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Les enfants du printemps

Wallace Thurman, Les enfants du printemps,  Trad. de l’anglais par Daniel Grenier, Mémoire d’encrier, Montréal, 2019, 275 pages

Nuit blanche, no.154, printemps 2019

Décédé à seulement 32 ans (en 1934), Wallace Thurman s’inscrit dans le mouvement Renaissance de Harlem, qui fut populaire durant l’entre-deux-guerres aux États-Unis. Pendant cette période, apprend-on, la culture noire a joui d’une certaine popularité dans les cercles intellectuels américains, où l’affirmation de son identité s’est confondue avec la lutte pour l’égalité raciale et la justice sociale.

Auteur connu de cette mouvance, Thurman a livré quelques écrits, qui forment une œuvre assurément très inachevée, car il a été fauché dès son jeune âge par une maladie du foie associée à une consommation excessive d’alcool.

Dans ce récit où l’on sent très bien qu’il emprunte beaucoup à sa vie personnelle, il raconte l’histoire de jeunes bohèmes, principalement noirs, tous attirés par l’art (littérature, musique, peinture).

Ces jeunes, dont Raymond, l’écrivain du groupe, se croisent régulièrement au manoir Niggeratti, en plein Harlem, résidence soutenue par une philanthrope désirant appuyer l’expression de la culture noire. Les « sessions » impromptues de ces jeunes dont certains pêchent par idéalisme, d’autres, par pur cynisme, produisent des discussions animées, qui se concluent par des beuveries au gin faisant finalement bien peu avancer la cause de la culture noire.

Toutes les questions autour de la place des Noirs, de leurs rapports aux Blancs et de leur propre sentiment envers eux-mêmes traversent le fil du roman. On y sent très bien le tâtonnement d’une culture qui veut émerger et se créer une place entre le retour promu par certains à la tradition africaine et l’expression préconisée par d’autres d’une individualité assumée, hors du lourd tribut imposé par la dure ségrégation qu’a dû subir la communauté afro-américaine.

Mieux vaut vivre au Canada

La Presse, 26 novembre 2000
L’auteur habite Montréal.

DU 4 AU 12 NOVEMBRE 2000, j’ai séjourné à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. C’était la première fois que je me rendais dans un État du sud des États-Unis (hormis la Floride, bien entendu).

Comme je le fais toujours lorsque je suis en déplacement, j’ai lu avec intérêt le quotidien de la ville, nommé le Times-Picayne, question de découvrir les principaux enjeux d’actualité de la communauté locale.

Rapidement, un élément a piqué mon attention. Presque quotidiennement, le journal rapportait dans sa section locale un crime violent, avec utilisation d’une arme à feu.

Édition du 5 novembre : on apprend qu’un garçon de 14 ans est dans un état critique, mals stable, après avoir reçu une balle reçue à l’abdomen lors d’une fête locale qui a mal tourné.

7 novembre : la propriétaire d’un magasin d’alimentation est assassinée par balle en plein visage quand trois hommes, dont deux armés, tentent de faire main basse sur le tiroir-caisse.

Le même jour, on apprend qu’un homme est arrêté pour avoir tiré au hasard des balles de plomb, qui ont atteint cinq personnes ; cette dernière nouvelle ne fait l’objet que d’un entrefilet dans le journal.

8 novembre : la police abat de 11 balles un homme ayant pointé un objet suspect en leur direction.

Le même jour, une lectrice fait parvenir au journal une lettre de remerciements aux policiers pour leur réaction vive et rapide à une tentative de vol à main armée à son endroit. L’incident s’est produit tôt en soirée, sur la même rue où est situe notre hôtel.

10 novembre : deux voleurs s’emparent de l’argent de la caisse d’un Holiday Inn, en menaçant les employés avec une arme à feu.

11 novembre : un propriétaire de magasin tire à bout portant sur un assaillant l’ayant menacé avec un revolver.

Il ne s’agit-là que des faits que j’ai recensés. Le jour de mon arrivée et le jour de mon départ, d’autres événements violents se sont produits, mais je n’y ai pas trop porté attention. La première fois, en pensant que c’était un événement isolé : la deuxième fois, parce j’étais devenu presque dépassé par ce spectacle quotidien de violence armée.

Intrigué, j’ai consulté le site Internet de la police de la Nouvelle-Orléans. En 1999, 162 meurtres s’y sont produits, soit presque un meurtre tous les deux jours, et ce pour une ville d’environ 500 000 habitants.

En comparaison, sur le territoire de la CUM, en 1998, derniers chiffres disponibles sur Internet, 41 meurtres ont été perpétrés pour une agglomération largement plus Importante. Même si la situation s’améliore, insiste la police de la Nouvelle-Orléans, elle demeure, on en conviendra, alarmante par rapport aux standards canadiens.