La Presse, 9 novembre 2025
Même si la lutte contre les changements climatiques semble parfois en recul, il y a tout de même lieu de se réjouir de plusieurs avancées technologiques, explique Yvan Cliche.
La 30e session de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) débute ce lundi et se poursuit jusqu’au 21 novembre au Brésil. Elle se démarque, car elle souligne les 10 ans de l’Accord de Paris, conclu en décembre 2015, une entente signée par 195 nations du monde visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter le réchauffement de la planète à 2 °C ou moins par rapport à l’ère préindustrielle.
Même si les ambitions climatiques paraissent en recul dans plusieurs pays, au premier chef, les États-Unis, premiers émetteurs historiques de GES, la dernière décennie permet de constater des progrès notables accomplis en matière de production d’énergie propre.
À l’époque, en 2015, les outils technologiques pour remplacer les énergies fossiles, dont la combustion est la principale source responsable des GES, étaient encore peu développés, notamment en Amérique du Nord.
L’éolien et, surtout, le solaire demeuraient peu concurrentiels et nécessitaient l’aide des gouvernements, tandis que les véhicules électriques restaient un produit de luxe, freinés par le coût élevé des batteries.
Depuis, une véritable révolution s’est amorcée. Entre 2015 et maintenant, les technologies propres ont vu leurs coûts s’effondrer : dans une fourchette de 60 % à 80 % pour l’éolien, les batteries et les panneaux solaires1.
Si bien que, cette année, pour la première fois, chose impensable il y a quelque temps, la production mondiale d’électricité issue de sources renouvelables a dépassé celle produite à partir du charbon2.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production mondiale d’électricité renouvelable augmentera d’environ 90 % d’ici 2030 par rapport à 2023. Un volume suffisant pour répondre à la demande combinée de la Chine et des États-Unis3 !
Progrès frappants en transports
Les progrès sont tout aussi frappants dans le secteur des transports. Aujourd’hui, un véhicule neuf sur cinq vendu dans le monde est électrique, et cette proportion pourrait grimper à 40 % d’ici cinq ans4.
Les pays disposent désormais d’outils bien plus solides qu’il y a 10 ans pour entamer la transition vers une économie à faibles émissions. Ces changements produisent des effets concrets. En Chine, la montée fulgurante du solaire, de l’éolien et des véhicules électriques a entraîné une baisse de 1 % des émissions de GES au cours des 12 derniers mois, une première5.
Le mouvement s’étend à d’autres régions. En quelques années, le Pakistan est passé de quelques installations isolées à une véritable explosion solaire : le photovoltaïque représenterait l’an prochain près de 20 % de sa production d’électricité.
Mais cette percée soulève un nouveau défi : celui de l’approvisionnement en minéraux critiques nécessaires à ces technologies. Un véhicule électrique requiert jusqu’à six fois plus de minéraux qu’un véhicule à essence, notamment du cuivre, du graphite, du lithium, du nickel.
Or, la Chine domine largement le raffinage de la plupart des minéraux. Cette domination lui permet aussi de produire environ 80 % des panneaux solaires vendus dans le monde.
Cette dépendance préoccupe de plus en plus les gouvernements occidentaux. Elle influence déjà les grands équilibres géopolitiques, comme le prouve le dernier voyage du président américain en Chine et en Asie, essentiellement motivé par l’accès aux minéraux critiques.
Un enjeu qui interpelle aussi le Québec, alors qu’Hydro-Québec prévoit développer un impressionnant total de 3000 mégawatts d’énergie solaire d’ici 2035.
Malgré cette inquiétude, la dernière décennie suivant l’Accord de Paris a transformé les perspectives dans le combat contre le dérèglement climatique. Les technologies propres ne sont plus des promesses : elles sont devenues des solutions concrètes. Elles offrent désormais aux États la possibilité réelle de réduire sensiblement leurs émissions tout en consolidant leur sécurité énergétique.
Grâce entre autres à l’intelligence artificielle, il est permis d’espérer que la prochaine décennie permettra le déploiement à grande échelle d’autres technologies propres, comme la géothermie, offrant ainsi aux nations de nouveaux leviers pour se rapprocher de l’objectif d’une économie mondiale carboneutre d’ici 2050.
1. Consultez le rapport Renewable Power Generation Costs in 2024 (en anglais)2. Lisez l’article Renewables overtake coal as world’s biggest source of electricity (en anglais)3. Consultez la page web « Renewables » de l’Agence internationale de l’énergie (en anglais)4. Consultez le rapport « Global EV Outlook 2025 » (en anglais)5. Lisez le texte « Analysis : Clean energy just put China’s CO2 emissions into reverse for first time » (en anglais)
