{"id":2112,"date":"1991-12-01T20:13:14","date_gmt":"1991-12-02T01:13:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=2112"},"modified":"2021-03-07T09:34:44","modified_gmt":"2021-03-07T14:34:44","slug":"la-formation-dune-elite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=2112","title":{"rendered":"La formation d&rsquo;une \u00e9lite"},"content":{"rendered":"<p>Magazine Courants, novembre-d\u00e9cembre 1991<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9cole Polytechnique, fond\u00e9e en 1873, a eu des d\u00e9buts tr\u00e8s difficiles, raconte en entrevue Robert Gagnon, auteur du livre sur l&rsquo;Histoire de l&rsquo;\u00c9cole Polytechnique de Montr\u00e9al \u2014 La mont\u00e9e des ing\u00e9nieurs francophones, \u00e9crit en collaboration avec Armand J. Ross. Mont\u00e9e qu&rsquo;a favoris\u00e9e grandement Hydro-Qu\u00e9bec o\u00f9 oeuvrent aujourd&rsquo;hui plus de 1 400 ing\u00e9nieurs.<\/p>\n<p>\u00ab Lors de ses premi\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;activit\u00e9, l&rsquo;\u00c9cole Polytechnique n&rsquo;\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9e comme une fili\u00e8re de promotion sociale. Dans la mentalit\u00e9 des gens du d\u00e9but du si\u00e8cle, l&rsquo;ing\u00e9nieur \u00e9tait ni plus ni moins consid\u00e9r\u00e9 comme un ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Une identit\u00e9<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ces d\u00e9buts laborieux qui expliquent la formation d&rsquo;un esprit de corps chez les dipl\u00f4m\u00e9s de l&rsquo;\u00c9cole. \u00ab Les pionniers de l&rsquo;\u00c9cole et les premiers dipl\u00f4m\u00e9s, poursuit Robert Gagnon, ont eu \u00e0 se serrer les coudes afin d&rsquo;assurer la simple survie de la nouvelle institution. L&rsquo;\u00c9cole disposait de peu de ressources et avait du mal \u00e0 recruter des \u00e9tudiants. Le principal d\u00e9fi des pionniers est donc de trouver des emplois aux dipl\u00f4m\u00e9s, de fa\u00e7on \u00e0 implanter le statut d&rsquo;ing\u00e9nieur dans la communaut\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Fondamentale dans la promotion de la fonction d&rsquo;ing\u00e9nieur est la pers\u00e9v\u00e9rance des premiers dirigeants de l&rsquo;\u00c9cole et des dipl\u00f4m\u00e9s, notamment \u00e0 travers l&rsquo;Association des anciens \u00e9l\u00e8ves, devenue l&rsquo;Association des dipl\u00f4m\u00e9s, \u00ab pour litt\u00e9ralement construire une identit\u00e9 d&rsquo;ing\u00e9nieur \u00bb, dit Robert Gagnon. Rappelons qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque, quiconque pouvait prendre le titre d&rsquo;ing\u00e9nieur : le plombier se disait ainsi ing\u00e9nieur sanitaire.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, en 1898, une loi du Qu\u00e9bec prot\u00e8ge le statut d&rsquo;ing\u00e9nieur civil. Mais la pression conjugu\u00e9e de la section Qu\u00e9bec de la Soci\u00e9t\u00e9 canadienne des ing\u00e9nieurs civils, de l&rsquo;Association des anciens \u00e9l\u00e8ves et de la Corporation de l&rsquo;\u00c9cole Polytechnique am\u00e8ne, en 1918, la promulgation d&rsquo;une nouvelle loi, qui prot\u00e8ge non plus uniquement le titre, mais l&rsquo;exercice de la profession. La profession d&rsquo;ing\u00e9nieur devient donc une profession ferm\u00e9e. C&rsquo;est une premi\u00e8re au Canada.<\/p>\n<p>Ainsi sont pos\u00e9s les jalons qui aideront \u00e0 la formation d&rsquo;une \u00e9lite en devenir, qui ne tardera pas \u00e0 prendre sa place aux c\u00f4t\u00e9s des \u00e9lites traditionnelles. Une \u00e9lite qui se distingue de sa contrepartie anglophone. Les dipl\u00f4m\u00e9s francophones font en effet leur marque surtout dans le secteur public naissant plut\u00f4t que dans la grande industrie. Le premier d\u00e9bouch\u00e9 important des ing\u00e9nieurs francophones sera le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, relay\u00e9 ensuite par les gouvernements municipaux et provincial.<\/p>\n<p><strong>La cons\u00e9cration<\/strong><br \/>\nLa guerre donne un essor important \u00e0 la promotion des ing\u00e9nieurs francophones, notamment dans le secteur industriel. L&rsquo;apr\u00e8s-guerre sera un apog\u00e9e. La profession d&rsquo;ing\u00e9nieur est grandement en demande : il faut construire des \u00e9coles, des h\u00f4pitaux, des ponts. Ce boom permet le d\u00e9veloppement de firmes priv\u00e9es de g\u00e9nie-conseil francophones.<\/p>\n<p>Il y en avait d\u00e9j\u00e0 quelques-unes au d\u00e9but du si\u00e8cle : Surveyer, Nenniger et Ch\u00eanevert (SNC), mais on assiste \u00e0 leur expansion : Lalonde-Valois devenu Lavalin, Lalonde, Girouard et Letendre (LGL), entre autres. Parmi les plus gros contrats, les projets hydro\u00e9lectriques.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 l&rsquo;aube de ces grands projets, rappelle Robert Gagnon, les ing\u00e9nieurs francophones ne sont pas encore aux postes de commande. Il insiste sur l&rsquo;importance de la mainmise des francophones sur les entreprises. \u00ab Le meilleur exemple de cela, c&rsquo;est la nationalisation de Montreal Light, Heat and Power, en 1944. \u00c0 cette date, il n&rsquo;y a au sein de la firme qu&rsquo;un seul dipl\u00f4m\u00e9 de Polytechnique. Trois ans apr\u00e8s la nationalisation, il y en a 18. En 1959, Hydro-Qu\u00e9bec compte 162 ing\u00e9nieurs \u00e0 son service, dont 134 sont francophones. C&rsquo;est une perc\u00e9e importante des ing\u00e9nieurs francophones, et ce dans un secteur o\u00f9 ils \u00e9taient totalement absents. Hydro-Qu\u00e9bec deviendra et de loin, \u00e0 partir des ann\u00e9es le secteur le plus important d&#8217;embauche d&rsquo;ing\u00e9nieurs francophones et le lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 ils pourront se faire valoir, en technique et en gestion. \u00bb<\/p>\n<p>La R\u00e9volution tranquille donnera un coup de pouce consid\u00e9rable la mont\u00e9e des ing\u00e9nieurs francophones. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, les dirigeants qu\u00e9b\u00e9cois veulent raffermir la ma\u00eetrise des Qu\u00e9b\u00e9cois francophones sur leur \u00e9conomie. Hydro-Qu\u00e9bec, contrairement \u00e0 Ontario Hydro, favorise, par des contrats de sous-traitance, la r\u00e9alisation des travaux par des firmes francophones. Durant les projets de la Manicouagan puis de la Baie James, les firmes qu\u00e9b\u00e9coises c\u00f4toient de grandes firmes d&rsquo;ing\u00e9nierie mondiales.<\/p>\n<p>\u00ab Une fois ces travaux termin\u00e9s, poursuit Robert Gagnon, les firmes francophones disposent des ressources financi\u00e8res et de l&rsquo;expertise. Elles sont pr\u00eates \u00e0 faire le saut vers l&rsquo;international. Ne leur manque plus que le march\u00e9. Or, \u00e0 Ottawa, Paul-G\u00e9rin Lajoie pr\u00e9side aux destin\u00e9es de l&rsquo;Agence canadienne de d\u00e9veloppement international qui veut \u00e9tendre sa pr\u00e9sence en Afrique francophone. Les entreprises qu\u00e9b\u00e9cois y r\u00e9aliseront de nombreux projets et \u00e9tendront ensuite leurs activit\u00e9s sur de nombreux continents, devenant par le fait m\u00eame parmi les plus grandes entreprises de g\u00e9nie-conseil du Canada et du monde. \u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est la cons\u00e9cration d&rsquo;un groupe social, d&rsquo;un nouveau r\u00e9seau de pouvoir : les ing\u00e9nieurs francophones, b\u00e2tisseurs du Qu\u00e9bec moderne porte-drapeau du Qu\u00e9bec \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00c9cole Polytechnique d\u00e9livre 400 dipl\u00f4mes par ann\u00e9e, le plus grand nombre au Canada, et elle s&rsquo;est donn\u00e9 comme mission de devenir la premi\u00e8re institution de g\u00e9nie du pays. Un beau d\u00e9fi \u00e0 la mesure de la progression spectaculaire\u00a0de cette institution, qui a grandement contribu\u00e9 au fa\u00e7onnement du Qu\u00e9bec moderne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Magazine Courants, novembre-d\u00e9cembre 1991 L&rsquo;\u00c9cole Polytechnique, fond\u00e9e en 1873, a eu des d\u00e9buts tr\u00e8s difficiles, raconte en entrevue Robert Gagnon, auteur du livre sur l&rsquo;Histoire de l&rsquo;\u00c9cole Polytechnique de Montr\u00e9al \u2014 La mont\u00e9e des ing\u00e9nieurs francophones, \u00e9crit en collaboration avec Armand J. Ross. 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