{"id":891,"date":"2006-06-03T22:02:38","date_gmt":"2006-06-04T02:02:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=891"},"modified":"2013-12-03T22:07:29","modified_gmt":"2013-12-04T03:07:29","slug":"le-cri-de-la-taiga","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=891","title":{"rendered":"Le cri de la ta\u00efga"},"content":{"rendered":"<p>Aron Gabor, Le cri de la ta\u00efga, Monaco, Du Rocher, 2005.<\/p>\n<p>Nuit blanche, num\u00e9ro 103, juin 2006<\/p>\n<p>C&rsquo;est une histoire \u00e0 peine croyable que raconte ce long ouvrage d&rsquo;un auteur jusque-l\u00e0 inconnu, rescap\u00e9 de la folle r\u00e9pression communiste russe. Une v\u00e9ritable bouteille \u00e0 la mer, qui a abouti \u00e0 la conscience humaine. Un rappel, malheureux, des possibles de la cruaut\u00e9 des hommes mais aussi l&rsquo;appel \u00e0 un espoir (improbable ?) d&rsquo;une destin\u00e9e plus digne de notre monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur, ex-journaliste hongrois, mari\u00e9, cadre sup\u00e9rieur \u00e0 la Croix-Rouge, qui a commis quelques \u00e9crits critiques envers le communisme (ce sera l\u00e0 le seul \u00ab crime \u00bb qui explique son sort peu enviable), accepte un rendez-vous formel de l&rsquo;ambassadeur russe \u00e0 Budapest. <\/p>\n<p>Dans cette Europe de l&rsquo;Est entr\u00e9e bien malgr\u00e9 elle dans l&rsquo;\u00e8re du joug sovi\u00e9tique, voil\u00e0 une invitation difficile \u00e0 refuser. L&rsquo;invitation tourne au kidnapping. C&rsquo;est le 7 ao\u00fbt 1945. S&rsquo;ensuivra une condamnation \u00e0 mort en septembre par un tribunal sovi\u00e9tique\u2026 et une vie \u00ab au plus bas niveau de l&rsquo;existence \u00bb.<\/p>\n<p>Le reste ? Un long sommeil noir, dans le goulag sovi\u00e9tique de l&rsquo;\u00e8re stalinienne. L&rsquo;auteur est \u00ab lib\u00e9r\u00e9 \u00bb des prisons russes en 1950, mais sans droit de quitter le pays. Il devient, selon son expression, un \u00ab apatride en libert\u00e9 \u00bb. Il vit comme magasinier, en Sib\u00e9rie, rencontrera Valentina. Nomm\u00e9 citoyen sovi\u00e9tique, il refuse n\u00e9anmoins de s&rsquo;int\u00e9grer et poursuit sans rel\u00e2che ses actions visant \u00e0 un retour dans son pays. Il arrive finalement \u00e0 ses fins : il franchit la Hongrie en 1960, s&rsquo;installe \u00e0 Munich en 1965 et meurt en 1982.<\/p>\n<p>Aron Gabor raconte ses \u00ab quinze ann\u00e9es vol\u00e9es \u00bb \u00e0 la troisi\u00e8me personne, tellement son destin appara\u00eet funeste, \u00e0 la limite du soutenable. Il se nomme le Civil et le For\u00e7at, comme pour maintenir une neutralit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture qui aurait toutes les raisons de sombrer dans le larmoiement. Sur pr\u00e8s de 700 pages, il d\u00e9crit, dans le d\u00e9tail, tout ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu, notamment ses rencontres avec d&rsquo;autres bagnards et ses bourreaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9crivain veut t\u00e9moigner, pour s&rsquo;assurer d&rsquo;une \u00e9criture la plus juste de l&rsquo;histoire de son temps : \u00ab L&rsquo;important, c&rsquo;est que le monde \u00e0 l&rsquo;ouest, \u00e9lev\u00e9 avec la bagnole et le sexe, comprenne mieux le prix terrible qu&rsquo;ont \u00e0 payer pour leur survie les peuples soumis aux diktats sovi\u00e9tiques \u00bb. \u00ab Au cours de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, ajoute-t-il, il y a eu beaucoup trop de gens \u00e9limin\u00e9s par des comptes rendus r\u00e9dig\u00e9s par ceux que des livres des \u00e9coliers ont d\u00e9crits comme des saints ou des h\u00e9ros. \u00bb<\/p>\n<p>Comment a-t-il surv\u00e9cu \u00e0 son calvaire ? Par l&rsquo;imaginaire. \u00ab Au fur et \u00e0 mesure que son \u00eatre biologique s&rsquo;\u00e9loignait de la normalit\u00e9 et s&rsquo;approchait de l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9, son imagination est devenue de plus en plus fertile. Il n&rsquo;a rien demand\u00e9 au monde ext\u00e9rieur qui lui faisait peur, et il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 son monde \u00e0 lui. L\u00e0, il \u00e9tait heureux.\u00bb<\/p>\n<p>Aron Gabor est mort quelques ann\u00e9es avant la disparition de la puissance sovi\u00e9tique cons\u00e9cutive \u00e0 la chute du mur de Berlin, en 1989. Dommage. Mais aurait-il \u00e9t\u00e9 surpris de cette d\u00e9bandade du syst\u00e8me mis en place par L\u00e9nine et compagnie ? Il semble bien que non. \u00ab Vous avez d\u00e9moli tout ce que les mill\u00e9naires ont \u00e9rig\u00e9, et rien b\u00e2ti \u00e0 la place. Le rien ne peut pas \u00eatre la base de l&rsquo;avenir. \u00bb<\/p>\n<p>Avec justesse, un camarade lui avait dit : \u00ab Tu te retrouveras dans l&rsquo;\u00e9criture \u00bb. Une phrase proph\u00e9tique, un destin qui s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9 pour le meilleur profit de l&rsquo;Histoire et des enseignements moraux que l&rsquo;on doit en tirer. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aron Gabor, Le cri de la ta\u00efga, Monaco, Du Rocher, 2005. Nuit blanche, num\u00e9ro 103, juin 2006 C&rsquo;est une histoire \u00e0 peine croyable que raconte ce long ouvrage d&rsquo;un auteur jusque-l\u00e0 inconnu, rescap\u00e9 de la folle r\u00e9pression communiste russe. Une v\u00e9ritable bouteille \u00e0 la mer, qui a abouti \u00e0 la conscience humaine. 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