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Ma terre promise, Israël, triomphe et traégdie

Ari Shavit, Ma terre promise, Israël, triomphe et tragédie, Trad. de l’anglais par Johan Frederik Hel Guedj, Lattès, Paris, 2015, 508 p.

Nuit blanche, site web, avril 2016

Ce livre a fait sensation aux États-Unis lors de sa publication en 2013. Journaliste israélien, Ari Shavit retourne sur les pas de son arrière-grand-père, Herbert Bentwich, un Anglais qui fut un des pionniers du sionisme. À travers ce retour sur l’expédition effectuée par son ancêtre, il tente de dresser un constat des progrès fulgurants d’Israël, mais aussi des écueils qui l’attendent.

Ma terre promise n’est pas un panégyrique de l’État hébreu, pas plus qu’il ne jette un regard pessimiste. Shavit nous convainc sans difficulté de l’extraordinaire vitalité historique des Juifs en Terre sainte. Guidés par le sionisme, des Juifs du monde entier ont dynamisé un territoire complètement endormi et plongé dans un déclin millénaire. Ce dynamisme ne se dément pas quelque 60 ans après la création du pays en 1948. Israël demeure en effet un pays vigoureux et novateur, qui détient par exemple un nombre important de brevets sur des technologies qui feront le monde de demain.

Mais le pays, déplore l’auteur, est devenu une puissance occupante, qui a pris par la force le territoire d’une communauté locale. Le livre fait grand cas en effet de la ville de Lydda, en Palestine, dont le sionisme a fait « table rase », accomplissant la « sale besogne » qui permet maintenant aux Juifs d’avoir un pays, un refuge. « L’État juif est un miracle créé de la main de l’homme. Mais ce miracle se fonde sur un déni. La nation où je suis né a rayé la Palestine de la surface de la terre. »

Mais il n’y a pas que ce passé à reconnaître et à accepter. L’Israël d’hier, animé par une formidable pulsion de talent et de créativité, est maintenant en partie titillé par une pulsion messianique de conquêtes de colonies pour créer un Grand Israël mythique, devenu la cause de religieux dorénavant organisés en partis structurés et influents. Cet enjeu risque de perdre le pays, déplore le journaliste : « La question est ici celle de la terre en échange de notre dignité. La terre en échange de notre humanité. La terre en échange de notre âme même ».

Malgré les décennies qui ont passé, le futur d’Israël est loin d’être assuré, s’inquiète Shavit. Le pays reste encerclé par un environnement qui lui est encore très hostile – islamique, arabe, palestinien –, environnement où le fanatisme et le chaos vont croissant. Plus que jamais, Israël devra miser sur sa vitalité légendaire pour perdurer dans un contexte aussi menaçant.