{"id":1534,"date":"2005-09-21T20:00:55","date_gmt":"2005-09-22T00:00:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1534"},"modified":"2021-02-19T15:50:34","modified_gmt":"2021-02-19T20:50:34","slug":"retour-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1534","title":{"rendered":"Retour en Tunisie"},"content":{"rendered":"<p>www.tolerance.ca, septembre 2005<\/p>\n<p>Rien ne peut mieux d\u00e9crire le bond prodigieux qu&rsquo;a connu Tunis que ce souvenir vivace que je conserve de mon premier coup de t\u00e9l\u00e9phone depuis la capitale tunisienne \u00e0 mes parents au Qu\u00e9bec. J&rsquo;y s\u00e9journais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en tant qu&rsquo;\u00e9tudiant en langue arabe \u00e0 l&rsquo;Institut Bourguiba des langues vivantes, gr\u00e2ce \u00e0 une bourse qui m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e par l&rsquo;Association des universit\u00e9s partiellement ou enti\u00e8rement de langue fran\u00e7aise (AUPELF), et je r\u00e9sidais \u00e0 la cit\u00e9 universitaire Haroun el-Rachid, dans le quartier des ambassades. Je me souviens que j&rsquo;ai d\u00fb me rendre au bureau de poste, attendre pendant une heure qu&rsquo;une ligne soit disponible, puis crier \u00e0 mes parents mon adresse de r\u00e9sidence : ils n&rsquo;ont finalement jamais pu la retenir tant la ligne \u00e9tait mauvaise !<\/p>\n<p>Mon souvenir d&rsquo;\u00e9poque me rappelle nombre de femmes portant la djellaba blanche et des hommes arborant le tarbouche. Quelque 20 ans plus tard, en ce bel apr\u00e8s-midi de printemps dans cette capitale exotique de l&rsquo;Afrique du nord, je sors mon cellulaire et j&rsquo;appelle ma femme, bouscul\u00e9 par les nombreux jeunes qui d\u00e9ambulent coll\u00e9s \u00e0 leurs portables dans des discussions anim\u00e9es. Je parcours l&rsquo;avenue Habib-Bourguiba, avec ses v\u00e9ritables parures de Champs-Elys\u00e9es, et c\u00f4toie une population, toujours tr\u00e8s jeune, mais au style plus occidentalis\u00e9, o\u00f9 le jean est roi, autant chez les hommes que chez les filles.<\/p>\n<p>M\u00eame les caf\u00e9s, autrefois havre masculin, ont chang\u00e9. Je remarque que les femmes sont davantage \u00ab admises \u00bb. Certes, elles ne se pr\u00e9sentent pas encore seules, mais elles ont pris place, du moins en bande, voire avec leurs amoureux, et ne s&rsquo;enferment pas dans une intimidante discr\u00e9tion comme c&rsquo;est le cas dans certains pays musulmans. Les taxis abondent, ils sont jaunes maintenant \u00e0 la fa\u00e7on new-yorkaise, et \u00e0 un prix d\u00e9risoire, ils permettent une libert\u00e9 de mouvement unique. La t\u00e9l\u00e9 \u00e9galement surprend, avec ses programmes de vid\u00e9os de fin de soir\u00e9e o\u00f9 les vedettes f\u00e9minines de la chanson se tortillent dans des tenues pour le moins provocantes&#8230;<\/p>\n<p><strong>Sidi Bou Sa\u00efd, la ville bleut\u00e9e<\/strong><br \/>\nDans ce flot ininterrompu de mouvement propre \u00e0 toute capitale qui se respecte, seule la m\u00e9dina (la vieille ville), patrimoine mondial, n&rsquo;a pas chang\u00e9 et accueille toujours son flot quotidien de citoyens locaux, attir\u00e9s par les aubaines, et sa vague de touristes, surtout europ\u00e9ens, \u00e0 la recherche d&rsquo;un pr\u00e9cieux souvenir souvent durement n\u00e9goci\u00e9. Et les banlieues de Carthage et de Sidi Bou Said, la ville bleut\u00e9e, sont rest\u00e9es tout aussi merveilleuses pour le touriste qui peut appr\u00e9cier cette architecture aux forts accents de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Analys\u00e9e dans un contexte de d\u00e9veloppement, la Tunisie s&rsquo;adapte relativement bien \u00e0 la modernit\u00e9. L&rsquo;ex-territoire de la Rome antique, maintenant peupl\u00e9 de pr\u00e8s de 10 millions d&rsquo;habitants, est un des premiers pays d&rsquo;accueil de l&rsquo;investissement \u00e9tranger en Afrique. Contrairement \u00e0 son voisin alg\u00e9rien, pas tout \u00e0 fait remis d&rsquo;une violente guerre civile, et au Maroc dont l&rsquo;\u00e9conomie est vacillante, la Tunisie se d\u00e9marque de ses voisins par son dynamisme \u00e9conomique, encourag\u00e9 d&rsquo;ailleurs par la venue temporaire du si\u00e8ge de la Banque africaine de d\u00e9veloppement, fuyant une C\u00f4te d&rsquo;Ivoire trop f\u00e9brile. Le pays peut se targuer d&rsquo;une inflation ma\u00eetris\u00e9e et d&rsquo;une croissance d\u00e9mographique contenue, et de l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9elle classe moyenne. Les bidonvilles, qui font honte \u00e0 nombre d&rsquo;\u00c9tats africains, n&rsquo;existent plus.<\/p>\n<p><strong>Une libert\u00e9 de m\u0153urs, mais une libert\u00e9 politique sous surveillance<\/strong><br \/>\nLa Tunisie affiche aussi une grande stabilit\u00e9 politique depuis son ind\u00e9pendance en 1956, et jouit d&rsquo;une libert\u00e9 de moeurs sans pareille dans le monde arabe. La polygamie y a \u00e9t\u00e9 abolie bien avant tous les autres pays arabophones et on ne s&rsquo;est jamais ensabl\u00e9 dans une politique familiale r\u00e9trograde r\u00e9servant aux femmes un statut de mineure, comme c&rsquo;est encore le cas en Alg\u00e9rie. La d\u00e9putation f\u00e9minine occupe d&rsquo;ailleurs pr\u00e8s du quart des si\u00e8ges \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s de Tunis.<\/p>\n<p>Quelques failles apparaissent toutefois dans ce portrait somme toute fort positif : si l&rsquo;int\u00e9grisme semble en apparence peu influent, la libert\u00e9 politique est encore bien timide, comme on le constate \u00e0 la lecture d&rsquo;une presse fort peu critique et aux relents unanimistes. En Tunisie, en effet, la libert\u00e9 d&rsquo;expression a un prix. \u00c0 28 ans, Zouhair Yahyaoui, le jeune fondateur et r\u00e9dacteur en chef du webzine satirique Tunezine, a \u00e9cop\u00e9 d&rsquo;une peine de 24 mois de prison pour avoir transmis sur un forum de discussion une rumeur sur une attaque arm\u00e9e du palais de la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Zouhair Yahyaoui a d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il r\u00e9v\u00e8le les mots de passe permettant aux autorit\u00e9s de fermer le site Internet.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le cas \u00e9galement d&rsquo;un certain nombre de femmes dont l&rsquo;avocate Nadhia Nasraoui, habitu\u00e9e comme Sihem Bens\u00e9drine, des ge\u00f4les de Ben Ali et dont les m\u00e9dias ont relay\u00e9 le visage tum\u00e9fi\u00e9 par la brutalit\u00e9 des coups que lui ont port\u00e9 les sbires du r\u00e9gime en mars 2005.<\/p>\n<p>Le voisin marocain est, \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e0 des lieux d&rsquo;avance, avec sa presse de qualit\u00e9, mais acerbe et tr\u00e8s critique envers le r\u00e9gime dirigeant. Des avanc\u00e9es majeures sont donc encore \u00e0 faire sur le plan d\u00e9mocratique : le pays n&rsquo;a connu que deux pr\u00e9sidents, depuis son accession \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance, Bourguiba et l&rsquo;actuel, Ben Ali, au pouvoir depuis 1987.<\/p>\n<p><strong>Mondialisation et concurrence chinoise<\/strong><br \/>\nAutre source d&rsquo;inqui\u00e9tude : la mondialisation. Comme au Canada, celle-ci \u00e9branle fortement l&rsquo;industrie textile, maintenant soumise \u00e0 la concurrence chinoise, f\u00e9roce et implacable. Or, cette industrie occupe pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population active industrielle : c&rsquo;est dire l&rsquo;ampleur de la menace, \u00e9conomique mais aussi sociale, qui p\u00e8se sur le pays, d\u00e9j\u00e0 aux prises avec un ch\u00f4mage cons\u00e9quent atteignant environ<br \/>\n15 % de la population active.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;approche du son anniversaire de son ind\u00e9pendance, la Tunisie se pr\u00e9sente, \u00e0 raison, comme un mod\u00e8le de r\u00e9ussite pour les pays en d\u00e9veloppement, mais la route qui se d\u00e9ploie devant elle demeure, comme autrefois, sem\u00e9e de d\u00e9fis tout aussi colossaux que ceux auxquels elle a d\u00fb faire face durant la p\u00e9riode qui a suivi l&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>www.tolerance.ca, septembre 2005 Rien ne peut mieux d\u00e9crire le bond prodigieux qu&rsquo;a connu Tunis que ce souvenir vivace que je conserve de mon premier coup de t\u00e9l\u00e9phone depuis la capitale tunisienne \u00e0 mes parents au Qu\u00e9bec. J&rsquo;y s\u00e9journais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en tant qu&rsquo;\u00e9tudiant en langue arabe \u00e0 l&rsquo;Institut Bourguiba des langues vivantes, gr\u00e2ce \u00e0 une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[17],"class_list":["post-1534","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-opinions","tag-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1534","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1534"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1534\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2665,"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1534\/revisions\/2665"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1534"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1534"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yvancliche.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1534"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}