Tag Archives: Michel Peterson

Les printemps arabes

Sous la direction de Michel Peterson, Les printemps arabes, Mémoire d’encrier, Montréal, 2011

Nuit blanche, printemps 2012

Le livre contient quatorze textes, d’ap­proches diverses (poèmes, analyses, entrevues, récits), autour des secousses politiques majeures qui ont touché le monde arabe depuis janvier 2011.

À juste titre, Michel Peterson, qui a dirigé ce collectif, souligne que « c’est le refus de l’humiliation plus encore que de la tyrannie qui fut le levier de la révolte […] des jeunes bien plus que des intel­lectuels » et signale que « si beaucoup de sang a coulé, c’est avec l’espoir heureu­sement fou que de nouvelles créations individuelles et collectives puissent voir le jour ».

Karim Jbeili, dans « Anthropologie du geste de Mohamed Bouazizi », s’intéresse à la valeur symbolique du jeune Tunisien qui s’est immolé à la suite de l’humi­liation qu’il avait subie de la part de la police locale. « Ce corps qui, jusqu’à présent, était la propriété de Dieu et qu’on ne pouvait détruire qu’en prenant le prétexte de tuer un ennemi, Bouazizi en prend possession et s’autorise de l’immoler sous sa propre responsabilité.» Et ainsi d’espérer que les États arabes fassent de même, c’est-à-dire agissent enfin avec la maturité d’entités collectives actives et responsables.

Un des textes les plus intéressants de ce recueil est l’entrevue réalisée avec Youssef Seddik, un grand intellectuel tunisien. Décrivant l’histoire ancienne et récente de la Tunisie, il dit de Ben Ali, le dictateur déchu de la Tunisie : « […] le pouvoir ne pouvait être pris que par quelqu’un de félon, que par un cons­pirateur, un Cinna qui a réussi, si vous vous souvenez de cette pièce de Corneille ».

Pour avoir vécu, sur place, la Révo­lution tunisienne, je ne peux que sous­crire à cette interprétation. Ben Ali n’était absolument pas à la hauteur de ce pays, le plus fonctionnel du monde arabe. Ben Ali était une mauvaise parenthèse de l’his­toire de la Tunisie.

Comme aussi du reste tous les auteurs de ce livre, on souhaite très fort que la Révolution tunisienne amène une vraie rupture avec le passé récent, et le retour progressif de la civilisation arabe comme digne contributrice du progrès scienti­fique et humain.