{"id":2006,"date":"1990-09-23T21:31:26","date_gmt":"1990-09-24T01:31:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=2006"},"modified":"2021-03-07T08:38:20","modified_gmt":"2021-03-07T13:38:20","slug":"socio-economie-et-ethique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=2006","title":{"rendered":"Socio-\u00e9conomie et \u00e9thique"},"content":{"rendered":"<p>Magazine Courants, juillet-ao\u00fbt-septembre 1990<\/p>\n<p>Selon les th\u00e9ories \u00e9conomiques classiques, les consommateurs se comportent toujours comme des \u00eatres rationnels. Ils agissent en fonction de crit\u00e8res utilitaires et sont guid\u00e9s par des principes centr\u00e9s sur eux, qui leur font rechercher en tout leur propre int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>\u00ab Oui, nous avons un c\u00f4t\u00e9 \u00e9goiste, mais nous avons, aussi, un c\u00f4t\u00e9 noble \u00bb,\u00a0 d\u00e9fend Amitai Etzioni, animateur de la Society for the Advancement of Socio-Economics et professeur\u00a0\u00e0 la George Washington University. Amitai Etzioni \u00e9tait un conf\u00e9rencier invite au colloque L&rsquo;individu dans l&rsquo;organisation : les dimensions oubli\u00e9es, organis\u00e9 en septembre par l&rsquo;\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes commerciales, \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p><strong>Au-del\u00e0 de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel<\/strong><br \/>\nLa Society for the Advancement of Socio-Economics a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e\u00a0\u00e0 la\u00a0Harvard Business School en 1989. Ce qu&rsquo;on appelle d\u00e9sormais la socio-\u00e9conomie doit sa popularit\u00e9 au retour du balancier successif \u00e0 la d\u00e9cennie de l&rsquo;argent associ\u00e9e\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e8re Reagan. Durant ces ann\u00e9es, les th\u00e9ories classiques en \u00e9conomie et leur rationalit\u00e9 s&rsquo;impos\u00e8rent au point de parler de \u00ab neo-classical economics \u00bb.<\/p>\n<p>Selon les socio-\u00e9conomistes, il est faux de dire que l&rsquo;individu n&rsquo;agit en tout temps que pour maximiser son inter\u00eat\u00a0personnel. Le comportement des individus est\u00a0en fait\u00a0fortement teint\u00e9 d&rsquo;\u00e9motions et de valeurs morales. Notre c\u00f4t\u00e9 irrationnel joue donc un aussi grand r\u00f4le que notre c\u00f4t\u00e9 rationnel.<\/p>\n<p>Pourtant, tous les programmes des \u00e9coles professionnelles, en particulier ceux d&rsquo;\u00e9conomie, de gestion et de droit, enseignent aux \u00e9tudiants que l&rsquo;humain est un \u00eatre individualiste, rationnel, sans trop de sentiments et de valeurs. Or, soutient Amitai Etzioni, il n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 constater le caract\u00e8re biais\u00e9 de cette affirmation en examinant justement l&rsquo;un des comportements les plus caract\u00e9ristiques de ce suppos\u00e9 homo economicus, soit celui li\u00e9\u00a0\u00e0 l&rsquo;achat des biens de consommation. Pr\u00e8s de 70 % de nos achats sont faits de fa\u00e7on impulsive, sans calcul tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9, affirme l&rsquo;universitaire am\u00e9ricain. Les consommateurs ne soup\u00e8sent\u00a0pas toutes leurs d\u00e9cisions en termes de b\u00e9n\u00e9fices et de co\u00fbts.\u00a0Si c&rsquo;\u00e9tait vrai, nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux demeureraient inexplicables.<\/p>\n<p>L&rsquo;automobile est un exemple bien connu. Objet utilitaire d&rsquo;abord, elle est tr\u00e8s fortement un moyen d&rsquo;affirmer ses valeurs. Les socio-\u00e9conomistes constatent aussi que les consommateurs apprennent lentement. Ces slow learners, selon l&rsquo;expression d&rsquo;Amitai, Etzioni, maintiennent sur une longue p\u00e9riode des attitudes d&rsquo;achat qui apparaissent comme \u00ab irrationnelles \u00bb.<\/p>\n<p>Exemple : lorsque le dollar am\u00e9ricain a chut\u00e9 de 37 % par rapport \u00e0 la devise japonaise entre 1985 et 1987, les \u00e9conomistes n\u00e9o-classiques ont tous pr\u00e9dit une baisse marqu\u00e9e des achats de biens japonais aux \u00c9tats-Unis. Il n&rsquo;en fut rien. Ces achats se sont accrus de plus d&rsquo;un milliard durant cette p\u00e9riode. Les consommateurs ont maintenu leur habitude d&rsquo;acheter japonais.<\/p>\n<p>En ce qui a trait aux entreprises, les socio-\u00e9conomistes consid\u00e8rent trop rigide la notion d&rsquo;actionnaires-propri\u00e9taires. \u00ab Les \u00e9conomistes\u00a0n\u00e9o-classiques pr\u00e9tendent qu&rsquo;une entreprise n&rsquo;appartient uniquement qu&rsquo;\u00e0 ses actionnaires-investisseurs, dit Amitai Etzioni. Mais l&#8217;employ\u00e9 qui a consacr\u00e9 30 ans de sa vie au sein d&rsquo;une entreprise en est aussi propri\u00e9taire, de m\u00eame que la communaut\u00e9, qui lui a permis d&rsquo;utiliser le terrain, les routes, etc. L&rsquo;entreprise est tout autant redevable\u00a0\u00e0 ces\u00a0diff\u00e9rents publics, qui lui t\u00e9moignent confiance. \u00bb<\/p>\n<p>Amitai Etzioni soutient que les deux tiers des entreprises recens\u00e9es dans Fortune 500 ont \u00e9t\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es accus\u00e9es de comportements illicites, voire criminels. Il cite le cas tout aussi troublant du pr\u00e9sident d&rsquo;une firme de mat\u00e9riel a\u00e9ronautique qui aurait dit\u00a0\u00e0 sa secr\u00e9taire : \u00ab Je ne veux pas voyager dans cet appareil, il n&rsquo;est pas s\u00e9curitaire : cette entreprise ach\u00e8te nos produits \u00bb !<\/p>\n<p><strong>Pas d&rsquo;ang\u00e9lisme<\/strong><br \/>\nDans leur attaque contre les th\u00e9ories classiques en \u00e9conomie, les socio-\u00e9conomistes concentrent leur critique sur l&rsquo;enseignement universitaire. Ils d\u00e9noncent la mainmise de cette th\u00e9orie dans la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques. \u00ab Les gestionnaires d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se font dire que ce qui est rationnel est de donner le moins possible, mais de retirer le maximum ; que tout est un produit. O\u00f9 est l&rsquo;\u00e9thique dans tout cela ? \u00c0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune diff\u00e9rence entre Dieu et une bouteille de boisson gazeuse ! \u00bb<\/p>\n<p>Les socio-\u00e9conomistes ne pr\u00f4nent pas l&rsquo;ang\u00e9lisme. Ce que nous soutenons, dit Amitai Etzioni, c&rsquo;est que les humains ont une attitude beaucoup plus d\u00e9cente et complexe que ce qu&rsquo;avancent la plupart des \u00e9conomistes. En somme, on enseigne aux jeunes un monde beaucoup plus cynique qu&rsquo;il ne l&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9. Ce qu&rsquo;il faut, c&rsquo;est leur dire la v\u00e9rite, soit que les gens ont un c\u00f4t\u00e9 \u00e9go\u00efste et un c\u00f4t\u00e9 noble fait d&#8217;empathie et de coop\u00e9ration. \u00bb<\/p>\n<p>En conclusion, dit Amitai Etzioni, il ne faut pas seulement juger des ph\u00e9nom\u00e8nes en fonction de l&rsquo;efficacit\u00e9 et de la rationalit\u00e9 mais aussi en fonction de la moralit\u00e9. De cette fa\u00e7on, on tient davantage compte de la totalit\u00e9 et de la complexit\u00e9 de la nature humaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Magazine Courants, juillet-ao\u00fbt-septembre 1990 Selon les th\u00e9ories \u00e9conomiques classiques, les consommateurs se comportent toujours comme des \u00eatres rationnels. 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