{"id":2129,"date":"1991-02-11T17:02:43","date_gmt":"1991-02-11T22:02:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=2129"},"modified":"2014-02-20T16:20:48","modified_gmt":"2014-02-20T21:20:48","slug":"innvovation-et-valeur-accrue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=2129","title":{"rendered":"Innvovation et valeur accrue"},"content":{"rendered":"<p>Magazine Courants, janvier-f\u00e9vrier 1991<\/p>\n<p>Dans les \u00e9coles de gestion, on enseigne l&rsquo;efficacit\u00e9 de la strat\u00e9gie qui mise sur la production de masse et qui permet de diminuer les co\u00fbts de production. Cette strat\u00e9gie n&rsquo;est plus valide aujourd&rsquo;hui, selon Robert Reich, \u00e9conomiste de l&rsquo;universit\u00e9 Harvard, qui s&rsquo;exprimait au colloque sur La flexibilit\u00e9 &#8211; Une question de survie face au d\u00e9fi de la mondialisation des march\u00e9s, organis\u00e9 par le Bureau de commerce de Montr\u00e9al en f\u00e9vrier.<br \/>\n<strong><br \/>\nUne \u00e9conomie changeante<\/strong><br \/>\nCommentateur tr\u00e8s sollicit\u00e9 en \u00e9conomie et en strat\u00e9gie industrielle, Robert Reich pense que la r\u00e9cession actuelle est plus s\u00e9rieuse qu&rsquo;on ne le croit, car elle est anim\u00e9e par des bouleversements profonds de l&rsquo;\u00e9conomie. Il y a p\u00e9nurie dans la disponibilit\u00e9 des capitaux en Am\u00e9rique du Nord, en raison de la reconstruction europ\u00e9enne, qui draine les capitaux europ\u00e9ens et japonais. Mais surtout, avance-t-il, de nouveaux comp\u00e9titeurs \u00e9trangers prennent d&rsquo;assaut les march\u00e9s traditionnels des entreprises nord-am\u00e9ricaines, et la technologie change la nature des relations que doit entretenir l&rsquo;entreprise avec sa client\u00e8le.<\/p>\n<p>\u00ab Autrefois, la cl\u00e9 du succ\u00e8s des entreprises r\u00e9sidait dans les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle. Il fallait produire le plus possible, ce qui diminuait d&rsquo;autant le co\u00fbt du produit et son prix. Les relations avec le fournisseur \u00e9taient fond\u00e9es sur cette pr\u00e9misse : on le choisissait non pas en fonction de crit\u00e8res de qualit\u00e9, mais en fonction du prix (le soumissionnaire le moins-disant). La technologie ne servait qu&rsquo;\u00e0 permettre \u00e0 l&rsquo;entreprise de produire encore plus, renfor\u00e7ant ainsi sa position concurrentielle.<\/p>\n<p>\u00ab Tout cela n&rsquo;est plus valable aujourd&rsquo;hui, poursuit Robert Reich. Et pour deux raisons. La premi\u00e8re est qu&rsquo;il y a dans nos march\u00e9s une saturation pour les produits standards. Les consommateurs r\u00e9pondent ainsi davantage \u00e0 la qualit\u00e9 du produit ou du service qu&rsquo;\u00e0 son prix. La seconde est qu&rsquo;avec la mondialisation des communications et de la technologie, d&rsquo;autres joueurs sont plus \u00e0 m\u00eame de concurrencer les entreprises nord-am\u00e9ricaines sur le plan des prix. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Ce qu&rsquo;il faut faire<\/strong><br \/>\nDevant cette situation, la plupart des entreprises ont d\u00e9velopp\u00e9 trois attitudes, toutes mauvaises, soutient Robert Reich. Certaines essaient de produire encore davantage pour diminuer les prix. D&rsquo;autres se lancent dans ce qu&rsquo;il nomme l&rsquo;entrepreneurship financier sp\u00e9culatif (financial paper entrepreneurship) pour cro\u00eetre \u00e0 coups de fusions et d&rsquo;acquisitions. Enfin, d&rsquo;autres ont recours au lobbying politique en vue d&rsquo;augmenter les barri\u00e8res tarifaires ou d&rsquo;obtenir des subventions. Ces attitudes ne refl\u00e8tent pas l&rsquo;environnement \u00e9conomique qui pr\u00e9vaudra dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Que font donc les entreprises qui r\u00e9ussissent dans ce nouveau contexte ? \u00ab Au lieu de vivre au pass\u00e9, elles basent leur d\u00e9veloppement sur trois principes \u00bb, r\u00e9pond Robert Reich. Le premier de ces principes est le service \u00e0 la client\u00e8le. \u00ab Il faut que les produits et services de l&rsquo;entreprise soient con\u00e7us de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;ils satisfassent exactement et totalement la client\u00e8le. Plus question de faire des produits \u00e0 bon prix et tout juste convenables en termes de qualit\u00e9. Il faut se d\u00e9barrasser du concept de la production en masse et le remplacer par celui de la valeur accrue. C&rsquo;est la meilleure protection concurrentielle qu&rsquo;une entreprise puisse se donner. La qualit\u00e9 n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que cela : conna\u00eetre et satisfaire exactement les besoins des clients. \u00bb<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me principe est l&rsquo;innovation. Robert Reich pr\u00e9cise : \u00ab On ne parle pas ici de r\u00e9aliser de grandes inventions, mais d&rsquo;innovations pratiques. Il faut permettre aux bonnes id\u00e9es d&rsquo;\u00e9merger, quelle qu&rsquo;en soit la provenance dans l&rsquo;organisation. En fait, l&rsquo;innovation doit devenir une partie int\u00e9grante du cycle du travail. Les employ\u00e9s doivent \u00eatre en mesure d&rsquo;exprimer et d&rsquo;int\u00e9grer dans leur travail des am\u00e9liorations de toutes sortes, tous les jours. Toute id\u00e9e doit en amener une autre et ainsi de suite. Si ce n&rsquo;est pas le cas, l&rsquo;entreprise se condamne \u00e0 stagner et \u00e0 perdre rapidement sa capacit\u00e9 concurrentielle. \u00bb<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me principe est la flexibilit\u00e9. Th\u00e8me \u00e0 la mode, Robert Reich en fait une condition de l&rsquo;application r\u00e9ussie des deux premiers principes. \u00ab Pour satisfaire les besoins changeants des clients et pour int\u00e9grer les innovations, aussi petites soient-elles, au sein de l&rsquo;organisation, il faut bien s\u00fbr pouvoir r\u00e9agir rapidement, s&rsquo;adapter, en un mot \u00eatre flexible. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Miser sur le travail d&rsquo;\u00e9quipe<\/strong><br \/>\nRobert Reich reconna\u00eet que la transition vers l&rsquo;int\u00e9gration de ces trois principes de gestion ne se fait pas sans heurts. \u00ab En fait, beaucoup d&rsquo;entreprises acceptent ces principes dans leur discours officiel, mais sans vraiment s&rsquo;en inspirer dans l&rsquo;action quotidienne. En partie, cela s&rsquo;explique par les r\u00e9sistances que de tels principes soul\u00e8vent quant au r\u00f4le des gestionnaires. Ceux-ci doivent r\u00e9duire leur fonction de contr\u00f4leur au profit de celle, plus dynamique, de facilitateur. Et quand on parle de facilitateur, il faut entendre par l\u00e0 faciliter le travail d&rsquo;\u00e9quipe, l&rsquo;entrepreneurship collectif. \u00bb<\/p>\n<p>En fait, Robert Reich croit que, pour r\u00e9ussir dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;entreprise doit valoriser le travail collectif et non plus les performances individuelles. Selon lui, il faut faire table rase du mythe de l&rsquo;entrepreneur, inventif, cr\u00e9atif, faisant r\u00e9aliser ses id\u00e9es par de simples ex\u00e9cutants. Aujourd&rsquo;hui, dans une \u00e9conomie o\u00f9, chaque jour, s&rsquo;accentue la comp\u00e9tition internationale, l&rsquo;entreprise doit s&rsquo;appuyer sur le talent et la cr\u00e9ativit\u00e9 de tous les employ\u00e9s et miser sur les r\u00e9alisations collectives.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Magazine Courants, janvier-f\u00e9vrier 1991 Dans les \u00e9coles de gestion, on enseigne l&rsquo;efficacit\u00e9 de la strat\u00e9gie qui mise sur la production de masse et qui permet de diminuer les co\u00fbts de production. 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