Le Québec publie son premier Plan de gestion intégrée des ressources énergétique

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Fellow spécialiste des questions énergétiques, Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) — Auteur de Jusqu’à plus soif- Enjeux et conflits énergétiques (Fides, 2022).
L’auteur a été l’un des six experts retenus par la Régie de l’énergie pour étudier la version préliminaire du PGIRE (rapports soumis en avril 2026).

Le 30 juin 2026, le gouvernement du Québec a publié son premier Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques 2026-2050 (PGIRE), un document qui fixe la trajectoire énergétique de la province jusqu’en 2050. Son objectif est d’assurer la sécurité d’approvisionnement et la résilience du système énergétique, d’accélérer la décarbonation de l’économie grâce au développement des énergies renouvelables et de maintenir des prix de l’énergie compétitifs.

Pour un lecteur français, le PGIRE constitue l’équivalent de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Comme celle-ci, il présente les grandes orientations de la transition énergétique ainsi que les perspectives d’évolution de la consommation énergétique à l’horizon 2050.

Les investissements additionnels nécessaires pour atteindre les objectifs du plan sont évalués à près de 87 milliards de dollars canadiens (en dollars de 2024) sur une période de vingt-cinq ans.

Au-delà de ses objectifs de sécurité énergétique et de décarbonation, le PGIRE marque surtout le passage du Québec d’une logique d’abondance électrique à une logique de gestion plus serrée des ressources disponibles.

Une transition dans un contexte de croissance de la demande

Le Québec dispose d’un système électrique déjà largement décarboné. En 2022, les énergies renouvelables représentaient 48 % de la consommation finale d’énergie : 41 % provenaient principalement de l’hydroélectricité et de l’éolien, auxquels s’ajoutaient 7 % de bioénergies. Les produits pétroliers et le gaz naturel comptaient encore pour 52 % de la consommation.

Comme la plupart des réseaux électriques nord-américains, le Québec fait désormais face à un resserrement important de son bilan énergétique. Les surplus d’électricité qui existaient il y a quelques années ont pratiquement disparu sous l’effet de l’essor des centres de données, de l’électrification des transports et des bâtiments ainsi que des nouveaux projets économiques.

Une consommation d’énergie en baisse grâce à l’électrification

Le PGIRE prévoit qu’en 2050 la consommation finale d’énergie atteindra environ 470 TWh, contre 496 TWh en 2022. Cette baisse peut sembler paradoxale, mais l’électricité prendra une place beaucoup plus importante dans le bouquet énergétique, représentant environ 60 % de la consommation finale, contre 41 % en 2022.

Les équipements électriques sont généralement de deux à quatre fois plus efficaces que ceux utilisant des combustibles fossiles. Selon les estimations du gouvernement, la place accrue de l’électricité permettra de réduire la consommation globale d’énergie ainsi que la facture énergétique des ménages, malgré la hausse de la demande provenant du secteur industriel.

L’efficacité énergétique au cœur du plan

Le principal levier du PGIRE demeure l’efficacité énergétique. Le gouvernement vise des économies d’environ 50 TWh d’ici 2050 grâce à une combinaison de mesures : campagnes de sensibilisation, incitations tarifaires, programmes d’aide financière, normes de construction plus exigeantes et déploiement de technologies plus performantes.

Parallèlement, le Québec projette d’accroître sa production d’électricité d’environ 100 TWh, portant la production annuelle à près de 295 TWh en 2050. Cette croissance reposera principalement sur le développement de l’hydroélectricité, notamment par l’augmentation de la puissance de centrales existantes. Elle s’appuiera également sur le développement de l’éolien, ainsi que sur une contribution accrue du gaz naturel renouvelable, des bioénergies, de l’hydrogène vert, du solaire, du stockage et d’une meilleure gestion de la demande, particulièrement lors des pointes hivernales.

Les produits pétroliers verraient leur part diminuer de 37 % de la consommation finale d’énergie en 2022 à moins de 15 % en 2050. Une telle évolution pourrait, à terme, remettre en question la rentabilité des deux raffineries actuellement en exploitation au Québec, situées à Montréal et à Lévis.

Une place pour le nucléaire ?

Enfin, sujet sensible au Québec, le nucléaire n’est plus totalement écarté. Le PGIRE indique qu’il faudra suivre l’évolution des nouvelles technologies nucléaires, au cas où les autres filières de production s’avéreraient insuffisantes ou plus difficiles à déployer.

Le gouvernement prévoit une révision du PGIRE tous les six ans afin d’ajuster sa stratégie en fonction de l’évolution de la demande énergétique, des conditions économiques et des technologies.

Avec ce premier PGIRE, le Québec se dote, pour la première fois, d’une vision intégrée de l’ensemble de son système énergétique. Comme dans la plupart des pays engagés dans une transition énergétique, la réussite du plan reposera sur la capacité à construire les infrastructures selon les échéanciers prévus, à maîtriser les coûts et à maintenir l’acceptabilité sociale.