Le Soleil, 14 mai 2025
POINT DE VUE / Ce texte est signé par Yvan Cliche, spécialiste en énergie et fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).
Comme lors de son premier mandat, et signe de l’importance qu’il accorde à la ressource pétrolière, Donald Trump effectue son premier voyage à l’étranger en dans le Golfe persique. Il a atterri mardi à Riyad pour tenir un sommet avec les dirigeants saoudiens.
Au cours de son voyage, il sera assurément question des prix du pétrole, un des axes majeurs de la dernière campagne électorale du président américain.
Après les États-Unis, l’Arabie saoudite est le deuxième producteur mondial de pétrole. Il est aussi le pays avec les coûts de production les plus bas et la production la plus flexible, c’est-à-dire en mesure d’ajouter du pétrole sur le marché en un court laps de temps.
Les prix du pétrole ont beaucoup diminué depuis le début de l’année : cela arrive à point nommé, car Riyad veut assurément éviter de se faire admonester par le président américain pour des prix du baril et de l’essence trop élevés.
Trump a promis aux électeurs de réduire de moitié le prix du carburant dès le début de son mandat.
Si la tendance se maintient, Trump aura tenu sa promesse: les prix de l’essence pourraient effectivement être inférieurs cet été aux États-Unis par rapport aux années passées. Comme les prix du pétrole sont mondiaux, cela devrait aussi se répercuter au Canada et au Québec.
L’Energy Information Administration (EIA), agence d’information énergétique des États-Unis, prévoit que les prix de l’essence aux États-Unis s’élèveront en moyenne à 3,14 $ US le gallon au cours des deuxième et troisième trimestres, soit une baisse de 9 % par rapport à la même période l’an dernier.
Le jeu des pays de l’OPEP
De plus, les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) semblent être entrés dans un grand jeu de poker politique entre eux.
Les projections économiques sont revues à la baisse en raison de la guerre tarifaire lancée par Washington, réduisant la demande pour le pétrole qui reste le poumon de l’économie mondiale.
Alors que l’économie mondiale devrait nécessiter moins de carburant (diésel, essence, mazout) pour les déplacements des personnes et marchandises, les pays membres de l’OPEP, responsables d’environ 40 % de la production mondiale, ont décidé d’ajouter du pétrole sur le marché, à la hauteur de 411 000 barils par jour dès le mois de juin.
Résultat: l’indice WTI, qui s’élevait à presque 75 $ américains le baril en début d’année, avoisine maintenant les 60 $ américains le baril.
L’effritement de la cohésion au sein de l’OPEP
Pourquoi une telle manœuvre apparemment inconséquente de l’OPEP ? L’explication tient à l’attitude de l’Arabie saoudite, l’acteur le plus influent au sein de l’OPEP. Les dirigeants du pays sont de plus en plus irrités par l’indiscipline de certains membres quant au respect des quotas de production établis.
Ces quotas servent à maintenir les prix les plus élevés pour engranger un maximum de revenus, mais aussi les plus stables et prévisibles, pour ne pas nuire à l’économie mondiale et à la demande en pétrole.
Or, depuis quelque temps, certains pays, notamment le Kazakhstan, ne respectent pas leurs quotas, ce qui gruge des parts de marché au détriment des autres membres de l’organisation.
Ces dernières années, Riyad a pu maintenir une bonne cohésion au sein de l’organisation, les membres ayant accepté de produire moins que leurs capacités, pour maintenir un prix du baril autour de 80 $ ou 90 $ US.
Mais il semble que cette cohésion se soit effritée ces derniers temps. Comme l’Arabie saoudite a la chance d’avoir les coûts de production parmi les plus bas au monde, elle peut encore faire des profits avec des cours moins élevés. Mais elle souhaite que cette baisse de prix fasse assez mal aux revenus des autres pays pour ramener de l’ordre dans l’organisation.
Ces manœuvres politiques semblent bien byzantines et éloignées des préoccupations du monde ordinaire. Elles ont néanmoins des effets très concrets sur nos vies, notamment sur l’inflation et les prix à la pompe.
Voilà une évolution qui devrait réjouir les propriétaires de véhicule à essence au Canada à l’aube de l’été qui s’annonce.
