Farida

Monia Mazigh, FARIDA, Les Éditions David, Ottawa, 2020, 392 p.

Nuit blanche, no.161, hiver 2021

Élevée peu avant l’indépendance tunisienne (survenue en 1956), dans une famille bourgeoise mais aux valeurs rigides, Farida est forcée de se marier à 18 ans à son cousin Kamal, parce que cela arrange les affaires (parfois louches) de son père.

Grande lectrice, curieuse, amante de l’œuvre de Victor Hugo, Farida envie son frère qui, lui, peut donner cours à ses penchants intellectuels pour rejoindre un collège prestigieux de la capitale.

Son mariage est bancal : elle déteste son mari, alcoolique, qui préfère les bras de son amante, mais accouche tout de même d’un fils, Taoufiq. Farida finalement divorcera, et élèvera seule son enfant. Un devoir qu’elle sera amenée à répéter quelques années plus tard : car son Taoufiq, devenu adulte, voit sa nouvelle épouse, mue par un vif désir de liberté, le quitter, le laissant ainsi seul avec leur fille d’à peine un an, Leila.

Comme Taoufiq travaille le jour, ce sera donc sa mère Farida, qui prendra soin de la petite Leila. Cette dernière, studieuse, aboutira, au milieu des années 1990, à l’Université d’Ottawa, avec en toile de fond le référendum québécois.

Comme sa grand-mère, elle est passionnée de lecture, et poursuit des études universitaires en littérature.

Farida voit ainsi ses rêves d’affranchissement incarnés par sa petite-fille… Des rêves qui lui auront cruellement échapper…en raison de ces mœurs d’un autre âge, qui confinent les femmes à des rôles immuables d’épouse et de mère : mariage, cuisine et marmaille. Qui leur interdit de poursuivre leurs propres ambitions, soit « la possibilité de choisir, de choisir au lieu de subir ». (p.201)

De facture intimiste, car chaque chapitre fait parler la voix intérieure chaque personnage, les uns après les autres, ce roman de qualité nous fait entrer dans une belle bulle, soit la vie de trois générations de Tunisois. Avec toute une série de personnages qui apparaissent bien représentatifs de l’évolution du pays du jasmin et de la réelle, mais difficile, émancipation des femmes.

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