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Survivre. Pour voir ce jour

Rachel Mwanza, et Mbépongo Dédy Bilamba, Survire. Pour voir ce jour, Michalon Éditeur, Paris, 2014,
185 p.

Nuit blanche, no.135, été 2014

C’est vraiment une histoire incroyable que nous relate dans ce livre la Congolaise Rachel Mwanza, la jeune vedette du film québécois Rebelle du cinéaste Kim Nguyen : celle d’une enfant de la rue, une shegué comme on les nomme là-bas, renvoyée de son foyer sous la pression de sa grand-mère possédée par des croyances malsaines de sorcellerie, qui croit sa petite-fille envahie par le Malin.

Au début, c’est pourtant pour Rachel une belle histoire. Elle a la vie sans souci d’une enfant d’une petite communauté à Mbuji-Mayi, à 1000 km de la capitale, jouant avec ses amis, profitant des grands espaces. Mais son destin prend un mauvais tournant avec la relation de ses parents, qui se dégrade, et qui amène la famille de six enfants à quitter son village pour Kinshasa, sans le père, mais avec la grand-mère maternelle. Rachel, la troisième de la fratrie, y atterrit à neuf ans.

À Kin comme est nommée la mégapole invivable du Congo (RDC), la famille échoue dans un petit logis misérable, survivant laborieusement, au jour le jour, et c’est « la fin de l’insouciance », comme le dit Rachel. Elle ne va plus à l’école, elle a faim, voit sa mère s’absenter pour de longs séjours pour tenter ailleurs de subvenir à leurs besoins. La mère s’exile même hors du pays, en Angola, et Rachel, très attachée à elle, n’aura ensuite plus de ses nouvelles.

Comme les malheurs dus à la pauvreté extrême accablent la famille, la grand-mère voit Rachel comme la source de leurs malheurs, comme une sorcière, qu’il faut chasser. Rachel se retrouve donc à la rue, bannie de la communauté. « Pire qu’un voleur de marché ou un politicien corrompu, dans la société kinoise, la personne accusée de sorcellerie concentre toute la haine d’un peuple accablé ».

De fil en aguille, Rachel arrive à émerger en jouant notamment dans un documentaire belge sur les enfants de la rue à Kinshasa. Ce rôle lui ouvre ensuite les portes pour une audition qui changera, radicalement, sa vie. Le cinéaste québécois Kim Nguyen et son équipe sont en ville pour une fiction relatant le vécu d’une enfant de la rue, qui sera forcée par des milices de tuer ses parents, mais tombera aussi amoureuse d’un jeune garçon de son âge. Elle passe une audition. Son émotion crève l’écran. Elle est sélectionnée, sur le champ.

Le reste est un conte digne de Walt Disney. Non seulement le film connaît un succès fulgurant, mais la jeune Rachel est primée au Festival international du film de Berlin, et en liste pour un prix aux Oscars du cinéma, à Los Angeles, où elle se rend. S’en suivent des séjours comme vedette de cinéma à Montréal, Toronto, Paris…Puis une Fondation à son nom, pour venir en aide aux enfants de la rue en RDC. Trop beau pour être vrai, mais vrai quand même. Émouvant.