Moi, Madison Washington

Nuit blanche, automne 2023, no.172

Thierry Maugenest. MOI, MADISON WASHINGTON, Éditions Albin Michel, 2023, 237 p.; 32,95 $

Voici un incroyable roman qui s’appuie sur une histoire vraie se déroule au milieu du 19e siècle, à l’aube de la guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865), qui a porté, on le sait, sur l’abolition de l’esclavage.

Le roman oppose deux pôles de monde de cette époque. L’un, John Hewell, est un riche et éduqué marchand de tabac qui combat son mal à l’âme en épousant la vocation de chasseur d’esclaves, pourchassant ces individus noirs fuyant les conditions ignobles de leur existence pour les ramener, moyennement prime, à leurs propriétaires.

L’autre est Madison Washington, un esclave futé, rusé, au bon jugement, et résilient malgré les dures épreuve qu’il affronte pour recouvrer un minimum de dignité. Le roman nous expose la vision héroïque de cet être courageux et visionnaire, incapable d’accepter des exactions uniquement en raison de la couleur de peau.

Malgré son vaste amour pour Susan, esclave comme lui, il fuit sa plantation, animé du grand espoir, comme homme libre, de revenir un jour la libérer. Sa fuite le mènera même au Canada, ce qui n’empêchera pas Hewell de suivre sa trace jusque-là, mais sans y arriver.

Les deux ennemis se retrouvent finalement sur un bateau, la Créole, avec à son bord 250 esclaves appelés à être vendus dans des États du Sud des États-Unis. Mais les choses ne se passent pas comme prévu pour les infâmes esclavagistes qui les gardent dans la cale.

Madison amorce une rébellion. Elle réussit. Il arrive ensuite à faire dévier le trajectoire du bateau vers les Bahamas, à l’époque une enclave britannique où l’esclavagisme n’a pas prise. Les esclaves deviennent libres.

S’il est parfois difficile de composer avec la description de la violence sans limite d’êtres humains envers leurs semblables, l’écriture fluide et palpitante de l’auteur arrive malgré cela à nous faire passer de très beaux moments. Une réussite.

Yvan Cliche