Jean-Paul Fontaine : une marque en soi !

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Action, mars 2025
Yvan Cliche

Si, comme bien des Québécois, vous avez visité une centrale hydroélectrique durant l’été et apprécié l’entregent d’un guide passionné, sachez qu’une bonne part du mérite revient à Jean-Paul Fontaine, qui a fait carrière chez Hydro-Québec de 1970 à 1997.

C’est à lui que l’on doit l’ouverture du chantier de la Baie-James aux visiteurs, initiative que l’entreprise maintient toujours, cinquante ans plus tard. De retour au siège social, il donnera une forte impulsion au programme existant des visites estivales des installations par les équipes de communication régionales.  Ce programme est devenu, au fil du temps, l’une des principales activités d’information d’Hydro-Québec auprès de sa clientèle.

Ce retraité, demeuré très actif, notamment comme traducteur technique, vient d’ailleurs de réussir un véritable exploit. À 86 ans, Jean-Paul Fontaine a publié, en octobre 2025, un ouvrage consacré au lancement des grands travaux hydroélectriques dans le Nord québécois : Ma Baie James. Chronique intime de l’épopée du grand complexe hydroélectrique (Éditions Pierre Tisseyre, 2025).

À la fois historique et autobiographique, le livre retrace les débuts et la construction du complexe de la Baie-James, œuvre phare d’Hydro-Québec qui contribue encore aujourd’hui à sa renommée internationale.

Pourquoi raconter cette histoire si longtemps après sa retraite ? L’idée du livre habitait Jean-Paul Fontaine depuis des années. Puis, en 2022, il participe à un documentaire sur la Baie-James diffusé à l’émission Découverte de Radio-Canada. Trois ans plus tard, il est sollicité pour le documentaire Baie James 1975 : le choc des nations (2025), portant sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.

Ce retour dans ses souvenirs agit comme un déclencheur : le moment est venu de mener le projet à terme. Autre facteur déterminant : la maison d’édition Pierre Tisseyre manifeste un vif intérêt pour son récit !

Ces souvenirs ont en effet une valeur inestimable. Avec le passage du temps, Jean-Paul Fontaine demeure l’un des rares artisans encore vivants à avoir été aux premières loges de ce projet pharaonique.

À l’époque, rappelle Jean-Paul dans son livre, le lancement du projet de la Baie-James s’inscrit dans un climat de controverse. Robert Bourassa en fait l’annonce dans un contexte partisan, lors d’un événement du Parti libéral, plutôt qu’à l’Assemblée nationale. Ses opposants, pour leur part, croient davantage aux vertus du nucléaire. Ni Hydro-Québec, dont le mandat couvre le territoire de la Baie James, ni les communautés autochtones qui l’habitent depuis des millénaires, n’ont été consultées au préalable.

Face à ce déficit d’image publique, Jean-Paul Fontaine propose d’ouvrir le chantier aux visiteurs, et même aux travailleurs. Ceux-ci œuvrent chacun sur une portion du site, sans toujours percevoir l’ampleur de l’aménagement. En découvrant le projet dans sa globalité, ils deviendront ses meilleurs ambassadeurs.

Il défend son idée auprès des dirigeants de l’époque. Non seulement le projet est accepté, mais on lui confie également le mandat de le mettre en œuvre.

En 1975, il s’installe à Radisson avec sa famille pour occuper le poste de chef des relations publiques à LG-2 (aujourd’hui l’aménagement Robert-Bourassa). Il organise les visites, les présentations et tout le matériel d’accompagnement. Il joue aussi un rôle clé lors de l’inauguration de la centrale en 1979, en présence du premier ministre René Lévesque. Plus de 3 000 personnes sont alors sur place, un véritable casse-tête logistique qu’il raconte en détail dans un chapitre entier de son livre.

Le succès est immédiat : 1 000 visiteurs la première année, 5 000 la suivante, puis un total de 75 000 visiteurs à la fin des travaux, en 1982. Parmi eux, de nombreux invités de marque provenant du Québec, du Canada, de la France et même de la Chine.

Jean-Paul Fontaine convainc également ses supérieurs de remplacer les autobus scolaires initialement utilisés par des autocars modernes, plus conformes aux besoins des visiteurs.

Homme engagé, il ne s’arrête pas là. Il devient président du comité de gestion locale de Radisson, en quelque sorte le « maire » de la localité. Son passage y laisse une empreinte positive, comme en témoigne la présidence d’honneur qui lui est offerte lors du 50ᵉ anniversaire de Radisson, en 2024.

De retour au siège social dans les années 1980, Jean-Paul Fontaine juge peu judicieux que les visiteurs soient accueillis par des constables armés en uniforme. Il propose plutôt de former des guides, des étudiants, et de créer un centre d’information destiné au grand public. Le projet voit le jour en 1988… et demeure en vigueur à ce jour. Voilà ce que l’on appelle laisser sa marque !

Un héritage que prolonge aujourd’hui sa fille, Isabelle, qui occupe le poste de cheffe à l’accueil chez Hydro-Québec. Comme son père, elle connaît la Baie-James sur le bout des doigts, ayant elle-même vécu de nombreuses années sur place avec ses parents.

Nul doute que père et fille seront présents avec fierté lors du 50ᵉ anniversaire de l’aménagement Robert-Bourassa, en 2029.