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L’Église catholique se penche sur l’islam

Métro, le 3 juillet 2001

L’Église n’est certes pas insensible à l’accroissement du nombre de mariage interreligieux. Sous la direction du Centre canadien d’œcuménisme, l’Église de Montréal vient de produire un Guide pastoral des mariages islamo-chrétiens.

Fruit d’un travail qui s’est échelonné sur cinq ans, ce guide s’adresse principalement aux prêtres et guides pastoraux désireux d’être mieux outillés dans leur travail d’accompagnement des mariages islamo-catholiques.

Pour ce faire, les auteurs ont recensé et étudié les différents guides produits dans le monde à ce sujet, notamment ceux réalisés en France qui abrite une communauté musulmane de 4 millions d’âmes. Ils ont également échangé avec des personnalités catholiques et musulmanes du Québec.

L’un des auteurs du document, le père Yves Gaudreault, qui a vécu de nombreuses années en Afrique et côtoyé les musulmans de ce continent, admet le caractère délicat du sujet. D’emblée donc, l’Église insiste sur la lucidité qui doit animer les partenaires des mariages chrétien-musulman. En effet, précise le père Gaudreault, le mariage est devenu, on le sait, un projet plus difficile à réussir dans le temps ; en ce sens, le mariage entre personnes de culture et surtout, de religions différentes peut additionner aux écueils auxquels font face aujourd’hui les couples modernes.

Cependant, s’empresse-t-il d’ajouter, le succès d’un mariage interreligieux peut s’avérer un puissant outil de « dialogue dans un monde où l’acceptation de l’autre et le respect sont souvent méconnus ». Pour ce, spécifie le père Gaudreault, les époux doivent respecter la liberté de l’autre, acquérir une connaissance de leur propre religion et celle de l’autre afin d’éliminer tout préjugé. « Lorsqu’elles sont réussies, ces unions constituent un enrichissement des communautés humaines et religieuses. Elles sont précieuses pour témoigner que les particularismes, les étroitesses, les racismes peuvent être surmontés.

Mariage chrétien
Un des messages que veut diffuser l’Église est que les mariages islamo-chrétiens sont possibles à l’intérieur de l’institution chrétienne. « Les jeunes qui désirent fonder un foyer stable et célébrer leur mariage chrétiennement avec un conjoint musulman doivent savoir qu’il est possible de le faire sans que le conjoint musulman n’ait à se convertir. Le mariage interreligieux n’exclut pas de l’Église ».

Un des principaux défis des couples interreligieux porte bien sûr sur l’éducation des enfants. Sur ce point sensible, le père Gaudreault suggère que « les conjoints abordent cette question avec beaucoup de respect et de dialogue et refusent d’évacuer le problème par la solution de facilité qui serait de ne pas aborder de front le sujet ».

À ce sujet, le père Gaudreault ajoute : « Il peut être difficile pour un conjoint musulman d’accepter que ses enfants ne le soient pas : selon le droit islamique, les enfants d’un père musulman sont musulmans. Par ailleurs, la perspective que les enfants deviennent musulmans est évidemment, pour la partie chrétienne, une solution non satisfaisante à cause de ses convictions profondes et de sa promesse de faire tout son possible pour les faire baptiser et les élever dans la foi chrétienne ».

En fait, l’Église demande au conjoint catholique de faire son possible pour que les enfants soient baptisés et éduqués dans sa foi. « Il est important cependant que la décision soit prise par le couple dans l’harmonie. Si les parents décident de laisser les enfants choisir plus tard, ils doivent mettre tout en œuvre pour qu’ils fassent une première découverte de Dieu à leur niveau, et puissent acquérir une véritable connaissance des deux traditions religieuses ».

Le père Gaudreault estime qu’au-delà des différences, le succès d’un mariage interreligieux repose sur une relation de grande qualité fondée sur une culture intellectuelle commune et une communauté de goûts et de projets.

« Un mariage interreligieux exige une intelligence particulière de cœur et de sagesse. C’est pourquoi elle n’est probablement pas donnée à tout le monde. Nécessairement, il faut faire appel à des qualités de compréhension et de délicatesse que seule une relation véritablement aimante et respectueuse rend possible. »

Les chrétiens et l’islam

Le Devoir, 24 décembre 1984

Michel Lelong, L’église nous parle de l’Islam du concile à Jean-Paul II, Paris, Éditions du Chalet, 1984.

Au cours de ses nombreux voyages à travers le monde, le pape Jean-Paul II s’est maintes fois arrêté sur le problème épineux des relations entre la chrétienté et l’islam.

Que ce soit en Afrique, en Asie et même en Europe, le Saint-Père, poursuivant en cela l’enseignement hérité du concile Vatican II, n’a cessé d’appeler au dialogue ceux qui « par la foi en un Dieu unique, doivent collaborer pour la promotion de la dignité et du progrès de la personne humaine ».

Marqués du poids de 13 siècles de tensions politiques et militaires et de débats doctrinaux, les rapports entre les Églises occidentales et l’islam affrontent aujourd’hui un contexte nouveau.

À l’apologétique des siècles derniers fait place maintenant, dans les milieux catholiques, à une attitude plus conciliante envers les Croyants musulmans. À preuve la création à Rome, en 1964, d’un secrétariat pour les non-chrétiens » et les nombreux colloques chapeautés par l’Église, sur les relations entre l’Église catholique et l’Islam.

Ayant vécu de très nombreuses années dans le monde arabe plus particulièrement au Maghreb, le père Michel Lelong a consacré sa vie au rapprochement entre les chrétiens et les musulmans. Auteur de plusieurs livres et communications portant sur ce sujet, le père Lelong nous présente, dans l’Église nous parle de l’islam, les allocutions officielles de l’Église romaine sur les relations islamo-chrétienne.

Dorénavant convaincue que le monde ne sera un qu’à condition d’être pluriels, l’Église, tout en demeurant fidèle a sa tradition, exprime dans ces textes le profond respect qu’elle voue envers la foi et les valeurs religieuses des musulmans.

Tout en reconnaissant les différences énormes qui les séparent, les chrétiens et les musulmans doivent dorénavant « développer les lien spirituels qui les unissent, afin de protéger et promouvoir ensemble, pour tous les hommes […] la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. » De ce renouvellement des mentalités, nous dit l’Église, doit naitre l’ouverture envers la foi musulmane.

Cette ouverture convie les chrétiens à un dialogue qui ne doit pas viser au syncrétisme spirituel, mais à la compréhension de l’autre, de sa vérité et de sa diversité. Ce seul effort de coopération entre croyants de différentes religions, nous rappelle le père Lelong en conclusion, est déjà un apport crucial à la cause de la paix dans le monde.