Des femmes au printemps

Djemila Benhabid, Des femmes au printemps, vlb éditeur, Montréal, 2012

Nuit blanche, avril-mai-juin 2013

Avantageusement connue comme pourfendeuse d’un islam glissant de plus en plus vers un traditionalisme rétrograde, Djemila Benhabib utilise une nouvelle fois sa plume acérée pour décrire le quotidien des femmes arabes à la suite des Révolutions tunisienne et égyptienne. Car, dit-elle, « …je suis persuadée que le prisme de la situation des femmes permet de déterminer le succès ou l’échec des révolutions ». (p.12)

La Québécoise d’origine algérienne se rend donc sur place : au Caire, en Égypte, et à Tunis, en Tunisie quelques semaines après les événements historiques qui ont bouleversé ces deux pays (au début de 2011), pour analyser le sort réservé aux femmes et le combat incessant qu’elles doivent continuer de livrer pour maintenir leurs minces acquis.

L’auteure a le grand mérite de mettre le doigt sur l’un des moteurs, trop peu documentés, de la poussée islamiste : au-delà du désarroi économique qui frappe des pays arabes, l’« obsession de la chair », centrée autour de la tenue vestimentaire des femmes, occupe une place démesurée dans le discours intégriste qui a cours dans ces pays.

« Ce n’est pas tant par piété que par résignation que plusieurs femmes portent le voile. Elles doivent se résoudre à faire oublier leur corps, car ce n’est qu’en devenant invisibles qu’elles peuvent prétendre à l’existence ». (p.69). Si bien que, poursuit l’écrivaine, « l’émancipation sexuelle est un combat décisif contre l’assujettissement social et culturel ». (p.77)

Même combat, quoique moins lourd en Tunisie, car le pays le plus avancé du monde arabe en matière de relations homme-femme. Or, même dans le pays du jasmin, « la vie post-révolutionnaire oscille entre les moments d’espoir et les jours de grande déprime ». (p.117) Le dur combat démocratique qui fait rage dans ce pays entre religieux et laïques, au sein duquel les femmes occupent une position de front, démontre à l’évidence que la démocratie, avec sa nécessaire acceptation de la différence, de l’altérité, du respect de la vie privée, ne se fera pas sans heurts maintenant que les islamistes tunisiens, autrefois réprimés, accaparent les principaux leviers du pouvoir.

En somme, un excellent document, qui se lit d’un trait comme un long reportage, pimenté par une expérience de terrain et une sensibilité qui nous permet de mieux saisir la réalité quotidienne qui a cours présentement dans un monde arabe vraiment en ébullition, dont l’histoire s’écrit au jour le jour.

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