Abandon du projet. Northvolt La filière batterie demeure porteuse pour le Québec

La Presse, 3 septembre 2025

L’échec du projet Northvolt ne doit pas faire perdre de vue les atouts du Québec dans le secteur, estime le spécialiste de l’énergie Yvan Cliche

Yvan Cliche
Spécialiste en énergie, fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM)

L’abandon par le gouvernement du Québec du projet de batteries de Northvolt n’est certainement pas une bonne nouvelle pour les contribuables.

À tout le moins, cette mésaventure entraînera une perte de plusieurs centaines de millions de fonds publics. C’est un coup dur pour notre orgueil collectif : rappelons que ce projet, présenté il y a à peine quelques mois comme le plus important investissement privé de l’histoire du Québec, devait devenir un pilier d’une filière industrielle d’avenir.

Malgré cet échec, l’abandon de Northvolt ne doit pas servir de prétexte pour discréditer l’ensemble de la filière batterie, qui demeure plus pertinente que jamais.

Trois éléments méritent d’être soulignés dans ce dossier.

Le stockage énergétique toujours en croissance

Primo, la filière batterie reste prometteuse. Même après une dernière décennie de croissance fulgurante, le secteur du stockage énergétique pourrait encore être multiplié par 10 d’ici 10 ans⁠1.

Les réseaux électriques s’appuient de plus en plus sur les batteries pour gérer l’intégration croissante des énergies renouvelables, comme l’éolien et le solaire.

Avec la montée en flèche des besoins énergétiques liés aux centres de données et à l’intelligence artificielle, chaque mégawatt devient précieux, d’où l’utilité de le stocker pour un usage à court terme.

Du côté résidentiel, l’essor des panneaux solaires individuels, par exemple grâce au programme de soutien d’Hydro-Québec prévu pour 2026, incitera sans doute des citoyens à se doter de batteries domestiques pour stocker leur surplus de production, ou le vendre au réseau, sinon pour parer à des pannes, de plus en plus perturbatrices dans nos vies quotidiennes⁠2.

Enfin, l’industrie automobile poursuit sa transition vers les véhicules tout électriques ou hybrides. Elle devra impérativement offrir, sous pression de la concurrence chinoise, des autonomies accrues et des recharges plus rapides, ce qui permettra de rendre ces véhicules plus attrayants pour les consommateurs.

Secundo, il faut rapidement saisir les occasions offertes par la transition énergétique mondiale et se positionner comme un acteur majeur de cette nouvelle économie axée sur l’électricité propre. Le contexte actuel exige la même audace qui a présidé à notre développement hydroélectrique, notamment celui engagé dans les années 1970 à la Baie-James.

Tertio, il y a le choix des acteurs pour mettre en œuvre cette ambition. Certes, le pari spécifique sur Northvolt s’est avéré une mauvaise option. Mais le Québec n’est pas le seul à s’être laissé séduire par les promesses de cette jeune pousse suédoise. Toute l’Europe croyait en elle, espérant en faire un contrepoids à la domination chinoise dans le secteur⁠3. Même des acteurs chevronnés comme Goldman Sachs et des géants automobiles ont investi dans l’entreprise ou signé des contrats pour livraison de batteries se chiffrant en milliards de dollars.

Ce revers ne doit donc pas jeter de l’ombre sur les autres initiatives de la filière batterie.

Plusieurs projets solides sont en cours, notamment à Bécancour, où des usines sortiront de terre d’ici 2026, comme le rapportait La Presse en début d’année⁠4, avec des retombées de 2,5 milliards en contrats attribués à l’échelle provinciale⁠5.

Il y a même une bonne nouvelle dans cet abandon : le bloc de 350 mégawatts d’électricité initialement réservé pour Northvolt en Montérégie est désormais disponible. Et cela arrive à point nommé : pour la première fois de son histoire, le développement économique du Québec est limité par la disponibilité de l’électricité.

Depuis quelques années, plusieurs entreprises cognent à la porte pour obtenir ces précieuses réserves d’énergie. Hydro-Québec pourra désormais les écouter avec une attention renouvelée. Ce sont des perspectives intéressantes pour des projets de développement économique visant à réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

1. Lisez « Headwinds in Largest Energy Storage Markets Won’t Deter Growth » (en anglais)
2. Lisez « Achat de panneaux solaires – Des subventions aux particuliers plus généreuses que prévu »
3. Lisez « La faillite de Northvolt, producteur suédois de batteries pour véhicules électriques, a jeté un froid sur toute l’Europe » (abonnement requis)
4. Lisez « Bécancour – Là où la filière batterie sort de terre »
5. Lisez « Filière batterie à Bécancour : déjà 2,5 milliards de retombées économiques provinciales »