{"id":3077,"date":"2022-03-02T05:34:40","date_gmt":"2022-03-02T10:34:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=3077"},"modified":"2022-03-02T05:34:40","modified_gmt":"2022-03-02T10:34:40","slug":"batouala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=3077","title":{"rendered":"Batouala"},"content":{"rendered":"<p>Ren\u00e9 Maran, BATOUALA, Paris, \u00c9ditions Albin Michel, 2021, 260 p.<\/p>\n<p>Nuit blanche, no. 165, hiver 2022<\/p>\n<p>Un si\u00e8cle apr\u00e8s sa parution, ce roman datant de 1921 fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9\u00e9dition des \u00c9ditions Albin Michel. La man\u0153uvre est bienvenue dans le contexte actuel, fait de d\u00e9bats enflamm\u00e9s sur le racisme, le colonialisme, la couleur de peau.<\/p>\n<p>La publication de l\u2019ouvrage de cet auteur (1887-1960), originaire des Antilles, fonctionnaire fran\u00e7ais de l\u2019administration coloniale, avait fait scandale dans la France de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il avait, apprend-on dans la pr\u00e9face d\u2019Amin Maalouf, mis \u00e0 mal le sentiment civilisateur dominant \u00e0 propos de la colonisation. Un coup d\u2019\u00e9pingle dans la fiert\u00e9 nationale fran\u00e7aise d\u2019autant plus difficile \u00e0 accepter que la parution du livre e\u00fbt tout un \u00e9cho\u00a0: l\u2019\u00e9crivain avait en effet r\u00e9ussi l\u2019exploit de gagner le Goncourt \u00e0 son tout premier roman, et ainsi devenir le premier Noir \u00e0 remporter un prix litt\u00e9raire de prestige, consacrant son statut de pionner du roman africain en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>L\u2019histoire se passe en Afrique centrale, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans la R\u00e9publique centrafricaine actuelle, territoire nouvellement colonis\u00e9 par la France. Batouala est le chef vieillissant, mais jaloux et implacable d\u2019une ethnie locale, les Bandas. Il en vient \u00e0 l\u2019affrontement avec le jeune Bissibin\u2019gui, car celui-ci entretient une idylle avec une de ses huit compagnes, au surplus sa favorite, Yassigui&rsquo;ndja.<\/p>\n<p>\u00c0 travers le v\u00e9cu de Batouala, on voit un monde s\u2019\u00e9crouler, se d\u00e9liter et le roman fait ainsi penser au chef-d\u2019\u0153uvre de Chinua Achebe, <em>Le monde s\u2019effondre<\/em>. Ce dernier roman (1958) porte aussi sur la colonisation, mais britannique, telle que vue par des Africains et la disparition brutale d\u2019une vie communautaire qu\u2019on croyait fig\u00e9e \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>D\u2019une \u00e9criture pr\u00e9cise et tr\u00e8s soign\u00e9e, ce livre est un cours d\u2019ethnologie tant on s\u2019impr\u00e8gne de la culture africaine ancestrale\u00a0: on fait la connaissance de noms propres, de noms de villages, de coutumes, de mots tir\u00e9s du contexte africain de l\u2019\u00e9poque, dont on n\u2019a jamais vu la r\u00e9sonnance ailleurs. Cela ralentit certes la lecture, mais d\u00e9note ce qu\u2019on devine \u00eatre le soin pointilleux qu\u2019a mis l\u2019auteur \u00e0 r\u00e9diger son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Le livre n\u2019est pas l\u2019attaque frontale dont on aurait pu s\u2019attendre contre la colonisation. Son propos est plus subtil, plus oblique, \u00e0 sur l\u2019influence n\u00e9faste de la pr\u00e9sence des colons pour la population noire.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais sont en fait quasiment absents du roman. Leur rare mention les ram\u00e8ne \u00e0 un r\u00f4le d\u2019usurpateur et d\u2019oppresseur, avec un comportement irritable, impatient, et surtout insensible \u00e0 la culture des populations des territoires qu\u2019ils cherchent \u00e0 confiner au travail forc\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre soumission, reprit Batouala, dont la voix allait s\u2019enfi\u00e9vrant, notre soumission ne leur a pas m\u00e9rit\u00e9 leur bienveillance. Et d\u2019abord, non contents de s\u2019appliquer \u00e0 supprimer nos plus ch\u00e8res coutumes, ils n\u2019ont eu de cesse qu\u2019ils ne nous aient impos\u00e9 les leurs. (\u2026) Les blancs sont ainsi faits que la joie de vivre disparait des lieux o\u00f9 ils prennent quartiers.\u00a0\u00bb (p.101)<\/p>\n<p>Il est paradoxal que Ren\u00e9 Maran soit d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1960, au d\u00e9but des ind\u00e9pendances africaines. Son livre aura assur\u00e9ment contribu\u00e9 \u00e0 une prise de conscience de la cruaut\u00e9 et du manque de dignit\u00e9 de plusieurs colons dans le cadre de cette colonisation brutale des Europ\u00e9ens \u00e0 partir du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dont les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res se font encore largement sentir aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Yvan Cliche<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ren\u00e9 Maran, BATOUALA, Paris, \u00c9ditions Albin Michel, 2021, 260 p. 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