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Mohammed VI, derrière les masques

Omar Brousky, Mohammed VI, derrière les masques, Nouveau Monde, Paris, 2014, 237 p.

Nuit blanche, no. 138, printemps 2015

Avec avoir suscité bien des espoirs démocratiques et de justice sociale, Mohammed VI (M6), le Roi du Maroc, initialement présenté comme le « Roi des pauvres », a largement déçu les aspirations placées en lui depuis qu’il a succédé à son père, décédé en 1999.

Le Roi des pauvres s’est rapidement transformé en « Roi prédateur », faisant main basse sur plusieurs secteurs clés de l’économie du pays. C’est ce qu’affirme l’auteur, journaliste et donc observateur privilégié. Ce qu’il révèle c’est que, outre des réformes cosmétiques, rien n’a vraiment changé dans le fonctionnement politique du pays suite à la mort d’Hassan II, souverain oriental régnant avec malice et dureté sur son pays et ses « sujets ».

Le Maroc est certes un peu plus démocratique depuis la prise du pouvoir de M6 il y a 15 ans : il y a un peu plus de liberté de parole, le parti politique qui gagne les élections s’arroge le premier ministère, on connaît la femme et les enfants du roi, une réalité cachée sous Hassan II. Mais les piliers moyenâgeux du régime n’ont pas bougé : le roi est toujours inattaquable, il ne fait face à aucun contre pouvoir, il ne rend de comptes à personne, à preuve il ne donne pas d’entrevues aux journalistes marocains, et il emprisonne des journalistes ou des citoyens pour des futilités, voire des caprices. Les courtisans et autres estafettes doivent au surplus lui prêter formellement allégeance lors d’une cérémonie annuelle que plusieurs modernistes jugent humiliante.

Pire, M6 règne avec ses « potes », soit sa clique d’une dizaine d’amis élevés comme lui au collège royal. Avec eux et grâce à eux, il s’enrichit sans vergogne, dans le secteur agricole, les mines, les biens courants de consommation, et ce même si l’exploitation de ses quelque trente palais et résidences royales coûte au bas mot, sur une base annuelle, 250 millions d’euros aux Marocains, dont 30 % de la population est au chômage. Sa fortune lui permet aussi d’entretenir ses réseaux en France, et ainsi éviter des critiques internationales embarrassantes sur son régime.

Bref, le règne de M6, c’est celui d’un roi avec un pouvoir personnel sans partage, qui lui est donné à vie, la mainmise d’un homme qui n’a jamais insufflé une véritable dynamique de changement. Comme le roi n’a que la cinquantaine, cela signifie, pour les plus 30 millions et plus de Marocains, encore des décennies sans espoir de réformes démocratiques et de partage plus équitable des richesses nationales.