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Oussama. La fabrication d’un terroriste

Jonathan Randal, Oussama. La fabrication d’un terroriste, Paris, Albin Michel, 2004.

Nuit blanche, numéro 99, juillet 2005

Il fallait un grand reporter comme Jonathan Randal, qui a travaillé dans le monde arabe comme correspondant du Washington Post pendant presque toute sa carrière, pour produire un document aussi fouillé et exhaustif sur le personnage probablement le plus connu (et le plus recherché) du monde, Oussama Ben Laden.

L’auteur débute son livre en faisant part de sa déception de n’avoir pu rencontrer le Saoudien dans le cadre de son investigation, mais compense largement cette lacune par ses nombreux contacts, qui lui permettent de retracer, de manière chronologique, le cheminement de ce terroriste planétaire.

Certaines idées admises sont ainsi nuancées. Par exemple, fausse est la perception d’un tournant radical dans la vie d’un jeune Ben Laden s’amusant dans les boîtes suisses avant de verser dans le radicalisme religieux. Oussama a plutôt démontré, dès son jeune âge, à défaut d’une intelligence vive, un penchant marqué pour la religiosité « hard ». Et sa cible première n’est pas tant les États-Unis riches et arrogants, mais son Arabie natale, dont il pourfend les dirigeants au train de vie indécent, alliés aux « croisés ».

S’il réussit, en Amérique, avec les attentats du 11 septembre, son meilleur « coup », c’est qu’il voulait faire sentir aux États-Unis « l’amertume de la défaite et de l’humiliation qu’eux-mêmes avaient si souvent infligés aux musulmans depuis quatre siècles de déclin islamique et d’affirmation occidentale ».

Un des apports les plus intéressants de l’ouvrage, outre de rapporter avec force détails les pérégrinations de Ben Laden, que ce soit au Soudan ou dans les collines sinueuses de l’Afghanistan, est de faire la lumière sur les méandres du financement de ce djihad mondial, avec ses ramifications allant des banques de Dubaï aux ONG installées en Arabie ou aux États-Unis. On obtient des dates, des noms, des lieux. Bref, du journalisme d’enquête porté à ses sommets.

Se venger par la mort

La Presse, 12 septembre 2001
L’auteur est politicologue et auteur de maints articles de presse sur l’intégrisme islamique.

APRÈS LA consternation la plus totale jetée hier sur toute l’humanité par les attaques organisées sur le World Trade Center de New York et le Pentagone à Washington, se mêle pour plusieurs d’entre nous un sentiment d’incompréhension sur les motifs pouvant amener d’autres personnes à organiser de telles actions en emportant avec elles d’innocentes victimes dans leur « cause ».

Un numéro récent du journal Le Monde (8 septembre 2001) apporte pourtant, côté arabe, plusieurs éléments clés à une compréhension, bien sûr partielle, des motivations probables derrière de tels gestes meurtriers. Et nombreux sont les spécialistes du conflit israélo-palestinien, dont plusieurs sont américains, qui seront moins déconcertés que les citoyens ordinaires, si la piste arabe est prouvée, pour apporter un début d’explication aux événements d’hier.

La gangrène s’est clairement emparée de la situation au Moyen-Orient depuis le constat d’échec des accords d’Oslo, dernière tentative véritable pour établir une paix durable dans la région. Avec l’entrée en scène de l’administration Bush cependant, la population palestinienne, déjà hautement frustrée de ce qu’elle perçoit être l’appui indéfectible et inconditionnel des Américains envers Israël, a fait sauter la marmite. À preuve, le nombre d’attentats kamikazes, suicides, s’est multiplié, atteignant pas moins de 17 depuis à peine un an. Des jeunes, désespérés, sentant leur avenir bloqué sur tous les horizons, se proposent comme martyrs, avec la conviction entretenue par leurs pairs d’entrer directement au paradis, dans la lignée des autres victimes de l’Intifada, le soulèvement populaire palestinien.

Israël
Par ces gestes d’autodestruction, c’est Israël qui est bien sûr visé, mais aussi, symboliquement, leur propre Palestine chérie et surpeuplée, et dont les dirigeants se montrent incapables d’offrir à sa population une situation sociale tenable, une base d’espérance. Dramatique paradoxe, les plus frustrés d’entre ces jeunes donnent un sens à leur vie par la mort, la leur et celle de l’ennemi.

On s’entend tous, aucune cause ne mérite la mort d’innocentes personnes, n’ayant rien à voir avec ce conflit, de près ou de loin. Maintes conséquences des événements d’hier sont à prévoir sur nos vies, sur des enjeux aussi variés que l’économie, la sécurité, l’immigration, les relations interethniques.
Face à cette malheureuse situation, que pouvons-nous faire, concrètement, comme citoyens ? Une solution, palpable et positive accueillir plus de réfugiés de cette région ; leur faire une place afin qu’ils puissent se donner un avenir, chez nous, au Québec, au Canada.

Et inciter nos dirigeants à s’engager clairement pour une solution profonde et véritable de ce conflit vieux de plus de 50 ans, pour le bien des peuples concernés et celui, on le constate cruellement aujourd’hui, de l’humanité.