{"id":1808,"date":"1989-02-11T18:26:26","date_gmt":"1989-02-11T23:26:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1808"},"modified":"2021-03-06T14:00:05","modified_gmt":"2021-03-06T19:00:05","slug":"le-futur-au-present","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1808","title":{"rendered":"Le futur au pr\u00e9sent"},"content":{"rendered":"<p>Magazine Courants, janvier-f\u00e9vrier 1989<\/p>\n<p>John Naisbitt, dipl\u00f4m\u00e9 de Harvard, auteur du best-seller Megatrends, est un des gourous les plus courus des managers nord-am\u00e9ricains. Invit\u00e9-vedette du deuxi\u00e8me Sommet international d\u00e9di\u00e9\u00a0\u00e0 la ressource humaine, qui s&rsquo;est tenu\u00a0\u00e0 Montr\u00e9al l&rsquo;automne dernier, John Naisbitt ne dit qu&rsquo;une chose aux gestionnaires :<br \/>\nle changement n&rsquo;est plus\u00a0\u00e0 nos portes, il a d\u00e9j\u00e0 la p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 notre soci\u00e9t\u00e9 et nos vies.<\/p>\n<p>YVAN CLICHE &#8211; COURANTS : Vous affirmez que nous passons en ce moment d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 industrielle\u00a0\u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 informatique. Quel est le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat dans ce passage ?<\/p>\n<p>John Naisbitt : Moins le gouvernement intervient, mieux ce sera ! Nous sommes dans une p\u00e9riode de grandes transformations. Nous passons\u00a0\u00e0 un autre type de soci\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;\u00e9conomie, o\u00f9 l&rsquo;information est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central. Personne ne peut et ne doit en prendre la direction. C&rsquo;est le march\u00e9 qui a initi\u00e9 ces changements, c&rsquo;est \u00e0 lui d&rsquo;en poursuivre la conduite. On verra o\u00f9 cela nous m\u00e8nera. La pire chose qui puisse arriver, c&rsquo;est que le gouvernement intervienne dans cette p\u00e9riode de changements majeurs.<\/p>\n<p>C. : M\u00eame\u00a0\u00e0 titre de \u00ab facilitateur ? \u00bb<br \/>\nJ.N.: Comment le pourrait-il ? Le gouvernement ne sait pas ce qui se d\u00e9roule sous ses yeux ! Il doit rester hors du chemin. Cela a \u00e9t\u00e9 une des forces du gouvernement de Reagan, et c&rsquo;est une des raisons qui expliquent sa popularit\u00e9.<\/p>\n<p>C.: Vous pr\u00f4nez les petites unit\u00e9s, l&rsquo;entrepreneurship. Est-ce\u00a0\u00e0 dire que les soci\u00e9t\u00e9s de 20 000 employ\u00e9s et plus ne sont plus de leur temps ?<br \/>\nJ.N.: La r\u00e9ponse\u00a0\u00e0 cette question d\u00e9pend de plusieurs facteurs, tel le secteur d&rsquo;activit\u00e9s. En g\u00e9n\u00e9ral, toutefois, on peut dire que les grandes entreprises industrielles sont des produits de leur \u00e9poque : la soci\u00e9t\u00e9 industrielle. On assiste en ce moment\u00a0\u00e0 un processus de d\u00e9centralisation, et c&rsquo;est vers cela que les grandes entreprises doivent \u00e9voluer, si elles veulent rester efficaces. La structure hi\u00e9rarchique est devenue d\u00e9su\u00e8te, en partie parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas \u00ab naturelle \u00bb et qu&rsquo;elle ne convient pas aux \u00eatres humains, qui pr\u00e9f\u00e8rent travailler dans des environnements personnalis\u00e9s. La pr\u00e9sence des ordinateurs favorise l&rsquo;implantation de structures plus\u00a0\u00e0 la mesure des individus. L&rsquo;informatique remplit en partie les fonctions assum\u00e9es auparavant par les cadres interm\u00e9diaires. Cela permet l&rsquo;av\u00e8nement de structure organisationnelle \u00ab plane \u00bb\u00a0\u00e0 l&rsquo;opposition de la structure rigide et hi\u00e9rarchis\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Une \u00ab conf\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;entrepreneurs \u00bb<\/strong><br \/>\nC. : Pour changer\u00a0\u00e0 ce point, il faut \u00eatre pr\u00e9par\u00e9. Comment alors former les managers ?<br \/>\nJ.N.: Ceux-ci doivent d\u00e9laisser leur style autoritaire, vestige d&rsquo;une autre \u00e9poque, pour adopter le r\u00f4le d&rsquo;entraineur et de tuteur. Dor\u00e9navant, la fonction premi\u00e8re du manager est non seulement d&rsquo;assurer l&rsquo;expansion de la firme, mais d&rsquo;instaurer un climat propice au d\u00e9veloppement personnel des employ\u00e9s.<\/p>\n<p>Les entreprises d&rsquo;autorit\u00e9 classique ne font pas partie de ce que j&rsquo;appelle la \u00ab nouvelle \u00e9conomie \u00bb. La nouvelle \u00e9conomie se fait tous les jours par de jeunes entrepreneurs. Aux \u00c9tats-Unis, ils cr\u00e9ent, chaque ann\u00e9e, de 3\u00a0\u00e0 5 millions nouveaux emplois. La plupart de ces emplois sont le fait de firmes ayant au plus 50 employ\u00e9s et 5 ans d&rsquo;existence ou moins. C&rsquo;est l\u00e0 que se situe l&rsquo;action. Les grandes entreprises, comme toutes les grandes institutions, essaient de diminuer le nombre de leurs employ\u00e9s ; elles recherchent la souplesse dans leur style de direction. Elles pensent r\u00e9seaux et non hi\u00e9rarchie et veulent acqu\u00e9rir les qualit\u00e9s productrices des petites firmes.<\/p>\n<p>C. : Est-ce que l&rsquo;intrapreneurship est une solution qui s&rsquo;inscrit dans cette ligne de pens\u00e9e ?<br \/>\nJ.N.: Certainement, l&rsquo;intrapreneurship doit \u00eatre encourag\u00e9 dans un esprit de d\u00e9centralisation et s&rsquo;implanter dans un climat de confiance. Cette strat\u00e9gie permet en outre de conserver les bons employ\u00e9s, car elle leur permet d&rsquo;exploiter leurs talents. En somme, les soci\u00e9t\u00e9s doivent se transformer en \u00ab conf\u00e9d\u00e9rations d&rsquo;entrepreneurs \u00bb et faire plus de place\u00a0\u00e0 l&rsquo;intuition et\u00a0\u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, au lieu de se cantonner uniquement aux chiffres et aux ratios. Plusieurs pensent que les grandes entreprises repr\u00e9sentent le stade ultime de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 ce\u00a0\u00e0 quoi tous doivent aspirer. Ce n&rsquo;est plus vrai.<\/p>\n<p>C.: Vous dites que nous assistons\u00a0\u00e0 la mondialisation de l&rsquo;\u00e9conomie et que les citoyens s&rsquo;int\u00e9ressent davantage aux affaires locales. Est-ce contradictoire ?<br \/>\nJ.N.: Non, pas du tout. La mondialisation de l&rsquo;\u00e9conomie est un des traits les plus notables de cette fin de si\u00e8cle, mais, simultan\u00e9ment, l&rsquo;individualisme fait son chemin. Les individus deviennent plus ind\u00e9pendants des institutions, car ils sont mieux inform\u00e9s gr\u00e2ce\u00a0\u00e0 l&rsquo;ordinateur et\u00a0\u00e0 la d\u00e9centralisation des centres de d\u00e9cision. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 constater l&rsquo;internationalisation des march\u00e9s financiers et, parall\u00e8lement,\u00a0l&rsquo;int\u00e9r\u00eat croissant des gens pour les affaires locales et r\u00e9gionales. Un exemple : de mon patelin au Colorado, je suis en contact permanent avec le monde gr\u00e2ce aux telex. Auparavant, pour obtenir un papier officiel ou une information, il fallait contacter une grosse institution ou me rendre \u00e0 Washington. Et ce lien que j&rsquo;ai avec le monde ne m&#8217;emp\u00eache nullement, au contraire, de m&rsquo;int\u00e9resser aux d\u00e9cisions qui se prennent au conseil municipal et au niveau de l&rsquo;\u00c9tat, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elles affectent mon quotidien.<\/p>\n<p><strong>Le futur est l\u00e0<\/strong><br \/>\nC.: Comment voyez-vous l&rsquo;entreprise du futur ?<br \/>\nJ.N. : Je la vois et l&rsquo;analyse d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;elle existe d\u00e9j\u00e0 ! C&rsquo;est une entreprise d&rsquo;une cinquantaine d&#8217;employ\u00e9s ayant beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie, de passion. Les employ\u00e9s \u00e9voluent dans une atmosph\u00e8re de travail excitante, et ils jouissent d&rsquo;une panoplie de styles et d&rsquo;horaires de travail. Plusieurs sont engag\u00e9s\u00a0\u00e0 contrat. Malgr\u00e9 l&rsquo;absence de s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi, travailler au sein de cette firme est un plaisir. Auparavant, surtout dans les grosses entreprises, les gens se rendaient au travail pour gagner de l&rsquo;argent et le d\u00e9penser durant les heures de loisir, l&rsquo;unique moment r\u00e9serv\u00e9 au plaisir. Maintenant, les gens veulent trouver une satisfaction \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leur travail, et non plus uniquement \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le r\u00f4le du gestionnaire est justement de cr\u00e9er un environnement o\u00f9 les gens sentent qu&rsquo;ils \u00e9voluent et que leurs aspirations personnelles sont satisfaites. Je pense que, dans la soci\u00e9t\u00e9 informatique, la possibilit\u00e9 de jouir d&rsquo;une meilleure qualit\u00e9 de vie est plus grande : les emplois sont plus int\u00e9ressants, mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Trop de gens ont la nostalgie de l&rsquo;\u00e9poque industrielle. Or, les emplois y \u00e9taient souvent terribles, ali\u00e9nants. Pensons aux travailleurs de l&rsquo;automobile. Aujourd&rsquo;hui, la robotisation \u00e9limine ces t\u00e2ches ingrates et permet un plus grand engagement des individus dans l&rsquo;\u00e9volution de la firme.<\/p>\n<p>C.: Et les syndicats ?<br \/>\nJ.N.: Le mouvement syndical est mort ! Car les caract\u00e9ristiques de la soci\u00e9t\u00e9 qui ont permis son d\u00e9veloppement n&rsquo;existent plus. La philosophie des syndicats est que tous les travailleurs soient trait\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on. Cette conception n&rsquo;a plus raison d&rsquo;\u00eatre dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;individu prend de plus en plus sa place et est r\u00e9tribu\u00e9 en fonction de sa contribution la firme. Or, les syndicats veulent que tous soient r\u00e9tribu\u00e9s de fa\u00e7on identique que les revendications des travailleurs soient homog\u00e8nes. Les syndicats se sont av\u00e9r\u00e9s des acteurs utiles et majeurs de r\u00e9volution de nos soci\u00e9t\u00e9s. Mais quelque chose d&rsquo;autre doit \u00eatre invent\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;\u00e9ducation est primordiale. Les \u00e9coliers doivent apprendre comment apprendre. Au lieu de monologuer sur\u00a0le sujet, le professeur doit familiariser ses \u00e9tudiants\u00a0\u00e0 la mati\u00e8re et les envoyer\u00a0\u00e0 la\u00a0biblioth\u00e8que ! Son r\u00f4le sera celui d&rsquo;une personne-ressource qui guide les \u00e9l\u00e8ves vers la connaissance. L&rsquo;avenir appartient aux g\u00e9n\u00e9ralistes,\u00a0\u00e0 ceux qui peuvent s&rsquo;initier rapidement\u00a0\u00e0 un sujet, en faire la synth\u00e8se globale et s&rsquo;adapter aux nouvelles situations.<\/p>\n<p><strong>Cesser d&rsquo;\u00eatre abstrait<\/strong><br \/>\nC: Quels seront les crit\u00e8res indispensables au succ\u00e8s d&rsquo;une entreprise ?<br \/>\nJ.N. : En fait, ces crit\u00e8res ne changent pas. C&rsquo;est la mani\u00e8re d&rsquo;y r\u00e9pondre qui change. Nous vivons, et cela se poursuivra, dans un monde o\u00f9 la comp\u00e9tition s&rsquo;intensifie, o\u00f9 la qualit\u00e9 et l&rsquo;attention port\u00e9e aux clients compteront bien davantage que par le pass\u00e9. Le grand changement, c&rsquo;est que les ressources humaines, et non le capital, constituent l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment cl\u00e9. Les compagnies efficaces de demain seront celles qui cr\u00e9eront un environnement favorable\u00a0\u00e0 l&rsquo;apprentissage et\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement personnel des employ\u00e9s. Dans la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, les gens ne recevaient que des ordres qu&rsquo;ils devaient ex\u00e9cuter. Dans la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information, le gestionnaire devra s&rsquo;assurer que les employ\u00e9s exploitent toutes leurs ressources. Les firmes n&rsquo;offrant pas un environnement de travail stimulant, o\u00f9 les individus ne se sentent pas partie prenante de l&rsquo;aventure, auront de la difficult\u00e9\u00a0\u00e0 recruter de la main-d&rsquo;oeuvre valable.<\/p>\n<p>Il\u00a0y a \u00e9galement un autre crit\u00e8re, celui de la vision que le gestionnaire doit transmettre\u00a0\u00e0 ses employ\u00e9s. Dans la nouvelle \u00e9conomie, le gestionnaire ne peut esp\u00e9rer motiver ses employ\u00e9s avec des objectifs comme le taux de rendement du capital investi et\u00a0la marge de profit. Il doit d&rsquo;abord planifier ses activit\u00e9s\u00a0\u00e0 long terme. Et it doit viser des objectifs concrets, comme le plus faible nombre de plaintes, indiquant la satisfaction des clients. J&rsquo;insiste sur l&rsquo;importance d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cis. Si un gestionnaire essaie de convaincre ses employ\u00e9s que la firme doit devenir la meilleure, ce n&rsquo;est pas assez. Les gens ne savent pas\u00a0\u00e0 quoi ressemble la meilleure firme. C&rsquo;est trop abstrait. Si vous dites, par contre, que vous voulez envoyer un homme sur la Lune dans 10 ans, c&rsquo;est clair. De tels objectifs motivent v\u00e9ritablement les individus, bien plus que des objectifs abstraits\u00a0et impersonnels, telle la hausse des actions. Surtout, ne pas tenter de devenir le plus gros. Les meilleurs ne sont pas n\u00e9cessairement les plus gros, loin de l\u00e0.<\/p>\n<p>C.: Comment expliquez-vous votre succ\u00e8s dans le monde des affaires ?<br \/>\nJ.N. : Tout simplement parce que les gestionnaires se reconnaissent dans les tendances que je d\u00e9c\u00e8le. Ils les voient se d\u00e9ployer sous leurs yeux. Je ne fais que valider et enrichir ce qu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 plus ou moins confus\u00e9ment. Je me d\u00e9fends d&rsquo;\u00eatre un futurologue. C&rsquo;est assez difficile d&rsquo;analyser et de comprendre le pr\u00e9sent !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Magazine Courants, janvier-f\u00e9vrier 1989 John Naisbitt, dipl\u00f4m\u00e9 de Harvard, auteur du best-seller Megatrends, est un des gourous les plus courus des managers nord-am\u00e9ricains. 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