{"id":1889,"date":"1989-12-15T09:42:12","date_gmt":"1989-12-15T14:42:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1889"},"modified":"2021-03-06T10:24:51","modified_gmt":"2021-03-06T15:24:51","slug":"le-developpement-durable-un-grand-projet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1889","title":{"rendered":"Le d\u00e9veloppement durable, un grand projet"},"content":{"rendered":"<p>Magazine Courants, octobre-novembre-d\u00e9cembre 1989<\/p>\n<p>L&rsquo;environnement et la croissance. Une alliance de raison, toute jeune et encore fragile, mais appel\u00e9e a se renforcer. Les dirigeants des grandes entreprises l&rsquo;ont compris et plusieurs parlent maintenant de d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>Du concept de d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00e0 son application dans les activit\u00e9s courantes de d\u00e9veloppement, le d\u00e9fi est de taille. Sa mise en application exige un changement profond de perspective et une attitude positive face aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s tant sociales, environnementales qu&rsquo;\u00e9conomiques impos\u00e9es par notre mode de vie contemporain. Une nouvelle \u00e9thique doit impr\u00e9gner toutes les sph\u00e8res d&rsquo;activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce commentaire de Daniel Dubeau, vice-pr\u00e9sident, Environnement, Hydro-Qu\u00e9bec, aurait eu l&rsquo;effet d&rsquo;une bombe il y a quelques ann\u00e9es. D\u00e9j\u00e0, le d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre rapport Bruntland, publi\u00e9 en avril 1987 par la Commission mondiale sur l&rsquo;environnement et le d\u00e9veloppement (cr\u00e9e en 1983 par l&rsquo;ONU), est tr\u00e8s clair sur la voie que doit emprunter la communaut\u00e9 mondiale : \u00ab Le temps est venu de rompre avec le pass\u00e9 (&#8230;) ce sont les politiques et les institutions qui doivent changer. \u00bb<\/p>\n<p>Le rapport Bruntland, du nom de la premi\u00e8re ministre de la Norv\u00e8ge\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, pr\u00e9sidente des travaux, d\u00e9finit le d\u00e9veloppement durable comme \u00ab un d\u00e9veloppement qui r\u00e9pond aux besoins du pr\u00e9sent sans compromettre la capacit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures de r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins \u00bb. Aujourd&rsquo;hui, le d\u00e9veloppement durable n&rsquo;a fait sursauter aucun des 250 participants, et parmi eux de nombreux chefs et cadres de grandes entreprises, au colloque du Centre international des grands projets, qui a porte sur Le d\u00e9veloppement durable : un grand projet.<\/p>\n<p>Le colloque a eu lieu le 2 novembre \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p><strong>Le Qu\u00e9bec, un leader<\/strong><br \/>\nLe colloque a permis de mesurer l&rsquo;ampleur du chemin parcouru depuis que les premiers \u00e9colos croisaient le fer avec les entreprises polluantes&#8230; mais aussi l&rsquo;ampleur du chemin \u00e0 parcourir avant que cette nouvelle \u00e9thique impr\u00e8gne nos m\u00e9canismes de pens\u00e9e et nos pratiques quotidiennes. Heureusement, le Qu\u00e9bec semble jouer un r\u00f4le de leader, comme l&rsquo;a reconnu Mohamed Shanoun, membre de cette m\u00eame Commission mondiale sur l&rsquo;environnement et le d\u00e9veloppement et ambassadeur d&rsquo;Alg\u00e9rie au Maroc : \u00ab Je consid\u00e8re que le Qu\u00e9bec joue un r\u00f4le de pionnier autant dans la recherche th\u00e9orique de l&rsquo;int\u00e9gration du facteur \u00e9cologique dans la science \u00e9conomique que dans la mise en place des structures juridiques, institutionnelles et politiques qui veillent \u00e0 introduire pratiquement dans votre soci\u00e9t\u00e9 les r\u00e9sultats de vos recherches. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9conciliation<\/strong><br \/>\nLe colloque a repris un constat, fait depuis plusieurs ann\u00e9es mais maintenant int\u00e9gr\u00e9 au discours politique : le d\u00e9veloppement \u00e9conomique ne peut plus \u00eatre envisag\u00e9 hors des contraintes environnementale de plus en plus criantes et qui font appel\u00a0\u00e0 notre sens des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>En somme, on ne peut plus vivre comme avant. Impossible de conserver \u00ab cet esprit de \u00ab\u00a0business as usual\u00a0\u00bb qui perp\u00e9tue le paradigme du progr\u00e8s fond\u00e9 sur la croissance \u00bb, affirme Peter Jacobs, pr\u00e9sident de la Commission du d\u00e9veloppement durable au sein de l&rsquo;Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et membre de la Table ronde qu\u00e9b\u00e9coise sur l&rsquo;environnement et l&rsquo;\u00e9conomie, un organisme consultatif parrain\u00e9 par le minist\u00e8re de l&rsquo;Environnement du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>IL\u00a0n&rsquo;est pas le seul \u00e0 le dire. Au d\u00e9jeuner-conf\u00e9rence, Pierre Paradis, ministre de l&rsquo;Environnement, insistera: \u00ab Pour la premi\u00e8re fois depuis des mill\u00e9naires, l&rsquo;humanit\u00e9 est en train de menacer sa propre plan\u00e8te. Pour la premi\u00e8re fois, elle d\u00e9truit les ressources qui assurent son propre d\u00e9veloppement et son bien-\u00eatre. Un tel constat doit amener une s\u00e9rieuse remise en question. Il faut, de toute urgence, revoir les relations entre l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s \u00e9conomiques et l&rsquo;environnement. (&#8230;) Pour \u00e9viter le ralentissement de l&rsquo;\u00e9conomie, tout en am\u00e9liorant la qualit\u00e9 de vie, il faut d\u00e9cid\u00e9ment nous d\u00e9velopper autrement. Nous devons \u00e9liminer notre plus grand risque, celui de poursuivre un d\u00e9veloppement copi\u00e9 sur le pass\u00e9. (&#8230;) II faut qu&rsquo;on assiste\u00a0\u00e0 la r\u00e9conciliation entre ce qui nous fait vivre &#8211; l&rsquo;environnement et ce qui nous procure le bien-\u00eatre, l&rsquo;\u00e9conomie. \u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9conciliation, pour reprendre les termes de Pierre Paradis, semble maintenant passer par le d\u00e9veloppement durable. Un concept qui rallie tout le monde, mais dont la vraie d\u00e9finition correspondra finalement aux actions pos\u00e9es par les d\u00e9cideurs politiques et \u00e9conomiques au cours des prochaines ann\u00e9es. Chose certaine, le d\u00e9veloppement durable sous-tend une prise de conscience des dangers que court la plan\u00e8te, si on maintient tel quel le d\u00e9veloppement \u00e9conomique actuel fond\u00e9 sur l&rsquo;exploitation\u00a0\u00e0 courte vue des ressources.<\/p>\n<p><strong>Une affaire de gestion<\/strong><br \/>\n\u00ab Il y a \u00e0 peine quelques ann\u00e9es, la protection de l&rsquo;environnement n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une vague aspiration bucolique. Aujourd&rsquo;hui, elle est une n\u00e9cessite absolue que personne ne peut plus se permettre d&rsquo;ignorer. (&#8230;) Les gouvernements, les citoyens et les entreprises ont d\u00e9sormais\u00a0\u00e0 int\u00e9grer, autant dans leurs grandes d\u00e9cisions que dans leurs activit\u00e9s quotidiennes, deux imp\u00e9ratifs vitaux : le maintien de la croissance et une gestion \u00e9clair\u00e9e des ressources.<\/p>\n<p>\u00ab De plus en plus l&rsquo;environnement sera une affaire de pr\u00e9voyance et de vision : une affaire de gestion. \u00bb Administrateur, Guy Coulombe a ainsi r\u00e9sum\u00e9 l&rsquo;approche que certaines grandes entreprises ont adopt\u00e9e face \u00e0 la protection de l&rsquo;environnement. Ces entreprises ont maintenant int\u00e8gr\u00e9 dans leur philosophie de gestion les responsabilit\u00e9s qui leur incombent titre d&rsquo;exploitants des ressources naturelles. Des exemples tous pr\u00e9sents au colloque : Alcan, Tembec et Hydro-Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Alcan est une entreprise dont les activit\u00e9s industrielles sur la sant\u00e9 et l&rsquo;environnement lui ont souvent attir\u00e9 de nombreuses critiques. C&rsquo;est le cas encore. Fran\u00e7ois S\u00e9n\u00e9cal-Tremblay, pr\u00e9sident et chef de la Direction de la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9lectrolyse et de chimie Alcan, maintient que, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres sujets qui ont d\u00e9j\u00e0 aliment\u00e9 le discours public, le d\u00e9veloppement durable ne passera pas de mode. (&#8230;) G\u00e9rer des emplois qui am\u00e9liorent le quotidien sans sacrifier l&rsquo;acc\u00e8s aux ressources naturelles pour que nos descendants puissent eux aussi en profiter, c&rsquo;est ca notre d\u00e9fi \u00bb. Alcan a r\u00e9guli\u00e8rement investi, dit-il, dans des recherches originales relatives aux effets de ses usines et des proc\u00e8des sur ses employ\u00e9s et le milieu ambiant. Avec le temps, elle en est venue\u00a0\u00e0 constater \u00ab qu&rsquo;il lui faudrait tout simplement remplacer d&rsquo;anciennes installations pour \u00e9liminer la source certaines substances \u00bb.<\/p>\n<p>De nouvelles usines sont donc construites pour remplacer les usines Soderberg, au co\u00fbt de 3 milliards. La Terri\u00e8re est la premi\u00e8re usine pr\u00e9vue, et deux autres usines seront \u00e9galement construites d&rsquo;ici a 2015, \u00ab si le climat \u00e9conomique le permet \u00bb. \u00ab Avec les nouvelles usines, explique Francois S\u00e9n\u00e9cal-Tremblay, les syst\u00e8mes de protection de l&rsquo;environnement ne sont pas rajout\u00e9s ou ajout\u00e9s : ils font partie int\u00e9grante du proc\u00e8d\u00e9. \u00bb De plus, Alcan s&rsquo;int\u00e9resse grandement\u00a0\u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration de l&rsquo;aluminium, un domaine o\u00f9 le Qu\u00e9bec accuse un grand retard par rapport\u00a0\u00e0 certains \u00c9tats am\u00e9ricains, o\u00f9 le recyclage des canettes atteint 80 %. \u00ab Alcan sera toujours pr\u00eate\u00a0\u00e0 racheter, en grande quantit\u00e9, et\u00a0\u00e0 un prix int\u00e9ressant, l&rsquo;aluminium provenant du recyclage des canettes d&rsquo;aluminium. \u00bb<\/p>\n<p>Autre exemple : Tembec, une entreprise de p\u00e2tes et papiers, s&rsquo;est r\u00e9cemment dot\u00e9e d&rsquo;une politique de protection de l&rsquo;environnement. De plus, l&rsquo;entreprise s&rsquo;est engag\u00e9e \u00e0 consacrer plus de 50 millions au cours des trois prochaines ann\u00e9es pour amenuiser l&rsquo;impact de ses activit\u00e9s sur l&rsquo;environnement. Elle est d&rsquo;ailleurs imit\u00e9e par d&rsquo;autres entreprises du secteur des p\u00e2tes et papiers. Selon Frank Dottori, pr\u00e9sident et chef de la Direction de Tembec, l&rsquo;industrie foresti\u00e8re a r\u00e9duit de pr\u00e9s de 50 % les mati\u00e8res solides en suspension, responsables en partie de la pollution de l&rsquo;eau. D&rsquo;autre part, de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s, qui r\u00e9duisent consid\u00e9rablement la consommation du bois.<\/p>\n<p>II faut dire, comme l&rsquo;a fait remarquer Robert Deffrasnes, directeur, Planification Secteur forestier au minist\u00e8re de l&rsquo;\u00c9nergie et des Ressources du Qu\u00e9bec, que l&rsquo;adoption en 1986 par l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale de la Loi sur les for\u00eats est venue bouleverser toutes les r\u00e8gles du jeu en mati\u00e8re d&rsquo;utilisation et de gestion des ressources foresti\u00e8res \u00bb. La nouvelle loi a introduit le principe de \u00ab rendement durable \u00bb, qui signifie le respect de la capacit\u00e9 de production de la for\u00eat. Quant\u00a0\u00e0 la d\u00e9pollution de l&rsquo;eau, Jean Boulva, directeur de l&rsquo;institut Maurice-Lamontagne au minist\u00e8re des P\u00eaches et des Oc\u00e9ans du Canada, a rappel\u00e9 que nous sommes maintenant en retard :\u00a0\u00ab Au Qu\u00e9bec, en 1986, les stations d&rsquo;\u00e9puration des eaux d&rsquo;\u00e9go\u00fbt ne desservaient que 19,5 % de la population, alors que la moyenne nationale \u00e9tait de 66 %. \u00bb Mais le pr\u00e9sident de Tembec se veut \u00eatre r\u00e9aliste : \u00ab Nous devons nous rappeler que pour d\u00e9penser de l&rsquo;argent (pour l&rsquo;environnement) nous devons faire de l&rsquo;argent. \u00bb De l&rsquo;avis de Frank Dottori, \u00ab ceci est un principe de base du d\u00e9veloppement durable \u00bb.<\/p>\n<p><strong>2 % de notre territoire pour l&rsquo;hydro\u00e9lectricit\u00e9<\/strong><br \/>\nPour que le d\u00e9veloppement durable veuille vraiment dire quelque chose, il faut que les entreprises, comme les gouvernements d&rsquo;ailleurs, passent maintenant \u00e0 l&rsquo;action. Richard Drouin, pr\u00e9sident du Conseil et chef de la Direction d&rsquo;Hydro-Qu\u00e9bec, est venu expliquer ce que veut dire concr\u00e8tement, pour Hydro-Qu\u00e9bec, le d\u00e9veloppement durable. Il a soulign\u00e9 les efforts, tant en ce qui touche la recherche que les r\u00e9alisations, que consent l&rsquo;entreprise pour garantir un d\u00e9veloppement prudent et mesur\u00e9 de nos ressources \u00e9nerg\u00e9tiques \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9nergie est au c\u0153ur du d\u00e9bat sur l&rsquo;environnement. L&rsquo;entreprise exerce une grande responsabilit\u00e9 envers la population qu\u00e9b\u00e9coise. Elle occupe 1 % de notre territoire, proportion qui va doubler au d\u00e9but du XXle si\u00e8cle. \u00ab C&rsquo;est donc dire que nous avons, en tant que d\u00e9positaires d&rsquo;une part importante du patrimoine qu\u00e9b\u00e9cois, des responsabilit\u00e9s tr\u00e8s nettes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la protection et de la mise en valeur de l&rsquo;environnement \u00bb, signale-t-il.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9cloisonner les d\u00e9cisions<\/strong><br \/>\nRichard Drouin a rappel\u00e9 qu&rsquo;\u00ab Hydro-Qu\u00e9bec a adh\u00e9r\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t au concept de d\u00e9veloppement durable \u00bb Des mesures majeures sont mises en place pour limiter le co\u00fbt environnemental de ses projets de d\u00e9veloppement : \u00e9tudes d&rsquo;impact, mesures d&rsquo;att\u00e9nuation, programme de surveillance environnementale et de suivi, adoption d&rsquo;une politique d&rsquo;environnement, \u00e9tude des effets environnementaux cumulatifs de l&rsquo;ensemble des projets pr\u00e9vus dans le plan des installations.<\/p>\n<p>Au total, ce sont des millions de dollars consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;objectif \u00ab d&rsquo;int\u00e9grer la faisabilit\u00e9 environnementale de notre programme d&rsquo;\u00e9quipement \u00e0 sa faisabilit\u00e9 technique et \u00e9conomique, ce qui s&rsquo;inscrit au c\u0153ur m\u00eame de la notion de d\u00e9veloppement durable. (&#8230;) Ainsi, par l&rsquo;\u00e9tude des effets environnementaux cumulatifs et par ses \u00e9tudes d&rsquo;impact, l&rsquo;entreprise int\u00e8gre la dimension environnementale \u00e0 toutes les \u00e9tapes strat\u00e9giques de la prise de d\u00e9cision. C&rsquo;est l\u00e0 un pr\u00e9-requis essentiel de la mise en \u0153uvre du concept de d\u00e9veloppement durable. \u00bb<\/p>\n<p>Mais toutes ces mesures exigent qu&rsquo;il y ait concertation avec le milieu. \u00ab Le d\u00e9veloppement durable ne peut pas se concevoir autrement que par la transparence et une relation suivie entre les d\u00e9veloppeurs, les utilisateurs de ressources, les gestionnaires du milieu et la population touch\u00e9e. (&#8230;) C&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle le d\u00e9cloisonnement des d\u00e9cisions, qui est une nouvelle fa\u00e7on de g\u00e9rer le d\u00e9veloppement. \u00bb Une mani\u00e8re de g\u00e9rer qui signifie ouverture, confiance mutuelle et qui n\u00e9cessite plus de temps et d&rsquo;argent. Cependant, ajoute Richard Drouin, \u00ab un projet bien int\u00e9gr\u00e9 dans le milieu co\u00fbtera moins cher\u00a0\u00e0 long terme \u00bb.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique<\/strong><br \/>\nRichard Drouin a aussi d\u00e9clar\u00e9 tr\u00e8s clairement que l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique fait partie du d\u00e9veloppement durable. \u00ab Au fur et\u00a0\u00e0 mesure que le potentiel hydraulique diminue, nous devons mettre l&rsquo;accent sur une utilisation de plus en plus rationnelle de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, soutient-il. L&rsquo;objectif du d\u00e9veloppement durable conjugu\u00e9 aux changements radicaux qui s&rsquo;op\u00e8rent dans l&rsquo;\u00e9volution des valeurs de notre soci\u00e9t\u00e9, milite clairement en faveur d&rsquo;une action plus vigoureuse. \u00bb Mais, poursuit-il, \u00ab ces changements d&rsquo;attitude\u00a0en regard de la consommation d&rsquo;\u00e9nergie ne devront pas \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s de fa\u00e7on coercitive. Il faudra sensibiliser la population \u00e0 l&rsquo;objectif de sauvegarde de l&rsquo;environnement pour qu&rsquo;il devienne un projet collectif au Qu\u00e9bec \u00bb. Un objectif qui ne pourra se r\u00e9aliser sans un partenariat actif entre les gouvernements, les entreprises et les citoyens.<\/p>\n<p><strong>Des municipalit\u00e9s aux groupes de pression<\/strong><br \/>\nRoger Nicolet, pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des municipalit\u00e9s r\u00e9gionales de comt\u00e9 du Qu\u00e9bec (UMRCQ) dit qu&rsquo;il est en faveur de cet appel\u00a0\u00e0 la concertation pour la recherche d&rsquo;un \u00e9quilibre \u00e9cologique, sans lequel il ne saurait y avoir de \u00ab durabilit\u00e9 \u00bb du milieu. Prenant\u00a0exemple du projet de construction de deux barrages sur l&rsquo;Ashuapmushuan, Roger Nicolet dit : \u00ab Pour qu&rsquo;il y ait d\u00e9veloppement durable, il est essentiel que les responsables de grandes r\u00e9alisations comprennent l&rsquo;importance de la dimension sociale de leurs interventions. (&#8230;) Dans un contexte social et politique complexe comme celui que nous connaissons aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;est plus possible de parler de d\u00e9veloppement de grands projets se parall\u00e8lement\u00a0\u00e0 toute \u00e9tude technique, mesurer les incidences humaines de l&rsquo;intervention. \u00bb<\/p>\n<p>La concertation est la revendication des groupes \u00e9cologiques comme l&rsquo;indique Harvey Mead, pr\u00e9side de l&rsquo;Union qu\u00e9b\u00e9coise pour la conservation de la nature et membre de la Table ronde qu\u00e9b\u00e9coise sur l&rsquo;environnement l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Son groupe r\u00e9clame depuis longtemps une voie au chapitre dans la d\u00e9finition de l&rsquo;avenir \u00e9nerg\u00e9tique du Qu\u00e9bec. \u00ab Il reste donc que le domaine \u00e9nerg\u00e9tique, crucial pour le respect de l&rsquo;objectif de d\u00e9veloppement durable (&#8230;) est tout simplement hors de la port\u00e9e des interventions des groupes de citoyens, sauf\u00a0\u00e0 la pi\u00e8ce, quand la d\u00e9cision de base est d\u00e9j\u00e0 prise. C&rsquo;est en partie pour cela que presque tout projet de construction de barrage ou de ligne se bute\u00a0\u00e0 de l&rsquo;opposition. \u00bb Il ajoute : \u00ab Tant qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas de d\u00e9bat public\u00a0\u00e0 grande \u00e9chelle sur la politique \u00e9nerg\u00e9tique, les groupes \u00e9cologistes et les autres repr\u00e9sentants du milieu, les consommateurs, par exemple, n&rsquo;auront ni l&rsquo;information n\u00e9cessaire pour bien participer\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration dune politique qui tienne compte explicitement du d\u00e9veloppement durable ni l&rsquo;incitation n\u00e9cessaire pour collaborer avec les responsables de la production de l&rsquo;\u00e9nergie dans la recherche d&rsquo;un consensus. \u00bb<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;exp\u00e9rience qu\u00e9b\u00e9coise et le monde<\/strong><br \/>\nBernard Lamarre, pr\u00e9sident et chef de la Direction du groupe Lavalin, pense aussi que le d\u00e9veloppement durable exige des pays industrialises qu&rsquo;ils \u00ab d\u00e9passent le stade des interventions ponctuelles \u00bb. Lavalin r\u00e9alise de nombreux contrats \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et Bernard Lamarre reconnait que nombre de ces contrats ne posent aucune exigence environnementale.<\/p>\n<p>\u00ab Dans de tels cas, dit-il, les entreprises doivent avoir un sens de l&rsquo;\u00e9thique suffisamment d\u00e9velopp\u00e9 pour s&rsquo;imposer elles-m\u00eames des pr\u00e9cautions minimales\u00a0\u00e0 prendre en mati\u00e8re d&rsquo;environnement. Si elles ne le font pas par conviction, elles devraient le faire par int\u00e9r\u00eat \u00bb, en raison de la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;opinion publique mondiale aux questions environnementales.<\/p>\n<p>Les gouvernements \u00e9trangers des pays en voie de d\u00e9veloppement sont souvent aux prises avec des contraintes financi\u00e8res qui les poussent\u00a0\u00e0 \u00e9vacuer les exigences environnementales. Mais il ne faudrait pas croire, soutient Bernard Lamarre, que la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente chez nous : \u00ab On n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 regarder nos petites villes et nos villages, qui ont des r\u00e8glements de zonage souvent tr\u00e8s limit\u00e9s et surtout tr\u00e8s flous et qui autorisent toutes sortes de projets immobiliers pouvant endommager l&rsquo;environnement. Il est vrai que les gouvernements et les administrateurs de ces municipalit\u00e9s ont tellement de probl\u00e8mes avec leurs budgets qu&rsquo;ils ont, comme les pays on voie de d\u00e9veloppement, de la difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 certains avantages imm\u00e9diats, mais parfois pernicieux\u00a0\u00e0 long terme. \u00bb<\/p>\n<p><strong>La parole donn\u00e9e<\/strong><br \/>\nMichel Yergeau, avocat chez Lavery, O&rsquo;Brien, et pr\u00e9sident du Comite consultatif en environnement d&rsquo;Hydro-Qu\u00e9bec, abonde dans le m\u00eame sens : \u00ab Trop souvent, les probl\u00e8mes environnementaux ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s de fa\u00e7on p\u00e9riph\u00e9rique, c&rsquo;est-\u00e0-dire que nos actions sont encore sectorielles et attach\u00e9es\u00a0\u00e0 la partie visible de la protection de l&rsquo;environnement, soit la pollution. (&#8230;) L&rsquo;environnement doit devenir, autant que les questions financi\u00e8res, \u00e9conomiques ou purement techniques, un des pivots de la prise de d\u00e9cision. \u00bb<\/p>\n<p>Pour cela, un pr\u00e9alable : la pr\u00e9occupation de l&rsquo;environnement doit devenir un r\u00e9flexe. \u00ab Le d\u00e9veloppement durable, c&rsquo;est aussi reconnaitre que, m\u00eame si tout peut \u00eatre fait, tout ne doit pas \u00eatre fait. Les entreprises doivent avoir la discipline n\u00e9cessaire pour prendre des d\u00e9cisions \u00e9clair\u00e9es\u00a0\u00e0 cet \u00e9gard. Le respect de l&rsquo;environnement doit \u00eatre int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9thique morale au m\u00eame titre que l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, la parole donn\u00e9e et le sens du devoir \u00bb, raconte-t-il.<\/p>\n<p>Le dossier prend un caract\u00e8re dramatique lorsque la parole revient \u00e0 Bernard Cleary, coordonnateur des n\u00e9gociations et n\u00e9gociateur en chef du Conseil Attikamek-Montagnais. Si les grandes entreprises ont pris conscience de leurs responsabilit\u00e9s \u00e0 regard de l&rsquo;environnement, elles ne peuvent faire oublier les dommages qu&rsquo;elles ont pu causer dans le pass\u00e9. L&rsquo;histoire du d\u00e9veloppement, dont les Attikamek et les Montagnais ont en quelque sorte \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins, est v\u00e9ritablement celle du \u00ab mal d\u00e9veloppement \u00bb. (&#8230;) Nous ne voulons plus \u00eatre les t\u00e9moins passifs du d\u00e9veloppement. Plus jamais, nous n&rsquo;accepterons que le\u00a0 d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique se fasse\u00a0\u00e0 notre d\u00e9triment. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Une responsabilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration<\/strong><br \/>\nLe d\u00e9fi de l&rsquo;environnement n&rsquo;interpelle pas uniquement les entreprises, mais tous les citoyens, comme le fait justement valoir Pierre-Marc Johnson, directeur de recherche en environnement\u00a0\u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 McGill.<br \/>\n\u00ab L&rsquo;ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;environnement est la responsabilit\u00e9 dune g\u00e9n\u00e9ration g\u00e2t\u00e9e, celle qui a cr\u00e9\u00e9 le d\u00e9ficit et qui b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;emplois\u00a0\u00e0 vie, de r\u00e9gimes de pension \u00e9labores auxquels n&rsquo;a pas acc\u00e8s la g\u00e9n\u00e9ration qui nous suit, d\u00e9plore-t-il. Le concept de d\u00e9veloppement durable nous offre la possibilit\u00e9 d&rsquo;agir et de corriger nos abus. Il offre un cadre raisonnablement coh\u00e9rent pour r\u00e9pondre aux imp\u00e9ratifs de n\u00e9cessite et d&rsquo;urgence, parce qu&rsquo;il est un principe int\u00e9grateur qui ne se contente pas de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, mais fait appel\u00a0\u00e0 un int\u00e9r\u00eat red\u00e9couvert dans l&rsquo;interd\u00e9pendance des soci\u00e9t\u00e9s et de celles-ci avec la nature. \u00bb<\/p>\n<p>Et, ne l&rsquo;oublions pas, \u00ab il y a de bonnes nouvelles en mati\u00e8re d&rsquo;environnement \u00bb, comme l&rsquo;a signal\u00e9 Richard Drouin. M\u00eame si les medias ne rapportent que des catastrophes, il n&rsquo;en demeure pas moins que la tenue de ce colloque prouve que la valeur environnement s&rsquo;impr\u00e8gne dans les activit\u00e9s des entreprises. M\u00eame si elles souffrent d&rsquo;un probl\u00e8me de cr\u00e9dibilit\u00e9 aupr\u00e8s de la population, les entreprises ont tout\u00a0\u00e0 gagner\u00a0\u00e0 faire de l&rsquo;environnement une seconde nature et\u00a0\u00e0 r\u00e9int\u00e9grer positivement\u00a0\u00e0 leur philosophie et pratiques de gestion. L&rsquo;environnement est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 avec laquelle il faudra savoir composer maintenant et\u00a0\u00e0 l&rsquo;avenir, voire un atout essentiel du succ\u00e8s des entreprises.<\/p>\n<p>Comme le conclut Richard Drouin : \u00ab Si la priorit\u00e9 environnementale signifie pour les gouvernements une nouvelle fa\u00e7on de gouverner, elle signifie donc, pour les entreprises, une nouvelle fa\u00e7on de g\u00e9rer. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Magazine Courants, octobre-novembre-d\u00e9cembre 1989 L&rsquo;environnement et la croissance. 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