La Presse, 15 septembre 2026
Avec trois années consécutives de faible hydraulicité, Hydro-Québec vit en quelque sorte son propre « détroit d’Ormuz ». Son carburant naturel, l’eau, est en déficit, tout comme le pétrole qui circule difficilement dans le golfe Persique.
Cette situation a des conséquences importantes sur les revenus d’Hydro-Québec et, par ricochet, sur ceux de l’État québécois. Le Québec doit désormais importer davantage d’électricité, alors qu’il était historiquement un exportateur net, ce qui se traduit par un manque à gagner financier considérable.
Nos défis énergétiques sont surtout liés à l’électricité. Le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec (PGIRE), publié à la fin juin, brosse à cet égard un portrait ambitieux de la conversion du système énergétique québécois, qui doit reposer largement sur l’électricité et les énergies renouvelables. Depuis le début de la campagne, les partis politiques en ont peu parlé.
En l’espace d’à peine 25 ans, le Québec entend faire passer la part de l’électricité dans son bilan énergétique de 41 % à environ 60 %, tout en réduisant fortement sa consommation de produits pétroliers, essence et diesel notamment.
Une somme de quelque 87 milliards de dollars est prévue pour réaliser cette reconfiguration. À bien des égards, le PGIRE peut être considéré comme l’une des principales politiques industrielles du Québec pour les prochaines décennies.
Nombreuses questions
Le PGIRE est le premier exercice québécois de cette ampleur visant à considérer les différentes filières énergétiques de manière intégrée, à les rendre complémentaires et à planifier leur évolution en fonction des besoins du Québec et de l’objectif de décarbonation. Pour les Québécois, ce plan soulève de nombreuses questions.
Quels seront les impacts tarifaires de cette transition sur les ménages ? Le PGIRE se montre relativement optimiste quant à notre facture énergétique globale en 2050. Il reste toutefois plus discret sur ce que deviendront les paiements d’électricité des ménages, notamment dans un contexte d’interfinancement entre catégories de consommateurs.
À quel rythme les investissements consacrés aux nouvelles infrastructures doivent-ils se faire sans compromettre la capacité du réseau à répondre aux pointes de consommation ? La question est d’autant plus importante que les besoins dits en puissance, pour les périodes de forte consommation, vont croître rapidement.
Quel sera l’avenir de nos deux raffineries ? Le Québec dispose actuellement d’une capacité de raffinage qui lui procure une certaine autonomie en produits pétroliers. Que se passerait-il si l’une des deux raffineries, ou les deux, cessait ses activités avec la montée en force de l’électricité ?
Quelle place accorder à l’énergie solaire ? Le PGIRE envisage une croissance de cette filière, mais la quasi-totalité des panneaux solaires est aujourd’hui produite en Asie, et particulièrement en Chine.
Comment le Québec entend-il composer avec cette dépendance dans un contexte de tensions géopolitiques ?
Quelles sont les mesures à instaurer pour s’assurer que les nombreux projets réalisés respecteront leur cadre financier ? Des complexes hydroélectriques récents réalisés en Colombie-Britannique (site C) et à Terre-Neuve-et-Labrador (Muskrat Falls) ont largement dépassé les budgets et les délais envisagés.
Quelles sont les dispositions à déployer pour faire en sorte que les investissements fassent émerger davantage d’innovations québécoises ? Au-delà de la construction d’infrastructures, le Québec devrait chercher à développer des technologies, des procédés et des entreprises capables de se distinguer sur les marchés internationaux par leur efficacité et leurs coûts.
Quelle approche préconiser pour que les régions puissent maximiser les retombées de cet effort ? Les montants envisagés sont considérables. Il faudra s’assurer qu’ils contribuent non seulement au changement voulu du système énergétique, mais aussi à la vitalité économique des territoires qui accueilleront ces équipements.
Comment réaliser ce virage dans l’harmonie sociale ? En Estrie, par exemple, des pancartes anti-pylônes témoignent de l’opposition à certains projets de renforcement du réseau, du moins tels que présentés au public par Hydro-Québec.
Les questions ne manquent donc pas. Elles touchent directement au coût de la vie, à la sécurité énergétique, au développement économique, à l’occupation du territoire, à la compétitivité du Québec.
À quelques semaines des élections, les acteurs du secteur énergétique aimeraient certainement entendre les partis politiques et leurs chefs se prononcer davantage sur ces enjeux déterminants pour notre avenir collectif.
* L’auteur est l’un des six experts invités par la Régie de l’énergie à se prononcer sur la version préliminaire du PGIRE.
Consultez le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec
