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Daesh, paroles de déserteurs

Thomas Dandois, François-Xavier Trégan, DAESH, PAROLES DE DÉSERTEURS, Gallimard, Paris, 2018, 177 pages.

Nuit blanche, site web, juillet 2018

Ce livre est un complément aux reportages audio-visuels réalisés en France pour Arte sur le même sujet : il offre une analyse de l’intérieur du règne de l’État islamique (Daesh, en arabe) sur des territoires conquis de la Syrie et de l’Iraq.

Il est divisé en deux parties. La première nous permet de jeter un regard sur l’action d’un groupe basé en Turquie qui cherche à attirer des recrues désabusées de Daesh ; la deuxième est constituée de témoignages de déserteurs de Daesh.

Ce n’est pas une surprise : le portrait dressé de l’État islamique par ces ex-combattants est dévastateur.

En général, les recrues potentielles de Daesh, comme on l’a vu même ici au Québec, sont des jeunes (hommes surtout), idéalistes, mais naïfs, avec une vision binaire du monde qui en font des cibles idéales de la propagande nihiliste du groupe terroriste.

Attirées par la rigueur de l’application des préceptes de l’islam, ces jeunes âmes croient rejoindre une organisation noble vouée à l’application littérale de leur religion, de la sharia, de la parole de Dieu, sans hypocrisie ni compromission.

Au départ, les choses se passent souvent assez bien mais, rapidement, ces jeunes constatent, amers, que Daesh se sert en fait de l’islam pour asseoir, par la terreur (décapitations, exécutions sommaires), une domination totale de ses nouveaux « sujets », leur niant même le droit de partir de leur plein gré.

Au contraire des images léchées de Daesh qui leur faisaient miroiter une vie trépidante sous un islam pur, triomphateur et conquérant, ces recrues sont soumises à un système corrompu, violent, arbitraire, mafieux, dont plusieurs émirs (dirigeants) sont assoiffés de sexe et d’argent.

Et dont les premières victimes, paradoxalement, ne sont pas les « mécréants » que l’on croyait pouvoir enfin combattre et dont on voulait se venger (juifs, chrétiens, yézidis, Kurdes, musulmans chiites), mais des musulmans sunnites, y compris des femmes et des enfants, parfois tués pour des peccadilles par ces voyous d’un autre âge.

Si bien que plusieurs déchantent et tentent de fuir, au péril de leur vie.