Claudine Bouchard et le Plan d’action 2025 – Un projet ambitieux, parsemé de grands défis

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La Presse, 25 novembre 2025

Pour mener à terme son vaste chantier de la transition énergétique, Hydro-Québec devra faire preuve de doigté sur la question des tarifs et de l’acceptabilité sociale, notamment, explique l’expert Yvan Cliche.

Yvan Cliche
Conférencier et consultant en énergie

Devant une foule de près de 1000 personnes réunies au Palais des congrès de Montréal le 19 novembre 2025, Claudine Bouchard, PDG d’Hydro-Québec depuis juillet, a officiellement donné le coup d’envoi du vaste chantier de la transition énergétique du Québec.

Elle a lancé un appel à la mobilisation générale pour décarboner notre économie qui dépend encore à 50 % des énergies fossiles.

C’est une ambition majeure, avec 200 milliards d’investissements au cours des 10 prochaines années, qui verra le déploiement d’une multitude de projets sur l’ensemble du territoire, mais qui soulèvera aussi plusieurs enjeux cruciaux pour l’avenir énergétique du Québec.

La pression tarifaire

Parmi ces enjeux : l’effet des investissements sur les tarifs. Hydro-Québec prévoit doubler ses investissements annuels d’ici 10 ans par rapport à la dernière décennie. Ceux-ci exerceront inévitablement une pression à la hausse sur les tarifs.

À l’heure actuelle, les clients résidentiels paient environ 80 % du coût réel des services d’Hydro-Québec, l’écart étant assumé par les clients industriels et commerciaux, par un mécanisme dit d’interfinancement ⁠1.

Or, en limitant ces prochaines années l’augmentation des tarifs résidentiels à 3 %, cet écart devrait se creuser davantage, et intensifier les critiques du secteur commercial et industriel québécois à ce sujet.

Peut-être nos élus surestiment-ils l’effort requis pour atténuer l’interfinancement, sur le long terme, sans choc tarifaire.

En 2017, dans un avis publié par la Régie de l’énergie, on lit : « La Régie a simulé l’impact d’un objectif de réduction graduelle de 15 % à l’horizon 2030 de l’interfinancement dont bénéficient les tarifs domestiques […]. Réparti sur une douzaine d’années, l’impact de ce transfert sur les tarifs résidentiels serait inférieur à 0,25 % par année. Pour un client résidentiel chauffé tout à l’électricité consommant 19 000 kWh/an, l’ajustement se traduirait par une hausse de facture inférieure à 4 $ par année ⁠2. »

Il y a assurément moyen de discuter de cet enjeu de manière constructive et voir à mieux l’encadrer, en offrant des outils permettant à tous les consommateurs, notamment les plus démunis, d’y faire face adéquatement.

La fiabilité du réseau

Autre enjeu : la fiabilité. Plus notre vie domestique sera électrifiée (véhicules électriques, gadgets électroniques), plus l’intolérance aux pannes augmentera.

Il ne faut pas juste renforcer le réseau (émondage, protection des lignes). Il faut aussi parer aux besoins de base des clients en cas de panne : il y aurait avantage à envisager des mesures de résilience plus costaudes directement à l’échelle des ménages, notamment des mesures incitatives pour l’achat ou la location de batteries.

Ce n’est pas une idée marginale : selon son site web, Green Mountain Power, au Vermont, propose déjà des solutions d’alimentation de secours, avec une formule d’achat ou de location autour de 55 $/mois ⁠3.

La bidirectionnalité

Dans un contexte où Hydro-Québec doit refuser certains raccordements faute de production suffisante, chaque kilowattheure devient précieux. D’un réseau unidirectionnel, où les centrales acheminent l’électricité aux clients, tous les systèmes électriques de demain vont intégrer davantage d’énergie variable et décentralisée, comme ceux qui viendront des panneaux solaires des résidences.

Il devient essentiel d’ancrer davantage et plus rapidement une approche bidirectionnelle, misant sur l’interconnectivité d’appareils intelligents, dont les thermostats, dans les habitudes des citoyens.

Hydro-Québec a commencé à outiller les consommateurs avec l’application numérique Hilo, dont le déploiement devrait s’accélérer ces prochaines années.

L’acceptabilité sociale

Autre réalité incontournable : l’acceptabilité sociale. La plupart d’entre nous appuient l’installation d’éoliennes, de postes ou de nouvelles lignes de transport… du moins tant que ces équipements ne s’implantent pas près de chez nous !

Entre 2018 et 2023 aux États-Unis, environ le tiers des projets éoliens et solaires a été annulé principalement en raison de l’opposition des communautés ⁠4.

Pour mener à bien les projets, Hydro-Québec et ses partenaires devront donc faire preuve d’un grand doigté avec une approche qui respecte le bien-être à long terme des communautés, sans qu’elles se sentent bousculées.

Électrifier, c’est bénéfique

Sur le plan collectif, l’électrification est un investissement dans notre autonomie énergétique : nos énergies fossiles sont entièrement importées. Elle amène également une amélioration de la qualité de l’air et constitue un geste concret pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Le chantier de la transition énergétique positionne le Québec comme une économie bien engagée dans le XXIsiècle. Mais il s’accompagne de défis qu’il faudra affronter sereinement et lucidement.

1. Lisez l’État de l’énergie au Québec, édition 2025, p. 662. Lisez l’Avis sur les mesures susceptibles d’améliorer les pratiques tarifaires dans le domaine de l’électricité et du gaz naturel – Perspectives 2030 (2017), pp. 57-583. Consultez la page Lease Energy Storage from GMP (en anglais)4. Lisez « Local Laws and Lawsuits Targeting Renewables Becoming More Prevalent in the US » (en anglais)