagnent les équipes de télévision annonce l’intervalle de frénésie quotidienne à la colline parlementaire. Ministres et députés sortent de la Chambre. En un clin d’œil, les parlementaires vedettes de l’heure se voient entourés d’une cinquantaine de micros, et doivent subir l’œil quasi inquiétant des caméras de télévision. Véritable ruée impétueuse que certains tentent d’éviter à tout prix et à laquelle d’autres se prêtent volontiers. Jocelyn Coulon effectue quotidiennement, depuis plus de cinq mois, cet exercice d’attroupement-éclair pour le moins spectaculaire.

Le correspondant parlementaire du Devoir
Spécialiste des relations internationales (il possède, chez lui, plus de 300 000 coupures de journaux en filière), cet ancien collaborateur de CONTINUUM et de la revue Aéromag est correspondant parlementaire à Ottawa pour le compte du quotidien Le Devoir. Un travail exigeant, puisque c’est rarement avant huit heures le soir que le journaliste quitte les lieux de travail.

Comme trouve-t-il jusqu’à maintenant son expérience à Ottawa ? « Le journaliste a à faire face à beaucoup de sollicitation, à travers des communiqués, des conférences de presse, et il doit être en mesure de sélectionner. Il pourrait en fait couvrir presque trois événements par jour. En relation constante avec le chef de pupitre à Montréal, il décidera de l’information à privilégier, de la nouvelle la plus intéressante. Il doit également collaborer étroitement avec les partenaires de travail de son journal ». Au Devoir, Jocelyn Coulon fait équipe avec Bernard Descôteaux, un journaliste chevronné qui a également été correspondant parlementaire à Québec.

« Souvent, ajoute M. Coulon, les informations recueillies ne sont pas nécessairement utilisées immédiatement. Mais, poursuit l’ancien journaliste du CONTINUUM, les contacts qui ont été établis avec les intervenants concernés pourront éventuellement se révéler utiles pour des articles subséquents. Il est donc rare que nos démarches soient pure perte de temps ».

Le « scrum »
Quels sont les moments clé de votre journée? « Bien entendu, la période de questions est importante. Mais c’est plus un spectacle qu’autre chose. D’une certaine façon, le journaliste peut être piégé. S’il ne fait pas attention, il peut suivre de trop près les événements spectaculaires, mais sans grande signification. Il doit donc essayer de privilégier les dossiers de fond qui peuvent vraiment renseigner le lecteur ».

Après la période de questions, qui se déroule entre deux heures et quart et trois heures, c’est le scrum, c’est-à-dire la conférence de presse improvisée. Les journalistes, à l’affût d’une déclaration, prennent littéralement d’assaut le Premier ministre et les vedettes du moment, comme des loups affamés se précipitant sur une proie fraîchement zigouillée.

« Au moment du scrum, il faut jouer du coude et se presser pour être parmi les premiers autour du ministre, explique Jocelyn Coulon. Lorsque le cercle est formé, impossible d’en sortir. Il faut rester jusqu’à la fin, car nous sommes assiégés par les cameramen et le personnel technique, qui constituent un mur qu’on ne peut espérer franchir ».

Lorsque le ministre se déplace, d’ailleurs, nous avons pu constater que la meute autour de lui bouscule tout sur son passage. C’est la loi de la jungle, mais les membres du personnel technique des différentes télévisions ont nettement préséance.

Sur la colline parlementaire, la collaboration entre les journalistes est omniprésente. « Qu’est-ce que tu écris pour aujourd’hui? Tu me prêtes une citation ? » Sont des phrases que nous avons eu l’occasion d’entendre, du moins entre journalistes francophones.

Jocelyn Coulon confirme ce fait : « À la cafétéria du Parlement, notamment, nous avons l’opportunité de discuter des questions qui seront soulevées à la Chambre des Communes. Chacun s’informe et discute de la dernière nouvelle, dément des informations, en confirme d’autres, tout cela dans l’objectif d’écrire le papier le plus intéressant à la fin de la journée ».

Et qu’en est-il des fameuses « sources sûres » dont il est fréquemment question? « Dans ce cas, le journaliste a parlé à un ministre ou à un haut-fonctionnaire qui connaît bien le dossier et qui peut avoir intérêt à ce que la nouvelle soit publique. Le contact se fera par l’établissement de relations de confiance, par des rencontres dans les couloirs du Parlement ou lors de conversations prolongées avec fonctionnaires ou ministres », raconte J. Coulon.

Malgré les nombreuses rencontres, les meetings et les innombrables briefings qui sont le lot de son travail quotidien, le correspondant parlementaire pratique malgré tout un métier bien solitaire. Rien ne lui rappelle plus évidemment cette réalité que lorsqu’il se retrouve, à la fin de la journée, seul face à son ordinateur, sur lequel il rédige un texte faisant état des derniers développements sur un dossier important. Et pour demain, sur les lieux agités de la colline parlementaire, tout sera à recommencer.

Stratégie militaire et information

Le Continuum, 13 février 1984

POUR NOMBRE d’observateurs de la scène politique, l’année 1983 aura été celle des euromissiles. Le déploiement commencé, à la fin de l’année dernière, des célèbres missiles de l’OTAN aura donc été l’événement politique qui a attiré la plus grande couverture par la presse écrite et parlée et qui a suscité le plus de commentaires des divers spécialistes de la sociologie politique.

Aussi, en ce début d’année 1984, il n’est pas surprenant de constater que l’organisme universitaire « Le Club des Relations internationales (CRI) » ait fait de la stratégie militaire le thème de son 17e Congrès annuel. Plus précisément, le colloque du CRI, qui se déroulera du 16 au 18 février prochain à l’Hôtel du Parc portera sur « L’environnement stratégique dans les années ’80 ».

Selon le directeur du Congrès, M. Jocelyn Coulon, l’intérêt d’une telle session réside « en ce que depuis l’apparition des armes nucléaires, c’est la première fois qu’on en parle tant au Québec. Vu le manque d’information pertinente, c’est l’occasion pour le grand public, et plus particulièrement pour les étudiants, de s’informer sur des questions importantes concernant le débat nucléaire ».

Plusieurs invités de marque viendront situer le rôle des organisations nationales et entretenir le public sur divers aspects de l’environnement stratégique international. Notamment, le général Pierre Gallois, père de la stratégie de dissuasion française, parlera de l’évolution des concepts stratégiques de l’armement nucléaire depuis 1945.

Notons que M. Gallois présidera également la conférence de clôture (banquet) qui portera sur le thème du Congrès.

S’il est un aspect fort complexe du débat nucléaire, c’est bien celui du contrôle des armements. Ce sujet sera abordé par un spécialiste de la question, M. Andrew Pierre, du Council of Foreign Relations. La controverse des euromissiles, quant à elle, soulève encore bien des remous. Pour nous éclairer davantage à ce propos, MM. Yves Boyer, de l’Institut français des Relations internationales et Simon Serfaty, de la prestigieuse Université John Hopkins, interviendront sur l’installation des euromissiles et sur l’avenir de l’OTAN.

La conférence d’ouverture sera présidée par M. Jean-Luc Pépin, ministre d’État aux Relations extérieures, qui discutera du Canada et de la paix mondiale. MM. Charles-Philippe David et Guy Hevey essaieront de situer le rôle des organisations nationales et internationales dans le maintien de la paix. M. Pat Black, adjoint au sous-ministre des relations extérieures, traitera de la politique canadienne de défense, tandis que le docteur Georges Lindsey, directeur de la recherche opérationnelle au ministère de la Défense du Canada, parlera du Canada et de l’armement nucléaire.

Dans tout le débat nucléaire, la place de l’URSS demeure souvent ambiguë. La propagande nous présente ce pays soit comme un agresseur, soit comme un pays subissant « l’assaut » américain. M. Mark Katz, de la Brooking Institution et M. Luc Duhamel, professeur de science politique à l’U de M, tenteront de nous brosser un tableau de la politique militaire de l’Union soviétique face aux États-Unis et à l’Europe de l’Ouest.

La question nucléaire embrasse maints champ d’étude et se répercute sur plusieurs domaines d’activités. Au plan juridique, M. Mircea Mateesco-Matte, professeur à l’Université de Nantes apportera des précisions sur l’enjeu juridique du nouveau champs de bataille que constitue l’espace. Enfin, les conséquences politiques et technologiques seront abordées par M. Harold Klépak, professeur au Collège militaire de St-Jean.

Notons qu’il s’agit-là du plus important Congrès tenu par le CRI depuis sa fondation. Le Club tiendra au cours du colloque un comptoir de livres et de brochures et plusieurs kiosques seront organisés par divers centres de recherche pour le bénéfice des participants.