La Presse, 7 juillet 2026
Le projet de pipeline entre l’Alberta et l’Ontario, baptisé Northern Shield, annoncé le 6 juillet 2026 par les premiers ministres Danielle Smith et Doug Ford1, répond avant tout à un enjeu bien précis : renforcer la sécurité énergétique de l’Ontario. L’oléoduc transporterait environ 500 000 barils de pétrole par jour.
Comme on le sait, l’Ontario et le Québec reçoivent une grande partie de leur pétrole par les infrastructures d’Enbridge. Une partie importante du brut de l’Alberta transite par le territoire américain avant d’être acheminée vers Sarnia, en Ontario, puis vers le Québec.
Or, dans le contexte de la guerre tarifaire menée par l’administration américaine, qui n’hésite pas à utiliser tous les leviers à sa disposition pour faire pression sur ses partenaires commerciaux, l’Ontario craint, à juste titre, que ce corridor énergétique puisse devenir un moyen de contrainte.
Une telle situation pourrait réduire les livraisons de pétrole vers l’Ontario et compromettre sa sécurité d’approvisionnement. Le Québec serait aussi impacté, mais un peu moins vulnérable, puisqu’il peut recevoir du pétrole par voie maritime grâce à ses installations portuaires.
Les provinces de l’Atlantique, quant à elles, ne sont pas reliées au réseau de pipelines de l’Ouest canadien et s’approvisionnent directement sur les marchés internationaux. Un oléoduc vers l’Atlantique leur permettrait enfin de recevoir du pétrole albertain. Même s’il est le quatrième producteur mondial de pétrole, le Canada ne bénéficie pas d’une pleine souveraineté d’approvisionnement en produits pétroliers.
Un pipeline devenu controversé
Bien que la canalisation soit protégée par un traité entre le Canada et les États-Unis, signé en 1977, son exploitation est contestée depuis plusieurs années. L’actuel oléoduc traverse le détroit de Mackinac, large d’environ 7 km, où des autorités publiques et des groupes environnementaux redoutent qu’une rupture de la conduite entraîne une catastrophe écologique dans les Grands Lacs.
Enbridge propose d’enfouir cette section afin d’en accroître la sécurité, mais le dossier est désormais devant les tribunaux, au Michigan et au Wisconsin, ce qui complique la recherche d’une solution prochaine.
La construction d’un pipeline entièrement canadien réduirait certes les risques pesant sur l’approvisionnement pétrolier de l’Ontario et du Québec, voire des provinces de l’Atlantique si l’infrastructure était prolongée jusque-là.
Le principal obstacle demeure toutefois son coût. À titre de comparaison, l’agrandissement du pipeline Trans Mountain, entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, a coûté plus de 40 milliards de dollars pour environ 1150 kilomètres.
Un pipeline de quelque 3000 km reliant l’Alberta à l’Ontario pourrait donc nécessiter un investissement de l’ordre de 100 milliards de dollars et une décennie de travaux. Sans compter les longues négociations à entrevoir entre provinces et communautés pour obtenir son acceptabilité.
D’ici 2050, le Canada cherche à doubler sa capacité de production d’électricité et à moderniser ses réseaux énergétiques, avec la contrainte d’une pénurie persistante de main-d’œuvre spécialisée.
Renforcer sa sécurité énergétique demeure un objectif légitime, mais l’ampleur des investissements requis, les délais de réalisation et la mobilisation requise par la transition énergétique rendent aujourd’hui un tel pipeline difficilement réalisable.
1. Lisez « Oléoduc – L’Alberta et l’Ontario dévoilent une proposition de tracé vers l’est »
