La Presse, 9 décembre 2024
L’approche préconisée par Donald Trump pour le forage pétrolier est contraire aux intérêts des producteurs américains, explique l’expert Yvan Cliche
Yvan Cliche
Fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et spécialiste en énergie
Lors de ses trois campagnes électorales, en 2016, en 2020 et en 2024, le républicain Donald Trump a fait de la hausse de la production fossile aux États-Unis un pilier de son programme Make America Great Again.
Son slogan bien connu « Drill, baby, drill ! » a été maintes fois répété pour signaler aux électeurs que, sous sa gouverne, les États-Unis ne se gêneront pas pour forer autant que possible et produire du pétrole en abondance.
Or, pour les producteurs d’or noir aux États-Unis, cette proposition n’est pas alléchante : les ExxonMobil, Chevron et autres producteurs indépendants ne sont guère animés par l’ambition de produire, coûte que coûte. Ils veulent plutôt pouvoir vendre leur pétrole à un prix élevé pour dégager des profits.
Une production basée sur des impératifs commerciaux
Là où un conflit pourrait survenir entre les pétrolières et le président désigné, c’est justement sur la question de la baisse des coûts de l’énergie envisagée par Donald Trump, qui a joué l’homme fort en promettant de les réduire de moitié.
Or, la demande en pétrole est guidée par un marché mondialisé et par la concurrence, dont celle des pays membres de l’OPEP+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole et une dizaine d’autres pays producteurs).
L’équation est simple : l’offre est ajustée à la demande. Si trop de pétrole se retrouve sur le marché, les prix vont diminuer. Un scénario dont les producteurs ne veulent pas.
Aux États-Unis, la production provient uniquement d’entreprises privées. Elle est ainsi guidée par des considérations commerciales. Dans les pays producteurs où la vente de pétrole relève d’une société d’État, comme l’Arabie saoudite, le dirigeant du pays peut ordonner des niveaux de production répondant à des objectifs politiques.
Le président Biden l’a bien compris en 2022. À la suite de l’explosion des prix mondiaux de l’énergie, consécutive à l’invasion russe en Ukraine, il avait demandé aux entreprises pétrolières américaines de produire davantage, pour diminuer les prix à la pompe et contenir l’inflation. Les pétrolières n’ont pas bougé d’un pouce.
Le président Biden a dû se résoudre à puiser largement dans la réserve stratégique de pétrole, mise en place par Washington depuis la crise pétrolière des années 1970, pour mettre des millions de barils sur le marché et limiter la pression inflationniste autour des prix de l’essence.
L’âge d’or des pétrolières sous Biden
Malgré son discours proclimat, la présidence de Joe Biden s’est avérée un âge d’or pour les pétrolières américaines. À preuve, c’est durant le mandat démocrate que la production pétrolière américaine a atteint des sommets (plus de 13 millions de barils/jour1) et que les entreprises ont engrangé les meilleurs profits de leur longue histoire.
Malgré cela, le Big Oil se range du côté de président désigné. Après tout, Trump leur promet, comme il l’a fait durant son premier mandat, d’éliminer plusieurs réglementations qui font gonfler leurs frais d’exploitation. Sans ces réglementations, les pétrolières peuvent engranger plus de profits pour chaque baril vendu.
De plus, Trump promet d’éliminer les appuis aux achats de véhicules électriques, une mesure phare du président Biden, pour maintenir une demande forte en essence sur le marché national.
Mais cela ne veut pas dire qu’elles se mettront à produire davantage et à « forer, chéri, forer » pour le bon plaisir du président. Tout comme Biden, Trump risque de voir les dirigeants des grosses pétrolières faire la sourde oreille à sa demande.
1. Lisez « U.S. crude oil production established a new record in August 2024 » (en anglais)
