Iran – Les bas prix du pétrole ouvrent la voie à Trump

La Presse, 18 février 2026

Alors que le monde attend de voir si une intervention américaine aura lieu en Iran, un mois après la capture de Maduro au Venezuela, on peut entrevoir un lien entre ces différents théâtres et émettre une hypothèse : ce sont les bas prix du pétrole qui ouvrent la voie aux ambitions internationales de Donald Trump.

YVAN CLICHESpécialiste en énergie et fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM)

On l’a vu d’abord au Venezuela. Une intervention de grande ampleur contre un tel État producteur aurait, en d’autres temps, déclenché une flambée immédiate des prix du baril et de l’essence, toujours un sujet sensible pour un président aux États-Unis.

Pas dans le contexte actuel : après des mois de prix du pétrole relativement modérés, dans la fourchette basse des 60 $ le baril, Washington dispose d’une marge de manœuvre stratégique plus grande pour absorber les chocs potentiels sur les marchés de l’énergie sans provoquer une flambée des prix ou une onde inflationniste importante.

À preuve, en 2023, le prix du baril (Brent) avoisinait les 80 $1, et l’économie mondiale tournait quand même à bon régime (croissance du PIB de 2,9 %), selon la Banque mondiale2.

L’énergie comme levier d’action ciblée

Cette conjoncture offre à Washington une marge de manœuvre stratégique des plus précieuses. Ainsi, en resserrant l’étau sur les livraisons de pétrole vers Cuba, l’administration américaine exploite la vulnérabilité énergétique chronique du régime, soit sa dépendance envers des pays amis comme le Venezuela et la Russie dans son approvisionnement en énergie.

Les sanctions ciblant les flux d’hydrocarbures frappent le cœur du fonctionnement économique du pays. Tant que les marchés mondiaux demeurent bien approvisionnés, l’impact économique sur l’économie internationale reste absorbable.

Du côté de l’Iran

Le dossier iranien relève de la même logique, mais il est cependant plus risqué. L’Iran est un important producteur d’or noir et il a un accès stratégique au détroit d’Ormuz, par lequel transitent près du quart des quelque 100 millions de barils consommés chaque jour dans le monde. Une menace sur cette artère vitale fait en général frémir les marchés.

Mais pas autant qu’autrefois : l’existence de capacités inutilisées au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)3 joue comme un coussin de sécurité. Et les stocks spectaculaires de pétrole amassés par la Chine4, souvent grâce à l’achat de pétrole iranien, limitent encore les secousses d’un impact délétère de chocs politiques majeurs sur l’économie mondiale.

Imposer une coopération énergétique ?

En Iran, l’administration Trump envisage peut-être un scénario paradoxal, comme celui constaté au Venezuela : celui d’une coopération énergétique5. L’Iran, dont l’infrastructure pétrolière a beaucoup souffert de sanctions américaines imposées depuis de longues années, pourrait voir la perspective d’un accord avec les États-Unis comme une chance de survie du régime, et de son économie basée sur le pétrole.

Toutes ces manœuvres indiquent à quel point la politique étrangère américaine de l’administration actuelle est intimement liée au pouvoir et à l’influence qu’elle attribue au pétrole et au gaz, qui demeurent les énergies principales soutenant l’économie mondiale.

Voilà qui nous enseigne la leçon suivante : lorsque le baril est bas, même les projets autrefois inimaginables deviennent soudainement envisageables.

1. Consultez le site de la U.S. Energy Information Administration (en anglais)2. Consultez les chiffres de la Banque mondiale3. Lisez « The EIA Thinks OPEC Can Pump More Than Anyone Expected » (en anglais)4. Lisez « China’s oil stocks and readiness for war » (en anglais)5. Lisez « Iran Floats Joint Oil Investment With the U.S. Ahead of Nuclear Talks » (en anglais)