La communication, pilier incontournable (mais méconnu) du développement

Banque en action, Banque africaine de développement, édition spéciale, 17 janvier 2008

Il y a quelques années, une caricature amusante faisait la une d’un quotidien nord-américain. On y voyait un jeune garçon demandant à son père, confortablement assis dans un divan, pipe en bouche, lisant tranquillement son journal : « Papa, si un arbre tombe et que les médias n’en parlent pas, l’arbre est-il vraiment tombé… »

Voilà une anecdote qui reflète bien l’impact des communications dans les sociétés modernes. Et dont le message s’avère tout à fait pertinent pour une institution comme la BAD. Si les bénéficiaires de nos projets, si nos partenaires au développement, si les parties prenantes, ne connaissent pas les multiples actions que nous accomplissons sur le terrain, ces actions, pour reprendre la question de l’ingénu enfant, existent-elles vraiment ???

Pourtant, la communication est, pour l’heure, le parent pauvre du milieu du développement. La raison en est souvent la rareté des ressources consacrées à cette activité, et donc un effectif réduit, peu à même d’exploiter la myriade de petits miracles réalisés par les intervenants sur le terrain. C’est ce qu’on appelle la communication institutionnelle, celle qui vise à promouvoir la visibilité et la réputation de l’organisation. Mais aussi celle entourant la réalisation des projets, de leur phase d’initiation à leur phase finale d’évaluation.

Mais les choses changent. Les institutions de financement sont de plus en plus conscientes de l’importance de cette activité : une étude réalisée en 2004, et commandée par la Banque mondiale, portant sur la réalisation de projets énergétiques, concluait au lien direct entre le succès des projets et la qualité de la communication réalisée en amont, pendant l’exécution et en aval.

Les facteurs critiques de succès soulignés par l’étude : le soutien des dirigeants du projet à une communication soutenue et transparente ; l’importance d’associer les communautés touchées dès la phase de conception des travaux, soit le plus en amont possible, pour intégrer leurs préoccupations et leurs recommandations ; la mise en place de mécanismes réguliers et fiables de communication. Le résultat en est un projet mieux compris et accepté, mieux intégré au milieu d’accueil, et dont les effets attendus se voient renforcés.

Il y a plus que la communication institutionnelle. Le milieu du développement s’ouvre dorénavant au caractère stratégique de la communication comme activité de base liée au développement. La communication n’est pas (encore) considérée comme un enjeu de développement par la plupart des organismes internationaux, y compris dans l’exécution de leurs interventions en matière de gouvernance.

On s’active dans tous les secteurs de base (eau, santé, énergie)…mais en omettant de consacrer des ressources pour renforcer l’activité communication, pourtant un rouage essentiel au bon fonctionnement des institutions et du développement démocratique.

Comme le soulignait un rapport intitulé Médias et Bonne gouvernance publié en 2006 par l’UNESCO, « en l’absence de ces droits (la liberté d’expression et la liberté de presse), la démocratie ne peut s’imposer et le développement demeure hors d’atteinte ». On ne peut être plus clair.

Comment la communication peut-elle jouer un rôle central en matière de développement, en appui à la bonne gouvernance ? Le dévoilement et la circulation d’informations fiables et vérifiables sont un facteur critique des sociétés bien gouvernées. La bonne gouvernance suppose la divulgation continuelle d’informations et la libre circulation de celles-ci, afin de permettre à tous de prendre les décisions les plus éclairées, que ce soit sur le plan financier, économique, social, politique.

C’est la communication qui intervient dans ce processus. C’est elle qui, par des politiques de divulgation de l’information, par des consultations menées auprès des publics, par des rencontres périodiques auprès des médias, par des présentations et des discours des dirigeants ou de leurs représentants auprès de différentes audiences, et une pléiade d’autres activités, favorise cet accès continu à l’information. Une pratique qui va dans le sens de la responsabilisation des dirigeants, de leur rendre compte.

Mais la communication ne fait pas que cela. Elle favorise un échange, un dialogue, avec la société civile et permet d’intégrer ses préoccupations avant la prise de décision. Le tout dans un processus dynamique et évolutif de dialogue social, permettant que des compromis soient atteints au nom de l’intérêt public.

Cet enjeu est particulièrement sensible pour l’Afrique. Un résumé d’un atelier de travail tenu en 2006 à Addis Abeba et parrainé par la Commission économique de l’Afrique le souligne : « Des médias bien formés et oeuvrant pour l’intérêt public constituent des piliers de la bonne gouvernance et de la démocratie, un vecteur de promotion des droits humains, de la justice sociale et du combat contre la pauvreté. »

Et d’insister sur l’importance de programmes visant à améliorer les prestations dans ce secteur, au niveau des médias certes, mais aussi, de manière plus globale, en faveur de l’amélioration de l’environnement légal et réglementaire régissant les activités des parties prenantes : propriétaires de médias, journalistes, agences gouvernementales, milieux de la recherche, etc.

Les experts en gouvernance s’ouvrent aux enjeux de la communication, et tiennent davantage compte de cette dimension au sein de leurs valeureux projets de promotion de la saine gestion des institutions publiques. Si bien qu’une expertise en communication et gouvernance émerge et… attire des talents.

À n’en point douter, la communication joint le train du développement pour apporter sa contribution essentielle à la lutte contre la pauvreté.

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