La Presse, 4 août 2026
Le début du mois d’août marque l’entrée dans le septième mois des hostilités entre Israël, l’Iran et les États-Unis. Cette guerre a entraîné une forte perturbation du transit d’environ 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde
En mars, l’Agence internationale de l’énergie a qualifié cette rupture d’approvisionnement de plus grave crise énergétique de l’histoire moderne. Depuis cette déclaration, quatre mois supplémentaires de tensions se sont écoulés, entrecoupés d’une brève trêve de quelques semaines. Autrement dit, cette crise sans précédent se prolonge, sans solution durable en vue.
Or, à mesure que les hostilités s’éternisent, de nouveaux facteurs risquent de mettre une fois de plus à l’épreuve la résilience du système pétrolier mondial.
Premier sujet de préoccupation : l’attitude des houthis. Grâce à son oléoduc Est-Ouest, l’Arabie saoudite a pu, depuis février, détourner une grande partie de ses exportations du golfe Persique vers la mer Rouge. On craignait que cette solution de rechange soit compromise par des attaques des houthis du Yémen. Ceux-ci étaient toutefois demeurés à l’écart des combats… jusqu’à récemment.
Ils ciblent désormais des navires saoudiens transitant par le détroit de Bab el-Mandeb. Riyad peut certes réorienter une partie de ses cargaisons vers le canal de Suez, mais les volumes transportés sont plus limités et les délais d’acheminement vers l’Asie s’en trouvent considérablement allongés.
Deuxième motif d’inquiétude : la posture de la Chine. Probablement soucieux de préserver une économie mondiale qui demeure essentielle à l’écoulement de ses exportations, Pékin s’est partiellement retiré du marché pétrolier, réduisant d’environ 40 % ses importations, qui atteignaient auparavant quelque 11 millions de barils par jour, les plus importantes au monde. Les 4 à 5 millions de barils ainsi libérés ont permis d’approvisionner d’autres pays asiatiques, les plus durement touchés par les perturbations dans le détroit d’Ormuz puisqu’ils dépendent fortement des producteurs du golfe Persique.
La Chine puise donc dans ses importantes réserves stratégiques. Mais jusqu’à quand acceptera-t-elle de poursuivre cette politique, qui réduit progressivement sa marge de manœuvre face à d’éventuels nouveaux chocs ?
Troisième élément de préoccupation : l’état des réserves pétrolières mondiales. Leur ampleur réelle demeure difficile à évaluer, la majorité des pays ne publiant pas ces données. Une chose paraît néanmoins certaine : ces stocks ont été largement sollicités depuis le début de la crise et se sont amenuisés.
L’exemple de la réserve stratégique américaine (Strategic Petroleum Reserve/SPR) est révélateur. Le recours exceptionnel à quelque 200 millions de barils en 2022, afin d’atténuer les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine, explique en partie cette faiblesse historique. Même si, en 2026, les États-Unis ont porté leur production pétrolière à un niveau record, soit près de 14 millions de barils par jour, ils disposent aujourd’hui d’une marge de manœuvre plus limitée pour soutenir le marché mondial grâce à leurs réserves de pétrole : celles-ci se situent à leur plus bas niveau depuis le début des années 19801.
Enfin, les déclarations optimistes de la présidence américaine ont également contribué à contenir la hausse des prix. Chaque annonce laissant entrevoir un règlement imminent des hostilités a temporairement fait reculer les cours du pétrole. Or, aucune de ces promesses ne s’est concrétisée. Il est donc permis de croire que ce type de déclarations exercera désormais une influence plus limitée sur les marchés.
Des mois déterminants
Depuis le début de la crise, le système pétrolier mondial a fait preuve d’une robustesse supérieure aux attentes. Les prix ont certes progressé d’environ 40 %, mais en deçà des prévisions de nombre d’observateurs, qui envisageaient un prix du baril à 150 $.
Mais les prochains mois seront déterminants. Chaque escalade militaire ravive la crainte qu’un conflit prolongé réduise durablement l’offre mondiale, accentuant d’autant la nervosité des opérateurs. Une telle évolution accentuerait les pressions inflationnistes, alimenterait les attentes de nouvelles hausses des taux d’intérêt et pèserait davantage sur la croissance économique.
En l’absence d’une solution durable pouvant permettre une navigation à peu près normale dans le golfe Persique et en mer Rouge, les secousses énergétiques et économiques à venir risquent d’être passablement plus difficiles à absorber que celles observées jusqu’à présent.
