Les étudiants étrangers : entre la tourtière et le couscous

Polémique, 3 mars 1986

Depuis quelques années, on enregistre une baisse sensible du nombre d’étudiants étrangers peuplant les universités québécoises. Simplement à l’U de M, le nombre de demandes d’admission a chuté de 16,7 % entre l’automne 83 et 84 et de 21,3 % entre l’hiver 84 et l’hiver 85.

Paradoxalement, ces statistiques vont tout à fait à contre-courant des déclarations gouvernementales proclamées depuis des années, et qui prônent l’ouverture du Québec sur le monde.

En raison de la diminution des revenus faisant suite à la vague de coupures budgétaires décrétées par les mandarins de l’époque à Québec au cours des années 80-84, les universités ont été, comme à peu près tous les secteurs de l’administration publique, fortement secouées et ont dû procéder à des réaménagements. Or, une des stratégies qu’elles ont privilégiée afin de favoriser des rentrées supplémentaires de fonds a été d’augmenter considérablement les frais de scolarité imposés à toute une gamme d’étudiants provenant de l’extérieur du Québec.

Même si la relation de cause à effet entre la hausse des frais de scolarité et la baisse du nombre d’étudiants étrangers à l’université reste à être démontrée, il n’en demeure pas moins que la politique actuelle ne favorise guère la venue d’étudiants non-québécois parmi nos institutions du haut savoir.

Cette politique peut s’avérer fort dommageable à long terme, d’autant qu’elle diminue la communauté d’interlocuteurs potentiels dont le Québec pourrait profiter dans ses futurs rapports internationaux. Est-ce faire preuve de sagesse politique et d’ouverture que de procéder de cette façon, au moment où la conquête de marchés extérieurs s’avère cruciale pour l’avenir de la société québécoise ?

Le nouveau gouvernement entend réviser la politique établie par l’ancienne administration. Déjà, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Technologie, M. Ryan, avait fait valoir, du temps où il siégeait dans l’opposition, sa réprobation face à cette approche. Espérons qu’il saura trouver le compromis nécessaire entre la rationalisation des fonds publics dont l’actuel gouvernement se fait le champion et le besoin impérieux du Québec de se bâtir un réseau d’influence sur la scène internationale.

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