{"id":968,"date":"1988-01-05T14:00:12","date_gmt":"1988-01-05T19:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.yvancliche.org\/?p=968"},"modified":"2013-12-06T20:54:30","modified_gmt":"2013-12-07T01:54:30","slug":"m-b-a-ou-m-bi-e","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yvancliche.org\/?p=968","title":{"rendered":"M.B.A. ou M.BI.\u00c9 ?"},"content":{"rendered":"<p>Commerce, janvier 1988<\/p>\n<p>Pour nombre de francophones qui \u00e9tudient en gestion, la sant\u00e9 financi\u00e8re d&rsquo;une entreprise ne se d\u00e9termine pas \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un bilan et d&rsquo;un \u00e9tat des r\u00e9sultats, mais plut\u00f4t d&rsquo;un balance sheet et d&rsquo;un income statement.<\/p>\n<p>Autrefois en proportion n\u00e9gligeable, les francophones forment aujourd&rsquo;hui pr\u00e8s du quart de la client\u00e8le aux programmes de MBA des universit\u00e9s McGill et Concordia.<\/p>\n<p>\u00ab Avec la baisse de la population anglophone, explique Lizanne E. Winser, directrice administrative du MBA \u00e0 Concordia, les francophones sont devenus une client\u00e8le cible \u00bb. Depuis quelques ann\u00e9es, le nombre de francophones n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;augmenter. Cette ann\u00e9e, ils comptent pour 24 % des nouveaux \u00e9tudiants admis \u00e0 Concordia alors qu&rsquo;ils ne repr\u00e9sentent que 17,6 % de l&rsquo;ensemble des \u00e9tudiants de l&rsquo;institution.<\/p>\n<p>M\u00eame situation \u00e0 McGill, quoique dans un rapport inverse. Si le pourcentage d&rsquo;\u00e9tudiants francophones s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 27 %, toutes facult\u00e9s r\u00e9unies, les francophones composent environ 20 % de l&rsquo;effectif au MBA. <\/p>\n<p>Mais cette donn\u00e9e pourrait sous-\u00e9valuer la pr\u00e9sence r\u00e9elle des francophones, estime Susanne Major, directrice des admissions au MBA de l&rsquo;universit\u00e9 McGill. <\/p>\n<p>\u00ab Nous croyons que quelques \u00e9tudiants pr\u00e9tendent que l&rsquo;anglais est leur langue maternelle pour augmenter leurs chances d&rsquo;admission. D&rsquo;autres, qui se disent anglophones, connaissent les deux langues depuis l&rsquo;enfance, commente-elle. Autant de gestes inutiles, puisque la langue maternelle ne compte en rien dans l&rsquo;\u00e9valuation des dossiers.<\/p>\n<p>Mais qu&rsquo;est-ce qui pousse de jeunes aspirants administrateurs francophones \u00e0 s&rsquo;inscrire dans des universit\u00e9s anglophones ? Selon Lizanne Winser, c&rsquo;est principalement la volont\u00e9 d&rsquo;apprendre l&rsquo;anglais, les \u00e9tudiants jugeant important de se familiariser avec la terminologie anglaise du langage des affaires.<\/p>\n<p>Une affirmation que reprend \u00e0 son compte, tout en la nuan\u00e7ant, Laurent Picard, ancien doyen de la facult\u00e9 d&rsquo;administration de l&rsquo;universit\u00e9 McGill et maintenant professeur de strat\u00e9gie. \u00c0 son avis, l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;anglais constitue une motivation importante lors de la demande d&rsquo;admission au premier cycle, mais s&rsquo;att\u00e9nue au MBA.<\/p>\n<p>\u00ab L&rsquo;\u00e9tudiant se pr\u00e9occupe plus des objectifs du programme, raconte-t-il, puisqu&rsquo;\u00e0 ce stade, il est d\u00e9j\u00e0 bilingue. Autre explication: les crit\u00e8res d&rsquo;admission plus stricts \u00e0 1&rsquo;Ecole des Hautes \u00c9tudes Commerciales et \u00e0 l&rsquo;UQAM d\u00e9couragent plusieurs francophones. Il faut en effet au moins deux ann\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9rience en gestion pour \u00eatre admissible au MBA des HEC et quatre \u00e0 celui de l&rsquo;UQAM, contre aucune \u00e0 McGill et Concordia.<\/p>\n<p>Mais il y a plus. Outre la ma\u00eetrise de l&rsquo;anglais, plusieurs \u00e9tudiants francophones de Concordia et McGill avouent chercher \u00e0 s&rsquo;initier et \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 un r\u00e9seau d&rsquo;affaires anglophone et accro\u00eetre ainsi leurs chances d&#8217;embauche.<\/p>\n<p>\u00ab Vivre avec des anglophones, ce n&rsquo;est pas seulement faire l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une langue, mais aussi d&rsquo;une culture sensiblement diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. Mieux vaut s&rsquo;y frotter t\u00f4t pour \u00e9viter les surprises plus tard, d\u00e9clare une \u00e9tudiante pour qui l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 McGill constitue le premier contact r\u00e9el avec des anglophones de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;inverse se r\u00e9alise-t-il ? Trouve-t-on t-on des anglophones au HEC ? La r\u00e9ponse est brutale : aucun, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, situation que d\u00e9plore Jean-Pierre Fr\u00e9nois, directeur du MBA aux HEC.<\/p>\n<p>\u00ab Nous aimerions effectivement attirer plus d&rsquo;anglophones. Je suis persuad\u00e9 que les anglophones auraient tout int\u00e9r\u00eat, compte tenu du dynamisme du milieu des affaires qu\u00e9b\u00e9cois, \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 un r\u00e9seau d&rsquo;affaires francophone. La situation a beaucoup chang\u00e9 depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es. \u00bb Cependant, peu d&rsquo;effort sont \u00e9t\u00e9 faits par les HEC pour attirer les anglophones.<\/p>\n<p><strong>Plus difficile<\/strong><br \/>\nComme on peut s&rsquo;y attendre, \u00e9tudier en anglais pose des difficult\u00e9s suppl\u00e9mentaires aux francophones. \u00ab On est carr\u00e9ment moins intelligents en anglais, d\u00e9clare un \u00e9tudiant d&rsquo;origine ha\u00eftienne. Les id\u00e9es nous viennent moins rapidement, et on les exprime moins clairement. Ou encore : \u00ab Nous ne passons pas notre temps dans un dictionnaire \u00e0 traduire les mots de l&rsquo;anglais au fran\u00e7ais, soutient un autre \u00e9tudiant, mais, qu&rsquo;on le veuille ou pas, les notions que nous assimilons demeurent un peu plus confuses en anglais. \u00c0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, je parlais souvent en classe dans les d\u00e9bats ; \u00e0 Concordia, je ne prononce que quelques phrases. Mais on s&rsquo;am\u00e9liore rapidement. \u00bb<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, toutefois, il appara\u00eet que les francophones ne se laissent nullement d\u00e9courager par l&rsquo;obstacle linguistique.<\/p>\n<p>\u00ab Ils semblent en g\u00e9n\u00e9ral avoir plus de plaisir que les anglophones dans les d\u00e9bats en classe, signale Pierre Brunet, professeur de management \u00e0 Concordia. Ils aiment parler et s&rsquo;animer, et la langue ne semble pas causer trop de probl\u00e8mes. M\u00eame s&rsquo;ils \u00e9crivent mieux en fran\u00e7ais et qu&rsquo;ils peuvent remettre leurs travaux dans la langue de leur choix, les \u00e9tudiants insistent pour les remettre en anglais.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Laurent Picard signale : \u00ab Les \u00e9tudiants francophones ont l\u00e9g\u00e8rement plus d&rsquo;app\u00e9tit et d&rsquo;enthousiasme, dit-il. Et pas question de ghetto\u00efsation : les francophones et les anglophones aiment travailler ensemble. Il existe une grande fluidit\u00e9 des relations, contrairement \u00e0 il y a dix ans alors que les Canadiens-fran\u00e7ais se regroupaient \u00bb. Certes, l&rsquo;apprentissage des outils de gestion en anglais apporte des avantages \u00e9normes, mais il comporte aussi des inconv\u00e9nients. <\/p>\n<p>Si l&rsquo;anglais fait des progr\u00e8s, le fran\u00e7ais, lui, en subit les contrecoups. Les \u00e9tudiants francophones ignorent souvent l&rsquo;\u00e9quivalent fran\u00e7ais des termes financiers anglais. R\u00e9sultat : quand ils s&rsquo;expriment entre eux, les francophones utilisent un langage truff\u00e9 de locutions anglaises. Certains y voient un d\u00e9but d&rsquo;assimilation, d&rsquo;autres, plus optimistes, y voient plus simplement l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une \u00e9lite d&rsquo;affaires parfaitement bilingue, pr\u00eate \u00e0 conqu\u00e9rir l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Commerce, janvier 1988 Pour nombre de francophones qui \u00e9tudient en gestion, la sant\u00e9 financi\u00e8re d&rsquo;une entreprise ne se d\u00e9termine pas \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un bilan et d&rsquo;un \u00e9tat des r\u00e9sultats, mais plut\u00f4t d&rsquo;un balance sheet et d&rsquo;un income statement. 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