Ressources énergétiques: Trudeau a échoué à créer un consensus entre les provinces

Le Soleil, 14 mars 2025
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POINT DE VUE / Cette lettre ouverte est signée par Yvan Cliche, spécialiste en énergie et fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM)


Justin Trudeau quitte donc la politique après une décennie au pouvoir avec ce constat: en matière énergétique, il est bien difficile de plaire à tout le monde dans ce pays

Comme ses prédécesseurs, il n’a pas réussi à faire dialoguer les acteurs de l’industrie fossile et ceux des énergies renouvelables autour d’un plan consensuel pour exploiter nos ressources énergétiques.

Résultat? Ces ressources, qui devraient nous unir pour faire face à nos besoins en énergie pour le monde de demain, sont devenues un sujet clivant au Canada.

Des décisions controversées

L’une des grandes controverses est le rachat par Ottawa de l’oléoduc Transmountain, mis en service l’an dernier, reliant l’Alberta aux zones côtières de la Colombie-Britannique. Si Justin Trudeau a été applaudi en Alberta, il a été durement contesté au Québec.

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Or, malgré son coût très élevé, le projet Transmountain est devenu stratégique dans le contexte politique actuel. Jusqu’en 2044, Transmontain devrait rapporter plus de 45 milliards en recettes publiques. Dans un contexte budgétaire menacé par la guerre économique engagé par Washington, ces contributions additionnelles sont bienvenues.

Ce nouvel oléoduc permet enfin aux producteurs pétroliers du pays un plus grand accès au marché mondial, en dehors du giron états-unien qui concentre presque toutes les exportations canadiennes.

Cette énergie supplémentaire rendue disponible est une bonne nouvelle pour les raffineries asiatiques, rassurées d’avoir un pays fiable comme le Canada comme nouvel acteur sur le marché.

Des mesures conséquentes en faveur de la décarbonation

Le gouvernement Trudeau a aussi été actif sur le front de la décarbonation, en élaborant toute une série de règlements en faveur des technologies propres. Il faut le saluer.


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Mais là encore, la réalité politique l’a rattrapé. Le projet de règlement sur les plafonds d’émissions de gaz à effet de serre du secteur pétrolier et gazier au Canada a soulevé un tollé en Alberta.

Cette industrie émet environ le tiers des émissions canadiennes. Le règlement vise à réduire les émissions à l’étape de la production de 35 % sous les niveaux de 2019 à l’horizon 2030.

Le gouvernement albertain a combattu farouchement ce projet de règlement. La province considère qu’il s’agit d’une limite arbitraire imposée à la production, limitant la capacité albertaine de vendre du pétrole. Il est perçu comme un plafond à ses revenus.

Associées à d’autres initiatives pro-climat, dont le Règlement sur l’électricité propre, les actions du gouvernement Trudeau n’ont pas pu créer un consensus canadien.



Pire, elles ont tellement irrité en Alberta qu’elles ont mené à l’adoption par Edmonton d’un Sovereignty within a United Canada Act (2022), un cadre juridique permettant, selon la province, de s’opposer aux lois ou politiques fédérales qui ont un impact négatif sur l’Alberta.

En voulant entreprendre des actions conséquentes pour faire progresser le Canada en matière d’énergie et sur le front climatique, le gouvernement Trudeau s’est aliéné tout le monde.

Aurait-il pu faire autrement ? Les observateurs n’ont pas senti une grande volonté du gouvernement d’initier une entente d’envergure entre les provinces, pour dégager un consensus sur une vision commune en matière énergétique.

Nous aurions eu besoin d’une vision permettant aux provinces de développer leurs ressources, de manière collaborative et davantage dans un axe ouest-est, dans l’objectif que nos ressources énergétiques contribuent davantage à notre sécurité d’approvisionnement et à nos exportations hors des États-Unis.

Une province comme le Québec dépend encore à 40 % du pétrole américain pour ses besoins énergétiques. Quelle anomalie dans un pays comme le Canada, quatrième puissance pétrolière du monde !

Devant les menaces américaines, il devient urgent que les Canadiens s’engagent plus sérieusement dans des discussions approfondies pour la planification de projets énergétiques structurants, à l’échelle canadienne, toutes énergies confondues. Une telle collaboration pourrait nous amener d’immenses bénéfices et politiques, au profit des générations actuelles et futures.