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Etudiants étrangers : touche pas à mon pote-feuille

Le Continuum, 24 février 1986

L’an dernier, un article de Contunuum (semaine du 23 février 85) avait attiré l’attention des étudiants sur la situation de leurs confrères venant des pays étrangers.

À l’occasion, M. Claude Brière, responsable de l’accueil des étudiants étrangers à l’UdeM stigmatisait la politique du gouvernement de l’époque dans ce dossier. Face aux hausses sensibles que devaient subir les étudiants étrangers au chapitre des frais de scolarité, M. Brière déplorait notamment l’attitude « à courte vue du gouvernement, qui derrière des slogans creux d’ouverture, tente de faire de l’argent avec les étudiants étrangers ».

Depuis 1978, le gouvernement a procédé à des augmentations constantes des frais de scolarité pour les étudiants étrangers de sorte que selon M. Brière, le gouvernement fait maintenant de l’argent avec l’entrée d’étudiants étrangers au Québec, particulièrement au niveau des études supérieures. À l’heure actuelle, certains étudiants étrangers payent jusqu’à 19 fois plus chers leurs études que leurs confrères québécois et c’est au Québec que les étudiants étrangers déboursent généralement les frais de scolarité les plus élevés au Canada.

Si on compare cette situation avec les déclarations d’intention du gouvernement antérieur sur l’ouverture du Québec, sur la nécessité « que les institutions québécoises puissent accueillir des étudiants et des chercheurs étrangers qui enrichissent la vie scientifique et universitaire et qui constituent par la suite des interlocuteurs privilégiés pour le Québec », il y a de quoi se questionner sur les objectifs réels du gouvernement à ce sujet. Et ce d’autant plus que les inscriptions de cette catégorie d’étudiants a subi une baisse progressive depuis quelques années.

Plusieurs éléments doivent être rappelés quant à la présence d’étudiants venant de pays divers au sein des universités québécoises. D’abord, en vertu des lois canadiennes, les étudiants étrangers doivent prouver qu’ils possèdent des ressources financières suffisantes pour la poursuite de leurs études en territoire canadien. L’argent qu’ils investissent pour l’achat de divers produits (nourriture, vêtements, livres) devient source de stimulation pour l’économie québécoise.

D’autre part, les étudiants étrangers peuvent devenir, à terme, des intermédiaires potentiels pour leur pays d’accueil sur la scène internationale (signature de contrats, de programmes d’échanges, etc.). Ils constituent, comme le mentionne M. Brière, « une sorte de multinationale du savoir et de la communication interculturelle » sur laquelle peut compter le Québec dans ses contacts avec la communauté internationale.

Enfin, dernier avantage et non le moindre, ces étudiants manifestent la présence, chez nous, de cultures qui sont souvent inconnues et que l’on a tout intérêt à mieux percevoir et à approfondir. À travers eux, nous sommes à même de nous confronter à d’autres visions du monde, dont nous ne pouvons que tirer profit.

Avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Québec, les choses vont-elles changer? Dans un communiqué de presse daté du 21 novembre 1984, le porte-parole de l’Opposition d’alors en matière d’éducation, M. Claude Ryan, « dénonçait vivement » l’augmentation des frais de scolarité imputée aux étudiants étrangers. M. Ryan invitait le gouvernement « à renforcer le pouvoir d’attraction du Québec sur les étudiants étrangers grâce à l’excellence de ses institutions d’enseignement supérieur ».

Selon les informations que nous avons pu obtenir de Québec, il semble que la politique actuelle du gouvernement serait d’étudier ce problème à la lumière d’une réévaluation globale de la politique des frais de scolarité pour tous les étudiants québécois. Comme plusieurs intervenants sont concernés par ce dossier, notamment les autres provinces canadiennes et le gouvernement fédéral, ce ne sera probablement pas avant 1987, nous dit-on, qu’une nouvelle politique sera adoptée et mise en œuvre.

Les étudiants étrangers : entre la tourtière et le couscous

Polémique, 3 mars 1986

Depuis quelques années, on enregistre une baisse sensible du nombre d’étudiants étrangers peuplant les universités québécoises. Simplement à l’U de M, le nombre de demandes d’admission a chuté de 16,7 % entre l’automne 83 et 84 et de 21,3 % entre l’hiver 84 et l’hiver 85.

Paradoxalement, ces statistiques vont tout à fait à contre-courant des déclarations gouvernementales proclamées depuis des années, et qui prônent l’ouverture du Québec sur le monde.

En raison de la diminution des revenus faisant suite à la vague de coupures budgétaires décrétées par les mandarins de l’époque à Québec au cours des années 80-84, les universités ont été, comme à peu près tous les secteurs de l’administration publique, fortement secouées et ont dû procéder à des réaménagements. Or, une des stratégies qu’elles ont privilégiée afin de favoriser des rentrées supplémentaires de fonds a été d’augmenter considérablement les frais de scolarité imposés à toute une gamme d’étudiants provenant de l’extérieur du Québec.

Même si la relation de cause à effet entre la hausse des frais de scolarité et la baisse du nombre d’étudiants étrangers à l’université reste à être démontrée, il n’en demeure pas moins que la politique actuelle ne favorise guère la venue d’étudiants non-québécois parmi nos institutions du haut savoir.

Cette politique peut s’avérer fort dommageable à long terme, d’autant qu’elle diminue la communauté d’interlocuteurs potentiels dont le Québec pourrait profiter dans ses futurs rapports internationaux. Est-ce faire preuve de sagesse politique et d’ouverture que de procéder de cette façon, au moment où la conquête de marchés extérieurs s’avère cruciale pour l’avenir de la société québécoise ?

Le nouveau gouvernement entend réviser la politique établie par l’ancienne administration. Déjà, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Technologie, M. Ryan, avait fait valoir, du temps où il siégeait dans l’opposition, sa réprobation face à cette approche. Espérons qu’il saura trouver le compromis nécessaire entre la rationalisation des fonds publics dont l’actuel gouvernement se fait le champion et le besoin impérieux du Québec de se bâtir un réseau d’influence sur la scène internationale.