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EDF fait confiance au nucléaire

Hydro-Presse, mi-mai 1994

Le choix du nucléaire comporte de précieux avantages pour la France : sécurité d’approvisionnement et diminution de la dépendance face à l’extérieur ; standardisation du parc d’équipement qu’Électricité de France (EDF), économies d’échelle, tarifs d’électricité les plus bas en Europe; et diminution de la pollution atmosphérique.

Grâce au programme électronucléaire en remplacement des centrales thermiques qui brûlent du charbon ou du pétrole responsables des pluies acides et du risque d’effet de serre, les émissions d’oxyde d’azote ont diminué en France de 70 %, celles de gaz carbonique et d’oxyde de soufre de 40 % entre 1980 et 1990.

Mais ce choix a aussi des inconvénients. La France, comme tous les pays qui font le choix du nucléaire, doit composer avec deux problèmes majeurs : la sûreté des réacteurs et le traitement des combustibles usés, dont une partie reste radioactive durant des centaines d’années.

Comment alors stocker ceux-ci en toute sécurité pour une aussi longue période ? La France envisage actuellement de stocker ces déchets sous terre dans des couches géologiques robustes et profondes. Les études se poursuivent à ce sujet.

À court terme, le principal souci d’EDF reste la sûreté des réacteurs. Souvenons-nous qu’en 1986, la centrale de Tchernobyl, en Ukraine (ex-URSS), a vu un de ses réacteurs exploser et dégager sur un vaste territoire un nuage radioactif.

Depuis ce malheureux accident, les populations européennes ont beaucoup moins confiance dans le nucléaire. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont stoppé leur programme électronucléaire et toute construction de centrale fait l’objet de vives contestations.

Même si un accident comme celui de Tchernobyl est impossible et les mesures de sécurité sont plus avancées et rigoureuses, EDF investit dans des recherches visant à améliorer la sûreté des réacteurs, dont plusieurs devront être remplacés après 30 ou 40 ans d’exploitation. Avec l’Allemagne, elle s’est engagée dans un programme de recherche sur un nouveau modèle de réacteur, le EPR, pour les années 2000.

De plus, hors de son territoire, notamment en Europe de l’Est, elle veille à l’intégration de meilleures techniques de sécurité chez les électriciens. Certaines de ses centrales sont jumelées à d’autres, par exemple celle de Penly, dans le nord-ouest de la France, avec la centrale Novovoronej, en Russie.

Au-delà de l’acquisition de nouvelles techniques, ces échanges visent à terme l’implantation d’une nouvelle culture, de la sécurité chez les électriciens de ces pays. Un des principaux changements visés est la transparence : tout incident est en France reporté afin de profiter de l’expérience acquise. Des sanctions ont lieu uniquement lorsque l’on tente de camoufler un incident, aussi minime soit-il.

Hydro-Québec et EDF, une affinité naturelle

Hydro-Presse, fin février 1994

Quelques mois avant de partir pour mon stage à Électricité de France (EDF), un reportage télévisé de Radio-Canada portant sur la réorganisation se concluait ainsi : « Hydro, c’est gros … »

En arrivant à EDF, j’avais en tête ce commentaire en jetant un oeil sur leurs statistiques. Imaginez : notre consoeur française fait plus de six fois notre taille !

Des revenus de 42 milliards de dollars (7 milliards pour Hydro), un parc de production de près de 96 000 MW (30 000 MW pour Hydro), 28 millions de clients (3,5 millions pour Hydro) et 118 000 employés (27 000 à Hydro).

Chiffres impressionnants, qui placent EDF comme la plus grande entreprise d’électricité du monde, et de loin. C’est que contrairement à plusieurs de ses voisins européens, qui n’exercent leurs activités que sur une partie de leur territoire national, EDF dessert tout le territoire français.

Malgré cette différence (de taille !) entre nos deux entreprises, Hydro-Québec et EDF ont beaucoup en commun. Comme Hydro, EDF est la propriété de l’État. Elle exerce également un quasi-monopole sur la production, le transport et la distribution d’électricité.

Elle occupe une place importante dans l’activité économique nationale, de par sa présence sur tout le territoire, et a une politique de tarifs uniformes (qui s’applique aussi loin que Saint-Pierre-et-Miquelon !).

Plus globalement, nous partageons une culture commune, faite d’un attachement à l’entreprise et d’une relative stabilité dans l’emploi. Enfin, et ce n’est pas à négliger, nous avons une même langue, le français.

Pour ces raisons, avec un minimum de bonne volonté, un employé d’Hydro-Québec peut facilement trouver des points de repère et s’intégrer à EDF. D’autant plus qu’il trouvera là-bas un accueil chaleureux, nos « cousins français » se montrant d’emblée sympatiques aux Québécois.

Cela étant, il y a aussi des différences. La plus frappante a trait sans nul doute à la source de production d’électricité. Ici, nous utilisons surtout de l’eau. En France, à peu près toutes les rivières ont été harnachées ; le pays dispose de ressources limitées en combustibles fossiles, pétrole, charbon ou gaz.

Réduite à un état de grande dépendance face à des sources extérieures d’approvisionnement, la France a donc fait le choix, dans les années 70, de la filière nucléaire.

Les résultats ont été spectaculaires : la dépendance énergétique de la France a réduite de moitié, et le nucléaire assure maintenant 75 % de la production d’électricité avec 56 réacteurs dispersés sur une vingtaine de sites. La France est, avec le Japon, un leader de l’énergie nucléaire dans le monde.