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C’était François Mitterand

Jacques Attali, C’était François Mitterand, Paris, Fayard, 2006.

Nuit blanche, numéro 103, juin 2006

L’écrivain bien connu Jacques Attali a été le proche conseiller de François Mitterrand jusqu’à la moitié du deuxième mandat présidentiel, mieux, son confident officiel et un complice, y compris dans la vie privée. Le lecteur a donc droit à un regard intimiste des principaux événements ayant animé la vie politique de la France durant toute cette période s’étalant de 1981 à 1995.

Une des principales révélations de l’ouvrage, mentionnée deux fois plutôt qu’une, donne froid dans le dos : François Mitterrand, plutôt pessimiste sur la nature humaine (« tous, nous pouvons devenir des bourreaux »), était convaincu que, tôt ou tard, « une guerre nucléaire éclaterait ».

En politique intérieure, ce président, qui aura vécu les premières cohabitations de la Ve République, se reconnaîtra un seul échec : l’emploi. Il évoque souvent ces « Français si difficiles à faire évoluer », une nation où « on ne règle les problèmes qu’avec des crises ».

L’auteur se fait plus critique du deuxième septennat que du premier : le président s’y engage sans aucun projet. Jacques Attali attribue cela en partie à la maladie de Mitterrand, un cancer de la prostate, qui le minera passablement dans ses fonctions jusqu’à l’emporter.

François Mitterrand apparaît à son mieux en politique étrangère. Il dirige la France en des temps fort troubles : chute de l’Empire soviétique (il redoutera toute sa vie une prise du pouvoir à Moscou par les militaires), la chute du mur de Berlin et la réunification allemande, dont il craint qu’elle ne fasse dérailler la marche vers l’Europe unie, son grand projet. Il fera une priorité absolue du maintien des frontières, notamment celles entre la Pologne et l’Allemagne.

La seule part sombre du portrait dressé par Jacques Attali a trait à la révélation du passé de « collaborateur » du président sous le régime pro-nazi, un fait mis en lumière par un journaliste grâce à la parution d’un livre choc. Le président avait toujours été dépeint auparavant sous les traits d’un résistant.

Pour l’auteur, juif, c’est comme « le héros tombé de son socle ». Le président a ainsi participé à la « conspiration du silence » qui a marqué cette triste époque, lui qui au surplus entretenait ouvertement des amitiés avec des collaborateurs de ce régime peu glorieux de l’histoire de France.