{"id":1967,"date":"1990-02-23T19:41:04","date_gmt":"1990-02-24T00:41:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1967"},"modified":"2021-03-07T09:14:00","modified_gmt":"2021-03-07T14:14:00","slug":"le-nimby-en-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=1967","title":{"rendered":"Le NIMBY en question"},"content":{"rendered":"<p>Magazine Courants, janvier-f\u00e9vrier 1990<\/p>\n<p>II n&rsquo;y a pas si longtemps, tout projet de d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e9tait accueilli comme un v\u00e9ritable bienfait pour la communaut\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est plus aussi \u00e9vident. L&rsquo;environnement entre en ligne de compte et une vive r\u00e9sistance peut apparaitre. C&rsquo;est le syndrome de Pas dans ma cour. Le Qu\u00e9bec en sait quelque chose : cela va de l&rsquo;opposition aux projets des grandes entreprises au refus de r\u00e9sidents d&rsquo;Outremont\u00a0\u00e0 la construction d&rsquo;une biblioth\u00e8que publique. Manifestation d&rsquo;un esprit de clocher nouvelle mani\u00e8re ou conscience aigu\u00eb des dangers que font peser certains projets sur la qualit\u00e9 de vie ?<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;information remise en question<\/strong><br \/>\nLa Fondation qu\u00e9b\u00e9coise en environnement a voulu approfondir la compr\u00e9hension de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, appel\u00e9, rappelons-le, NIMBY en anglais (Not In My Backyard), au tours d&rsquo;un colloque tenu le 8 d\u00e9cembre Montr\u00e9al. Une constatation issue du colloque : le syndrome de NIMBY renvoie\u00a0\u00e0 une s\u00e9rie de pr\u00e9jug\u00e9s dont les fondements ne r\u00e9sistent pas toujours\u00a0\u00e0 l&rsquo;analyse.\u00a0\u00c0 tel point que la Commission d&rsquo;enqu\u00eate sur les d\u00e9chets dangereux \u00ab a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aborder la dimension sociale du dossier des d\u00e9chets dangereux sans employer une seule fois l&rsquo;expression NIMBY, fait remarquer son pr\u00e9sident, Yvon Charbonneau. La Commission croit en effet que cette expression pollue l&rsquo;\u00e9tat de la question bien davantage qu&rsquo;elle n&rsquo;en rend compte \u00bb.<\/p>\n<p>Plusieurs estiment que le syndrome de NIMBY peut \u00eatre maitris\u00e9 par une attitude de transparence lors de l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un projet. John Endries, pr\u00e9sident de la Niagara Mohawk Power Corporation, de Syracuse, New York, donne cette explication dans un article publi\u00e9 dans le magazine Public Utilities Fortnightly. Mais pour Camille Limoges, pr\u00e9sident de l&rsquo;ACFAS et professeur\u00a0\u00e0 l&rsquo;UQAM, il s&rsquo;agit la d&rsquo;une \u00ab ruse du discours \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab L&rsquo;information n&rsquo;est pas une solution magique, l&rsquo;arme absolue en quelque sorte. Le probl\u00e8me (&#8230;) va bien au-del\u00e0 de la conception et de la mise en place d&rsquo;une strat\u00e9gie de meilleure communication d&rsquo;une information plus compl\u00e8te. Faute de le comprendre, on risque l&rsquo;impasse ou presque \u00bb.<\/p>\n<p>Camille Limoges s&rsquo;en prend \u00e9galement \u00e0 deux autres ruses du discours, soit la polarisation de la situation, qui am\u00e8ne \u00e0 faire comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait que deux parties, dont l&rsquo;une a tort et l&rsquo;autre raison ; soit la d\u00e9finition du consensus comme terme du processus, qui pr\u00e9sente le d\u00e9bat sur un projet comme un combat entre l&rsquo;erreur et la v\u00e9rit\u00e9 \u00ab \u00e0 \u00a0laquelle, d\u00e9monstration faire, ceux qui auraient err\u00e9 devraient bien\u00a0\u00e0 la fin se rallier\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Climat de m\u00e9fiance<\/strong><br \/>\nMarie Beaubien, consultante sp\u00e9cialis\u00e9e en environnement, d\u00e9finit le NIMBY comme une \u00ab r\u00e9sistance sociale\u00a0\u00e0 accepter sur son territoire tout projet qui menacerait la qualit\u00e9 de vie \u00bb. Selon elle, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est li\u00e9 \u00e9videmment\u00a0\u00e0 la sensibilisation accrue de la population face aux \u00ab impacts n\u00e9gatifs reli\u00e9s au d\u00e9veloppement et \u00e0 l&rsquo;am\u00e9nagement urbain \u00bb. Un climat de m\u00e9fiance s&rsquo;est instaur\u00e9, grandissant\u00a0\u00e0 mesure que survenaient des d\u00e9sastres \u00e9cologiques d&rsquo;ailleurs amplifi\u00e9s par les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Lysiane Gagnon, journaliste-chroniqueuse au quotidien La Presse, rappelle que \u00ab ce qui fait la force du syndrome de NIMBY, c&rsquo;est qu&rsquo;il provient d&rsquo;une r\u00e9action normale et compr\u00e9hensible contre l&rsquo;atteinte a la vie priv\u00e9e \u00bb. Elle souligne toutefois \u00ab qu&rsquo;on a encore rien vu, notamment en ce qui a trait\u00a0\u00e0 l&rsquo;imposition de normes anti-pollution. Que se passera-t-il quand ces normes contribueront\u00a0\u00e0 la fermeture d&rsquo;une usine et jettera au ch\u00f4mage des travailleurs incapables de se recycler dans une r\u00e9gion o\u00f9 il n&rsquo;y a plus d&#8217;emploi ? Pour le moment, le syndrome de NIMBY touche surtout la vie priv\u00e9e ; il touchera bient\u00f4t le gagne-pain.\u00bb\u00a0La situation deviendra encore plus tendue, d&rsquo;o\u00f9 la necessit\u00e9, comme le propose Camille Limoges,<br \/>\n\u00ab d&rsquo;apprendre\u00a0\u00e0 faire face aux controverses et\u00a0\u00e0 d\u00e9velopper des outils pour leur gestion publique \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le droit d&rsquo;intervenir<\/strong><br \/>\nM\u00eame si le ph\u00e9nom\u00e8ne est encore r\u00e9cent, plusieurs ont propos\u00e9 des pistes de solutions au syndrome de NIMBY. Quant\u00a0\u00e0 Roger Nicolet, pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des municipalit\u00e9s r\u00e9gionales de comt\u00e9, il pr\u00e9vient contre le danger \u00ab d&rsquo;exporter nos probl\u00e8mes environnementaux \u00bb en dehors des limites territoriales d&rsquo;o\u00f9 ils originent.<\/p>\n<p>Il pr\u00f4ne plut\u00f4t \u00ab l&rsquo;\u00e9laboration de m\u00e9canismes d&rsquo;arbitrage qui objectivement garantiront que toute intrusion environnementale sera neutre quant\u00a0\u00e0 ses effets, que toute nouvelle forme de d\u00e9veloppement sera de son essence m\u00eame durable, et que toute partie potentiellement l\u00e9s\u00e9es sera ad\u00e9quatement et justement compens\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Yvon Charbonneau pose pour sa part quelques balises : le public a le droit d&rsquo;intervenir et de prendre part aux d\u00e9cisions qui le touchent. II souligne que le ph\u00e9nom\u00e8ne NIMBY \u00ab ne se vaincra pas par le biais de quelque strat\u00e9gie sophistiqu\u00e9e d&rsquo;engineering social, de relations publiques ou de communications sociales. La vraie r\u00e9ponse aux r\u00e9sistances sociales, poursuit-il, passe par la mise en place d&rsquo;une strat\u00e9gie de changement de nos priorit\u00e9s et pratiques de planification et de gestion et par la remise en question de certaines de nos habitudes, attitudes et valeurs \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Magazine Courants, janvier-f\u00e9vrier 1990 II n&rsquo;y a pas si longtemps, tout projet de d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e9tait accueilli comme un v\u00e9ritable bienfait pour la communaut\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est plus aussi \u00e9vident. L&rsquo;environnement entre en ligne de compte et une vive r\u00e9sistance peut apparaitre. C&rsquo;est le syndrome de Pas dans ma cour. 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