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Kaboul Express

Nuit blanche, no.149, hiver 2018

Cédric Bannel, KABOUL EXPRESS. UNE ENQUÊTE DE NICOLE LAGUNA ET DU QOMAANDAAN KANDA, Robert Laffont, Paris, 2017, 324 pages

Cédric Bannel nous livre un thriller palpitant à propos d’un jeune génie afghan nommé Zwak, un être asocial ayant décidé de mettre son savoir scientifique au service d’un noir méfait, soit un attentat terroriste en France.

On suit la policière française Nicole Laguna, spécialisée en traque terroriste, qui fera alliance avec un collègue expérimenté et bien connu d’elle dans des enquêtes menées à Kaboul, le commandant Oussama Kandar. Ce dernier, policier droit, compétent et tireur d’élite, lui est d’un concours essentiel pour déjouer ce complot qui menace de tuer pas moins de deux millions de Français.

Le terroriste Zwak, en effet, à peine dix-sept ans, a mis au point un savant mélange de gaz neurotoxique, dont seulement quelques litres répandus pourraient causer de vastes dégâts en un court laps de temps. Tout à fait seul, avec un sens maniaque du détail, il ourdit le crime de se rendre en France pour y répandre son poison, motivé non pas tant par une volonté religieuse que par le désir de réaliser un scénario comme dans un jeu vidéo dont il serait à la fois le concepteur et le principal héros.

Le roman nous promène donc, avec de savantes descriptions qui dénotent une grande connaissance de terrain, de Kaboul et ses mœurs fort exotiques pour l’âme occidentale, aux techniques policières antiterroristes les plus pointues déployées pour nous protéger, non exemptes de la manière forte pour faire parler, voire éliminer, des comploteurs.

Les policiers, tenaces, tentent de faire tomber à plat le plan minutieusement préparé par le surdoué Zwak. À la manière hollywoodienne, on s’en doute bien, Laguna et Kandar auront, de justesse, la main heureuse : Zwak sera trahi non pas par une bourde de son fait, mais en raison d’une idiotie de dernière minute d’un de ses proches complices.

Le vol des colombes. Journal d’une volontaire en Afghanistan

Amandine Roche Le vol des colombes. Journal d’une volontaire en Afghanistan, Robert Laffont, Paris, 2005, 298 p.

Nuit blanche, avril 2006

C’est avec toute la fraîcheur, voire avec la naïveté propre à sa jeunesse, que l’auteure, volontaire des Nations Unies, décrit, sous forme de journal quotidien, son expérience à titre d’éducatrice ès-démocratie auprès des Afghans. Cela se passe bien sûr à la suite de l’invasion étatsunienne consécutive au 11 septembre. Malgré les bombes qui éclatent ici et là, les attentats sporadiques contre des cibles occidentales, des collègues proches assassinés ou enlevés, un vol de sa résidence, le départ de volontaires et d’ONG (dont Médecins sans frontières) en raison de la sécurité chancelante, la Française raconte, page après page, son courageux vécu dans ce pays où se côtoient le moyenâgeux et un soupçon de vie moderne.

Le défi n’est pas simple, et c’est peu dire. Le pays, composé d’une pléthore d’ethnies (y compris des nomades !), qui ont des passés historiques de luttes les unes contre les autres, est exsangue à la suite du règne obscurantiste des Talibans et de la guerre contre les Russes. L’analphabétisme est répandu, la politique s’y fait à coup de fusils, les coutumes sont ancestrales. La plupart des femmes se voient comme soumises et inférieures à l’homme. Même l’occidentalisé numéro un du pays, le futur président Karzaï, cache son épouse et n’en fait jamais mention.

Les efforts gigantesques consacrés à rejoindre des centaines de milliers d’électeurs ont valu la peine : les Afghans voteront massivement. Une ombre toutefois au tableau : le vote s’est révélé aligné selon des lignes tribales. À juste titre, l’auteure écrit : « Il est temps de construire un pont entre les ethnies ».

On ne peut qu’être impressionné par l’enthousiasme et la persévérance sans faille de cette femme à peine trentenaire. Sa conviction de pouvoir susciter un changement en profondeur, notamment auprès des femmes spoliées de leurs droits fondamentaux et craintives face à leur propre émancipation, force l’admiration.