Panorama, juillet-août 2025, p.8.
Par : Yvan Cliche
Longtemps boudée par les Québécois en raison de l’abondance d’hydroélectricité — une source propre et peu coûteuse — l’énergie solaire amorce enfin son essor dans la province.
À l’échelle mondiale, l’électricité produite par panneaux photovoltaïques connaît la croissance la plus rapide parmi toutes les sources d’énergie. En 2020, elle ne représentait que 1 % de la production mondiale d’électricité. Cette part a bondi à plus de 8 % en 2025, et pourrait dépasser les 16 % d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Dans ce contexte de transition énergétique, Hydro-Québec a annoncé, le 6 mai 2025, son intention de développer 3 000 mégawatts (MW) d’énergie solaire d’ici 2035. Cet engagement figure dans son Plan d’action 2035 – Vers un Québec décarboné et prospère. Pour mieux saisir l’ampleur de ce projet, rappelons que la capacité de production actuelle d’Hydro-Québec s’élève à environ 40 000 MW.
Ce tournant vers le solaire s’explique par deux grands facteurs. D’une part, le coût des panneaux solaires a chuté de près de 90 % au cours des 15 dernières années. D’autre part, les investissements nécessaires à la transition énergétique devraient faire grimper les tarifs d’électricité, rendant l’autoproduction plus attrayante pour les consommateurs désireux de réduire leur facture.
Hydro-Québec souhaite ainsi encourager l’installation de panneaux solaires dans les résidences, commerces et entreprises. Dès 2026, un programme de subventions sera mis en place pour aider au financement de l’achat et de l’installation. Ces incitatifs pourraient réduire la période de retour sur investissement à 6 à 8 ans, contre près de 20 ans actuellement.
Grâce au programme d’autoproduction, les clients peuvent revendre l’énergie non consommée à Hydro-Québec, générant ainsi des économies de 20 à 30 % sur leur facture annuelle. Le rendement d’une installation dépendra notamment de son orientation (idéalement plein sud), de l’angle d’inclinaison des panneaux et de l’absence d’ombres portées (arbres, bâtiments voisins).
Une technologie accessible et durable
Les panneaux solaires sont faciles à entretenir et possèdent une durée de vie de plus de 30 ans. Leurs principaux désavantages demeurent leur coût initial — environ 15 000 $ pour une installation résidentielle typique (16 panneaux de 300 watts) et au degré d’ensoleillement.
Qu’en est-il de l’ensoleillement au Québec ? Le sud de la province reçoit environ
1 200 heures d’ensoleillement par an, contre 1 800 en Californie. Toutefois, le froid hivernal et la réflexion de la lumière sur la neige contribuent à améliorer le rendement des panneaux, souligne Hydro-Québec.
Sur son site web, la société d’État propose un outil de simulation — disponible dans la section Énergie solaire photovoltaïque / Coûts et rentabilité — permettant d’estimer la production potentielle d’un système solaire selon la localisation, la consommation et la puissance installée.
Selon Bernard Cyr, ingénieur et membre du Conseil d‘administration d’Énergie Solaire Québec, des outils de simulation encore plus performants devraient être mis à disposition par divers promoteurs dans les mois à venir.
Une chose est certaine : le Québec entre à son tour dans l’ère de l’énergie solaire. Peu à peu, les toits se couvriront de panneaux, jusqu’à ce que cette technologie devienne aussi familière que les véhicules électriques, les thermopompes ou les bornes de recharge, désormais intégrés au quotidien de nombreux ménages québécois.
