La Presse, 6 octobre 2026
L’annonce faite le 29 septembre 2026 par LNG Canada et ses partenaires, avec l’appui de Victoria et d’Ottawa, à propos du doublement de la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié1 du terminal LNG Canada, en Colombie-Britannique, puis celle dévoilée par Ottawa le 1er octobre d’inscrire l’oléoduc pétrolier de la côte Ouest (Pacific Link) à la liste des projets dits « d’intérêt national » font entrer le Canada dans le concert des nations qui comptent pour la sécurité énergétique de nombreux pays, notamment en Asie.
Il n’y a aucun doute que ces annonces seront bien accueillies sur la scène énergétique mondiale par tous les acheteurs d’énergie, pour trois raisons.
La première raison : l’offre. Pour les acheteurs, l’ajout de capacité correspond à un accroissement de la disponibilité de pétrole et de gaz, un approvisionnement plus diversifié, qui permet d’envisager des prix plus compétitifs.
La deuxième raison : le risque géopolitique. Le degré de confiance envers les producteurs situés dans le golfe Persique est entaché. À moins de grands changements politiques, la menace iranienne devrait perdurer et rendre l’énergie provenant de cette région plus coûteuse, ne serait-ce qu’en raison du coût des assurances pour les navires, qui a explosé depuis le déclenchement du conflit avec l’Iran.
La troisième raison tient à la réputation du Canada. Le Canada n’utilisera pas son statut de pourvoyeur d’énergie à des fins géopolitiques comme levier pour contraindre d’autres nations à se plier à ses objectifs de politique étrangère.
Avec des dirigeants comme Vladimir Poutine et Donald Trump, cette simple qualité, soit de s’en tenir uniquement à des relations de nature purement commerciale, a pris beaucoup de valeur dans le milieu de l’énergie.
C’est l’un des facteurs fondamentaux derrière l’entente entre le Canada et l’Allemagne, annoncée en juillet, pour la fourniture de gaz à compter de 2032.
Cette montée en puissance du Canada dans le secteur du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) à l’échelle mondiale aura mis bien du temps à se mettre en place. Par exemple, même avec des réserves importantes en ressources fossiles, le pays a pris une décennie de plus que les États-Unis à prendre sa place dans le secteur névralgique du gaz. La phase 1 de LNG Canada n’est entrée en service que l’an dernier, soit en 2025.
Or, les États-Unis sont entrés dans le marché dès 2016, à la suite de la surproduction permise par la fracturation hydraulique et le forage horizontal. Le plus imposant terminal états-unien est le premier à avoir été construit, soit celui de Sabine Pass, en Louisiane, de la firme Cheniere. Depuis, ils ont construit huit autres terminaux d’exportation.
Le projet de LNG Canada phase 2 permettrait au pays, selon le gouvernement fédéral, de prendre le deuxième rang mondial pour la capacité d’un terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié. Ce n’est pas rien.
Une demande mondiale en croissance
Il n’y a pas pléthore d’exportateurs de gaz naturel liquéfié dans le monde : les États-Unis, le Qatar, l’Australie notamment et, loin derrière, la Russie et la Malaisie. Le Canada est présentement un acteur marginal, mais rejoindrait cette courte liste avec la phase 2 de LNG Canada.
Un concurrent redoutable sera les États-Unis. Leur capacité d’exportation devrait doubler d’ici 2031.
Mais la demande devrait être au rendez-vous. Selon le scénario le plus pragmatique de l’Agence internationale de l’énergie (Current Policies Scenario, 2025), la demande mondiale en gaz devrait croître de quelque 30 % d’ici 2050, pour les besoins industriels et la production d’électricité, principalement sur le continent asiatique.
L’émergence du Canada en matière d’exportation de gaz n’est pas terminée. Trois autres projets sont bien avancés (en construction ou en décision finale d’investissement), soit ceux de Cedar LNG, de Woodfibre LNG et de Ksi Lisims, porté par une communauté autochtone.
Le Québec n’est pas exclu de la courte liste des exportateurs potentiels de gaz. Selon les dernières informations publiques, la firme norvégienne Marinvest Energy poursuit toujours le projet d’exporter du GNL à partir de Baie-Comeau, principalement au profit de l’Europe.
Mais il faudrait auparavant relier le réseau existant de gazoduc provenant de l’Alberta, qui s’arrête en Ontario. Le tronçon requis pour transporter le gaz en territoire québécois ferait plus de 1000 kilomètres. Le projet serait toujours en discussions auprès des gouvernements fédéral et québécois.
Bref, la volonté du gouvernement Carney de faire du Canada une puissance énergétique semble de plus en plus se concrétiser. Mais seul le temps permettra de déterminer si cette stratégie audacieuse fera du Canada un acteur de poids dans l’approvisionnement énergétique mondial, lui permettant de tisser des liens stratégiques au-delà du giron nord-américain.
1. Lorsqu’on le refroidit, le gaz est liquéfié, ce qui facilite son transport par voie maritime.
