Les Émirats arabes unis portent un coup très dur à l’OPEP

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Le Devoir, 1er mai 2026

L’auteur est spécialiste en énergie et fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). Il a  publiéJusqu’à plus soif – Enjeux et conflits énergétiques (2022).

La décision des Émirats arabes unis (EAU) de quitter l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ce 1er mai porte un très dur coup à cette entité névralgique du marché pétrolier mondial.

Avec le départ des EAU, l’OPEP, qui représente environ 40 % de la production mondiale de pétrole, perd l’un de ses acteurs les plus influents après l’Arabie saoudite. Avec Riyad, le pays avait le rôle de « swing producer », pouvant mettre rapidement du pétrole sur le marché en cas de difficultés d’approvisionnement.

Pour l’économie mondiale, encore fortement dépendante du pétrole, la nouvelle pourrait toutefois être rassurante. En cherchant à maximiser leur production, les EAU contribueront vraisemblablement à accroître l’offre, ce qui exercera une pression à la baisse sur les prix. À moyen terme, cela pourrait atténuer les secousses sur un commerce fortement perturbé par les événements récents dans le détroit d’Ormuz.

La création de l’OPEP constitue un tournant majeur de l’histoire pétrolière. Près d’un siècle après l’essor de l’industrie aux États-Unis dans les années 1870, les pays producteurs dénoncent la domination des grandes compagnies occidentales, les « sept sœurs » (BP, Chevron, Exxon, Gulf, Mobil, Shell et Texaco).

Désireux de reprendre le contrôle de leurs ressources et d’en tirer une part accrue des rentes, plusieurs pays en développement s’organisent. Sous l’impulsion du Venezuela et de l’Irak, rejoints par l’Arabie saoudite, l’Iran et le Koweït, l’OPEP est fondée au début des années 1960. Les Émirats arabes unis s’y joignent quelques années plus tard.

L’objectif établi au fil du temps est de mieux coordonner les niveaux de production par le biais de quotas pour obtenir des prix élevés sans provoquer de chocs récessifs et de trop fortes variations de prix. En effet, pour des économies largement dépendantes de la manne pétrolière, la stabilité des recettes devient une question cruciale.

En 2016, l’organisation élargit son influence avec la création de l’OPEP +, intégrant des producteurs non membres, dont la Russie au premier rang.

Une cohésion toujours fragile

L’OPEP a toujours été traversée de désaccords internes. Les intérêts nationaux divergent : certains pays respectent les quotas, notamment l’Arabie saoudite, tandis que d’autres, aux prises avec des difficultés économiques, les contournent pour augmenter leurs revenus et leurs parts de marché.

À cela s’ajoutent des rivalités géopolitiques persistantes, qui compliquent la prise de décisions collectives et fragilisent la confiance entre les membres.

Depuis quelques années, les EAU se montrent de plus en plus en désaccord avec les contraintes imposées par l’OPEP. Ils ne sont pas seuls : l’Angola a quitté l’organisation en 2024, après l’Équateur en 2020 et le Qatar en 2019.

C’est que le pays dispose d’une capacité inexploitée. Sa production actuelle, limitée par quota à un peu plus de 3 millions de barils par jour, pourrait être plus élevée, pour atteindre les 5 millions en 2027.

Dans le contexte de tensions dans le golfe Persique, les Émirats profitent en outre d’un avantage déterminant : un oléoduc reliant leurs champs pétroliers à la côte de l’océan Indien, ce qui permet donc de contourner le détroit d’Ormuz. Grâce à cette infrastructure, ils peuvent continuer d’exporter du pétrole jusqu’à environ 1,5 million de barils par jour.

Fort de ses investissements récents et tourné vers un continent asiatique où la demande énergétique demeure en forte croissance, Abou Dhabi entend désormais exploiter pleinement ses capacités, sans limites, et maximiser ses revenus dans un environnement régional assombri par la forte incertitude politique qui semble s’installer à demeure dans la région.