Le voile de la peur

Samia Shariff, Le voile de la peur, JCL, Chicoutimi, 2006

Nuit blanche, été 2006

Voici l’histoire d’une femme d’origine algérienne qui, bien qu’ayant vécu à la fois en France et en Algérie au sein d’une famille riche, fut victime d’une culture ancestrale qui, poussée à l’extrême, survalorise les garçons et dégrade les filles. C’est en tout cas sous cet angle que l’auteure, maintenant installée à Montréal, nous présente son histoire de vie. Dès son jeune âge, elle doit composer avec la haine viscérale de sa mère envers le sexe féminin, la violence d’un père misogyne, l’indifférence de ses frères et des membres de sa famille, tous complices de cette tyrannie.

L’abus se poursuivra jusque dans le mariage : l’auteure sera mariée à 17 ans à un homme choisi par ses parents, se fera prendre son fils aîné par sa propre mère, et sera forcée de partager sa vie avec un époux qui, malgré sa supposée morale religieuse, se montre violent et ignoble.

Heureusement, après cette avalanche d’épreuves, Samia rencontrera un nouveau mari plus compréhensif, un militaire avec lequel elle aura deux autres enfants. Ils planifieront une fuite en France dans une Algérie tombée dans le gouffre islamiste et la guerre civile. La France étant encore trop proche de l’Algérie, Samia atterrit, grâce à de faux papiers, à Montréal avec tous ses enfants, car on lui a vanté le Canada, le Québec comme terre de liberté. Elle habite maintenant avec ses cinq enfants à Montréal. Avec le deuxième mari ? Le livre n’en parle plus et on ne sait trop ce qu’il advient de lui.

Certes, on ne peut qu’être impressionné par le courage de cette femme, et surtout de ses enfants, qui ont franchi mille épreuves avant de trouver une certaine sérénité. Mais certains, comme moi, éprouveront un malaise, voire un agacement devant tant de malheurs dévoilés sans retenu, cet épanchement recherchant si désespérément la sympathie et les larmes. L’auteur se présente en pure martyre. Elle « subit » tout ce qui lui arrive : on trouvera bien peu d’introspection dans cet ouvrage. Et Samia Shariff ne répond pas à la question que tous se poseront en prenant connaissance de son parcours : pourquoi avoir accepté si longtemps une telle vie, elle qui disposait pourtant, du moins en apparence, de moyens bien plus importants que d’autres femmes subissant une telle folie (une identité française, les possibilités que donne une enfance dans un milieu aisé) ? Cette réserve mise à part, le livre donne un bon aperçu de l’enfer que doivent vivre des femmes dans des milieux rétrogrades.

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